Fabrizio observe un monde au sein duquel il se sent étranger. Il vient de rompre avec Clelia, une jeune fille de bonne famille. Bourgeois lui-même, Fabrizio, tout en tombant amoureux de sa jeune tante, est tenté par les idées marxistes défendues par Cesare, son ancien professeur…
« Tous les films sont autobiographiques, mais celui-là l’est plus directement, car c’est l’histoire d’une éducation à la fois sentimentale et politique que j’ai un peu vécue au début des années soixante », déclarait Bernardo Bertolucci à propos de « Prima della rivoluzione », son second film après l’inaugural « La Commare secca » (1962), sur un scénario de son mentor Pasolini, dont il fut l’assistant.
« Prima della rivoluzione », librement inspiré du roman de Stendhal « La Chartreuse de Parme », est pourtant souvent considéré comme sa véritable première œuvre, car réellement imprégnée de ses thèmes personnels.
Le film trouve un bel équilibre entre romanesque et politique et, à son propos engagé, se mêle une douce mélancolie.
L’influence de la Nouvelle Vague est manifeste, particulièrement celle de Godard — notamment « À bout de souffle » — mais on aperçoit aussi une affiche d’« Une femme est une femme ». Bertolucci utilise ainsi ruptures de ton et de style, faux raccords, collages, cadrages sophistiqués, sans que cela l’empêche de nous offrir de grands moments de cinéma, notamment la séquence lyrique lors d’une représentation de « Macbeth » de Verdi au Teatro Regio, romanesque sur le fond et virtuose sur la forme.
La relation entre Fabrizio et sa tante Gina introduit par ailleurs une dimension trouble qui dépasse le simple scandale moral. Cette liaison peut être interprétée comme une forme de déplacement du désir maternel : Gina apparaît en effet comme une figure à la fois séduisante, protectrice et instable, susceptible d’incarner une mère idéalisée et interdite. À travers cette relation, Bertolucci met en scène l’impossibilité pour Fabrizio de s’émanciper véritablement, tant sur le plan affectif que politique. L’inceste symbolique devient ainsi le signe d’un enfermement, d’un retour impossible à l’origine, qui fait écho à son incapacité à rompre avec son milieu bourgeois et à donner une véritable portée à ses aspirations révolutionnaires.