Rouge
Le chien ne mord pas la main qui le nourrit
Farid Bentoumi s’était fait remarquer en 2015 avec un film plutôt réussi, Good Luck Algéria. Avec ces 88 minutes, changement de registre puisqu’il plonge dans le thriller politique. Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité. Voilà du cinéma solide, bien écrit, bien joué mais sans originalité particulière. Ce film vaut pour son thème et son casting impeccable. A voir sans crainte.
Entre Erin Brockovich et Dark Waters, ce genre de film a fait ses preuves et a donc du mal à nous surprendre. Moins courant dans le cinéma français, il faut louer cette tentative inspirée de plusieurs affaires réelles et en particulier celle de l’usine Péchiney de Gardanne qui continue de jeter impunément ses déchets toxiques en Méditerranée. Cela fait plusieurs années que le gouvernement et la préfecture leur demandent d’arrêter de polluer la mer. Mais cette usine, c’est aussi 500 emplois à la clé, ce qui n’est pas rien, pratique le chantage au chômage avec un cynisme écœurant. L’argent roi pollue largement autant que les boues rouges. Le choix du rouge est ici hautement symbolique à la fois de la salissure, du sang, mais aussi de la couleur politique de l’engagement syndical. La couleur rouge n’est d’ailleurs présente que sur les murs de l’usine, le lac de rejets toxiques et la robe de l’héroïne. Autre atout du film, le scénario évite les écueils du sexisme ou de la stigmatisation d’une famille d’origine arabe, tout en restant centré sur son sujet politico-social. Un beau film sur le rôle crucial des lanceurs d’alerte.
Zita Hanrot, à la fois fragile et déterminée, sait nous faire partager les affres du dilemme qu’elle affronte. A 31 ans, elle confirme tout le bien qu’on pense d’elle après La Fête est finie, L’Ordre des médecins ou encore La Vie scolaire. Une belle actrice ! Sa confrontation avec Sami Bouajila, - comme toujours parfait et crédible – reste un des atouts du film, tout comme les participations puissantes de Céline Salette et Olivier Gourmet. Dénoncer les pratiques scélérates d’industries pollueuses restera toujours un des rôles fondateurs du cinéma. En voilà un parfait témoignage. On ne s’étonnera pas de trouver le nom des Frères Dardenne parmi les producteurs. Dommage que ce thriller sorte en plein été alors qu’il devait être présenté à Cannes en 2020.