Les Meutes
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Les Meutes" et de son tournage !

Cannes 2023

Les Meutes a obtenu le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

Qui réalise ?

Les Meutes est le premier long métrage de Kamal Lazraq. Né et ayant grandi au Maroc, il est arrivé à Paris à 18 ans pour faire des études de droit et de sciences politiques. Il a alors découvert certains films qui ont été un déclic, comme Sonate d’automne d’Ingmar Bergman. Le metteur en scène précise :

"Ensuite, j’ai découvert des films plus proches de ce que je fais maintenant : le néoréalisme italien, les films de Ken Loach, le cinéma américain des années 70... J’ai ensuite passé le concours de la FEMIS, école où j’ai vraiment commencé à faire des films. Dans le contexte de la scolarité, on faisait des exercices très encadrés ce qui permettait d’expérimenter beaucoup de choses. C’est là que j’ai commencé à aimer travailler avec des acteurs non professionnels."

Acteurs non-professionnels

Dans Les Meutes, il n’y a quasiment que des acteurs non professionnels (tout comme dans le film de fin d’études de Kamal Lazraq, Drari, tourné à Casablanca). Le réalisateur explique : "Travailler avec des non-professionnels procure beaucoup de liberté, de souplesse, d’adaptabilité. Je n’avais pas envie de faire un cinéma où il faut attendre deux heures pour que la lumière soit parfaite. J’ai réalisé un se- cond court métrage de 30 minutes, Moul Lkelb (L’homme au chien), qui se passait au cours d’une seule nuit, dans le milieu des combats de chiens. C’est ce court qui m’a amené vers Les Meutes, dans le prolongement du même univers."

Sombre et absurde

Si Les Meutes n’est pas une franche comédie, il comporte une ironie souterraine. Kamal Lazraq y a ainsi injecté du burlesque et une dimension absurde. Le cinéaste confie : "J’avais en tête la figure de Sisyphe et de son rocher. Mais c’est vrai que mon intention n’était pas d’aller vers la pure comédie ou le pur burlesque. Quand on circule dans les marges de Casablanca la nuit, cette dimension burlesque est très présente : les gens sont souvent de véritables personnages qui cabotinent. Je pense que le burlesque du film vient plus de cet aspect documentaire que d’une intention de ma part d’appuyer cette dimension. Mon rapport à Casablanca a beaucoup nourri mon écriture."

Directeur photo

Kamal Lazraq connaissait le directeur de la photographie Amine Berrada de la FEMIS. La première chose que le metteur en scène lui a dit pour Les Meutes, c’est que la technique ne devait pas écraser les acteurs : "Pour chaque séquence, on a pris le temps de mettre en place un éclairage pour que les acteurs et l’équipe puissent évoluer librement, quasiment à 360°. Je lui ai dit aussi que je souhaitais une image très organique, très charnelle, en assumant les défauts. Il ne fallait pas faire du léché, je préfère quand il y a du grain, quand c’est un peu baveux."

"Pour la scène autour du puits, Amine avait prévu d'installer des projecteurs sur grue afin d'éclairer toute la zone du puits : c'était trop lourd et compliqué, les deux acteurs ne comprenaient pas trop, ça donnait une image trop conventionnelle. On s’est regardés, comprenant que le film n’était pas là. Finalement, on a allumé les phares de la camionnette, on a vu ce que ça donnait : les visages surgissaient de l’obscurité, y retournaient... On s’est dit “voilà, le film est là”. On ne voit pas tout parfaitement, il y a des défauts, mais c’est vivant, c’est dans le ton du film."

Qui pour le fils ?

Ayoub Elaïd qui joue Issam, le fils. Pour le trouver, Kamal Lazraq a travaillé avec un directeur de casting marocain, Amine Louadni, qui a des contacts dans tous les quartiers populaires de Casablanca. Le réalisateur se souvient : "J’ai rencontré une centaine de jeunes. J’ai remarqué Ayoub sur une photo, il me faisait penser à Franco Citti dans Accatone. Je l’ai rencontré, je l’ai filmé, il dégageait vraiment ce côté pasolinien. J’ai continué à chercher et quand j’ai voulu revoir Ayoub, il avait disparu. On l’a recherché et retrouvé dans son village. Il est revenu vers nous mais ne comprenait pas : “je ne suis pas acteur” disait-il. Il fallait le convaincre."

"J’ai passé du temps avec lui dans son quartier, on a bu des cafés, ça l’a mis à l’aise. Il était intense dans tous ses gestes, même quand il touillait son café ! Le plateau a été un déclic : il est entré dans le jeu, il a compris tout de suite les enjeux. Il n’avait pas de texte, je lui expliquais les points importants de la séquence et il la jouait, se l’appropriait, sans texte à apprendre. Il nous a tous étonnés. Il se comportait comme un acteur professionnel mais avec son authenticité brute. Le travail avec lui résultait d’un mélange entre des petites indications très précises ("soit en colère... lève les yeux...") et sa liberté pour s’approprier la scène."

Du vécu !

Le père est joué par Abdellatif MasstouriKamal Lazraq ne parvenait pas à trouver l’acteur non-professionnel pour ce rôle : "À partir d’un certain âge, les hommes que je rencontrais étaient très inti-midés, alors qu’Hassan est quelqu’un de décidé. C’est finalement Ayoub qui m’a présenté Abdellatif, voyant que je ne trouvais pas. Abdellatif tenait un petit stand informel de sardines grillées. Son visage, à la fois solaire et marqué, m’a impressionné. On lui a proposé, on a fait des essais avec les deux acteurs, ça a fonctionné."

"La vie d’Abdellatif est très chargée, romanesque : il a bourlingué en Europe, a été champion de taekwondo, fait de la prison... Il avait quelque chose à exprimer. Lui aussi a vite compris comment fonctionnait le cinéma. Parfois il était fatigué, à d’autres moments il s’embrouillait avec les gars du quartier, mais comme avec Ayoub, j’avais créé une relation avec lui en amont, et du coup, il était très impliqué. Les deux étaient très heureux et fiers de voir qu’une équipe de cinéma leur faisait confiance, ils avaient envie que ça marche."

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