Un road-movie urbain dont l'héroïne est à pieds et court, court... comme une Rosetta de banlieue qui aurait pris un peu d'âge. Un film social /sociétal très bien réalisé par le jeune Eric Gravel, tant les images récurrentes de paysage défilant à travers les vitres d'un RER, d'un bus nous font sentir le temps qui passe, la course après le temps -et c'est toujours le temps qui gagne.
Julie est première femme de chambre dans un palace. Un de ceux où tout doit être parfait, où le client est empereur, où il peut étaler sa supériorité en critiquant tout et n'importe quoi. Et même s'il s'agit d'un dingue qui transforme sa chambre en champ de ruine et repeint les murs avec ses excréments, c'est au personnel de tout remettre en ordre sans se plaindre. Tout est minuté, chaque geste est prévu, rentabilisé.... on est impressionnés par leur professionnalisme.
Mais Julie, elle fait ça par défaut, pour vivre: elle a un master en communication et travaillait dans une entreprise qui a fermé. Et elle espère retrouver enfin un poste qui correspondrait à ses qualifications. Et juste au moment où elle a enfin un entretien sérieux, la grève lui tombe dessus. Les trains d'abord, puis les bus, donc les bus de remplacement.... C'est qu'elle habite loin parce qu'elle veut tout, Julie. Elever ses enfants (elle en a la garde, le père oublie régulièrement de verser sa pension) dans une maison avec jardin, loin des HLM et donc de la banlieue lugubre, offrir un trampoline à son fils pour son anniversaire (pas forcément la meilleure idée....) et avoir un travail épanouissant, valorisant. Alors elle fait du stop, mais elle arrive en retard et sa responsable (elle même soumise aux diktats d'une direction qui se fiche pas mal de savoir si ses employés sont impactés par la grève) la sermonne; elle arrive en retard pour récupérer les enfants chez la nounou qui ne veut plus les garder dans ces conditions.
Histoire banale, histoire quotidienne dont la caméra de Gravel fait un thriller. Drame minuscule des existences anonymes qui devient un drame majeur. Nous aimons Julie, formidablement incarnée par Laure Calamy, parce qu'elle se bat. Elle pourrait se laisser licencier, vivre des Assedics (presque pas plus mal qu'avec un salaire de femme de chambre...) mais non: elle se bat, contre vents et marées. Un bel exemple!
Je reconnais que ce cinéma n'est pas exactement ma tasse de thé. Mais c'est très bien!