Une jeune fille qui va bien
Note moyenne
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Cinememories

584 abonnés 1 664 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 février 2022
Tout est dans le titre, au sens propre, et la réalisatrice Sandrine Kiberlain ne le cachera pas. Nous étions habitués de la retrouver de l’autre côté de la caméra, évidemment aux côtés de Vincent Lindon. Et comme sa fille, Suzanne, elle prend pied dans cet univers de création et de compositions, afin de nourrir davantage un imaginaire sur la vie d’une jeune fille à Paris. Quant à son contexte, nous la comprenons par réflexe, dès que le champ lexical de l’Occupation nous trotte dans la tête. C’est alors que l’on ne peut s’empêcher de repenser au journal d’Anne Frank et à celui d’Hélène Berr, pour un regard délocalisé sur une des plus grandes capitales de l’Art. Ce n’est donc pas une surprise de voir des personnages tournés autour de cette passion, dont l’enjeu reste cette connexion et cette communication qui les rendent aussi dynamiques et chaleureux.

L’intelligence de la cinéaste réside sans doute dans sa mise en scène, obstruant constamment la vision périphérique des personnages, mais également du spectateur, qui cherche forcément à poser un repère sur la vie d’Irère. Sa passion pour le théâtre l’habite et la consume à la fois, comme le montrent si bien ses évanouissements soudains. Mais cette maladie et cette réalité, elle la confronte avec un zèle qu’on ne peut que cautionner, faute de ne pouvoir s’investir davantage dans une aventure qui commence à peine. Et c’est justement dans cette ascension vertigineuse que l’on tirera parti de cette fougue adolescente, qui laisse son empreinte sur scène, chez soi et dans le cœur de ceux pour qui ça a compté. Rebecca Marder, dès lors pensionnaire de la Comédie-Française, nous bluffe par sa touchante maladresse et par sa démarche qui en aurait déjà condamné plus d’une à chuter une bonne fois pour toutes. Elle est un symbole d’apprentissage pur, que ce soit dans les gestes quotidiens ou dans l’émotion qu’elle canalise pour son avenir.

Cela restera de l’ordre du hors-champ, tout comme la menace qui pèse sur elle et sa famille, estampillées par un gouvernement facilitant, mais pas toujours absent de l’écran. Tout cela découle d’une suggestion du vide et de la peur de ce vide, qui mute dans les yeux de son entourage, alors qu’Irène ne se décourage pas et trouve la force de se relever à chaque fois et de continuer à espérer, jusqu’à ce qu’elle trouve l’évidence de l’amour. Ce n’est pas forcément une formule qui réussit à son frère aîné, incarné par un Anthony Bajon méticuleux lorsqu’il travaille, mais ivre de ses pulsions lorsqu’il se laisse submerger. De même, nous aurons droit à une opposition justifiée entre le père (André Marcon) et la grand-mère (Françoise Widhoff), pour qui la fuite et le salut ne peuvent coexister. Ce bloc entier réunit les ingrédients liés à la famille de Kiberlain sur les générations précédentes, qui malgré l’adversité, a pu se dégager un peu d’espace dans cette brumeuse.

Et quand bien même, l’académisme du cadre nous renvoient à des œuvres plus régressives, cela fonctionne encore, le temps de laisser la parole à une fille et une famille, en quête de son libre-arbitre, alors que tout les conduit à une émancipation forcée et inéluctable. On ne jouit qu’à moitié de ces instants joyeux, où l’on cherche constamment à nous tromper par les apparences, alors que la vérité saute aux yeux. Toute la force de l’intrigue reste dans ce non-dit, que l’héroïne s’accorde d’ignorer ou de détourner le regard, car Irène est véritablement « Une jeune fille qui va bien », jusqu’à ce qu’elle soit coupée dans son élan…
Franck
Franck

4 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 février 2022
Irène est une jeune-fille qui va bien! Elle rayonne et irradie sur son monde : son père maussade, sa grand-mère fière et son frère matheux et sérieux! Elle se respire que pour sa passion pour le théâtre et aspire à sentir son coeur battre... ce qui arrive sous les traits d'un bel étudiant en médecine. Tout va bien, sauf que nous sommes en 1941 à Paris et Irène est juive. Sandrine KIBERLAIN nous livre une vision d'une page dramatique de l'histoire mais qui pour beaucoup a été aussi celle de leur jeunesse, de leurs premières fois. Film juste, solaire et dramatique avec une scène de fin d'une émotion terrible. Et une bande son trés belle! Allez-y!!
florence d.
florence d.

1 abonné 19 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 février 2022
Ce qui fait la force de ce film, c'est que l'horreur du contexte (l'occupation allemande et la politique anti-juive) n'est que suggérée, comme un monstre qui rode. Un monstre que le personnage principal, la jeune fille juive, passe son temps à esquiver tout en dansant avec.
Parfois, un faux pas la fait s'effondrer, puis elle reprend sa course effrénée, sa course de vie. Une esthétique de la tauromachie, donc.
Du grand cinéma, très bien tourné.
De très gros plans, au départ rappelant le magnifique documentaire de Yann Artus Bertrand, Humans, rappellent que nous sommes tous faits de la même chair.
Les amies soudées de la troupe de théâtre forment un corps unique, elles semblent faites de la même matière, l aparole circule entre elle comme un fluide qui les unit, je pense que c'est ce que Sandrine K. a voulu montrer. Elles ne peuvent imaginer que l'on va les amputer de l'une d'entre elles. Toutes semblables, bien au delà de leurs religions , et pourtant l'une sera frappée par le destin, le fatum. On est bien dans le registre de la tragédie
Parfois l'on suggère aussi bien les choses en ne les montrant pas, car l'imagination et les connaissances historiques font le reste. La scène finale est tout bonnement magnifique et vaut à elle seul d'aller voir le film
Il ne s'agit pas d'un film historique mais bien d'une vision totalement subjective puisque cette année 1942 est vue au travers du regard d'une jeune fille amoureuse du théâtre, de la vie, de l'amour, de ses ami(e)s. .
sylounette
sylounette

59 abonnés 243 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 février 2022
Pour une première réalisation, c'est réussi !
l'actrice est parfaite.. la grand mère (qui ressemble à celle de S Kiberlain?) est fantastique...
l'ambiance de cette triste période est bien rendue, la confiance aveugle des juifs français également

Un très bon film !
CHRISTINE LALOUE
CHRISTINE LALOUE

4 abonnés 2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 février 2022
Magnifique film d'une sensibilité incroyable. Le sujet est abordé sous un angle nouveau. Bouleversant
Jorik V

1 363 abonnés 1 952 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 2 février 2022
Encore une actrice qui se lance dans la mise en scène serait-on tenté de dire. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de la grande Sandrine Kiberlain, une comédienne tout terrain aussi à l’aise dans les drames que les comédies. Pour son premier film, elle a choisi de raconter à la fois une partie de l’histoire de sa famille en même temps que sa passion pour les planches. On y suit donc une jeune fille juive pleine de vie et folle de théâtre au sein de sa famille et au gré de ses émois amoureux en pleine Occupation dans la France de 1942. Une jeunesse sous épée de Damoclès donc. Et c’est peu dire que certains choix narratifs de l’actrice devenue réalisatrice sont, au choix, hasardeux, osés ou maladroits. Mais il y a aussi une vraie atmosphère et des instants de grâce qui traversent « Une jeune fille qui va bien ». Une œuvre qui coche pas mal de cases d’une première œuvre avec ses défauts et ses qualités qui donnent envie de connaître la suite.



Du côté des incongruités, on peut parler de la direction artistique et de la manière dont le contexte est représenté. La façon de parler des personnages, les costumes, les maquillages et coiffures aussi parfois, dénotent de ce que l’on a l’habitude de voir dans ce genre de films. Trop contemporains et inadaptés, c’est un choix quelque peu anachronique et qui amoindrit un peu la puissance dramatique de « Une jeune fille qui va bien ». Ensuite, de ne voir que des bribes de l’Occupation allemande (pas de soldats, peu d’antisémitisme, ...) empêche la peur et la tension pour cette famille et surtout cette jeune fille insouciante de s’immiscer en nous. Mais c’est un parti pris assumé puisque Kiberlain semble vouloir montrer l’innocence, la naïveté et la joie de cette adolescente pleine de vie. Enfin, les scènes de théâtre sont peu intéressantes, répétitives et bien trop longues tandis que le montage s’avère parfois approximatif.



Mais dans cet univers singulier autour d’un sujet si grave, Kiberlain marque aussi des points avec cette bande sonore tout aussi anachronique, faite de standards jazzy des années 70 ou de notes en total décalage. C’est peu commun mais cela fonctionne étonnement. Les scènes en famille sont les plus réussies et belles. Le quatuor composé d’Irène, de son frère, de son père et de sa marraine est touchant. André Marcon et surtout l’inconnue Françoise Widhof, une découverte, sont d’une justesse incontestable. Et que dire de Rebecca Marder dans le rôle-titre qui illumine le film de sa fraîcheur et de sa candeur tout à fait adaptée au rôle. Dès qu’on est dans cet appartement, on prend un plaisir à se retrouver dans une sorte de cocon aimant coupé du temps. Les errances amoureuses et le côté artistique sont bien moins rendus. Un film hésitant donc, imparfait même, et parfois ennuyant. En revanche, tout le monde se souviendra de cette scène finale, implacable, glaçante et d’une force de frappe incroyable.



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Xavier BLANCHARD
Xavier BLANCHARD

29 abonnés 415 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 avril 2022
Remarquable jeux d'acteurs, une Irène charmante, concentrée à apprendre les joies de la vie, agaçante comme peuvent l'être ceux qui vivent dans leur bulle, campée par Rebecca Marder, très prometteuse. André Marcon, en père préoccupé par le monde extérieur, qui cache mal sa tendresse pour ses enfants, et Françoise Widhoff en grand-mère complice de sa petite fille (de très beaux échanges de regards).

L'occupation allemande et la menace de disparaître sont bien là, mais hors champ. À un seul moment, la menace s'impose à Irène, lors d'une jolie séquence, assise sur un banc avec son père, elle secoue ses jambes de façon un peu convulsive, comme pour chasser l'angoisse...

Seul bémol, deux ou trois choix musicaux complètement anachroniques, qui surprennent et rompent -heureusement de façon passagère- le charme.

Tours Ciné studio 31 janvier 22
Marius Simon
Marius Simon

9 abonnés 5 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 février 2022
Une jeune fille qui va bien suit le personnage d’Irène, une adolescente étudiante en art dramatique, dans la période du passage d'un concours pour intégrer une grande école. Le film nous place donc au centre de sa famille, composé de son père, son frère et sa grand-mère, et nous plonge dans les histoires d'amour, d'amitié, d'étude de cette troupe heureuse et solidaire. Nous sommes donc spectateur de la joyeuse existence de ces gens, de confession juive (bien que non pratiquant) alors que la menace Allemande qui plane sur eux.
Ce dernier point à beau être centrale dans le film, il est paradoxalement très secondaire dans la forme que prend l'oeuvre. C'est toute la force de cette oeuvre qui parvient à nous faire réaliser comme peu de film l'ont fait auparavant, ce que représentais la répression progressive des juifs dans les années 40. Le film veut nous faire voir une famille française, d'origine juive (seule Irène prie, la grand-mère est à peine croyante et les deux hommes de la famille ne font même pas allusion a leur religion), qui en quelques semaines se voit obligé de se signaler comme juifs à tous. Sandrine Kiberlain met en scène bien plus de moments de joie, de bonheur que de malheur et de désespoir. Elle film plus les sourires que les pleurs.
Le film en devient alors touchant au plus haut point. L'absurdité du traitement accordé au Juifs par les nazi nous saute alors aux yeux et nous prend même à la gorge avec certaine scène ultra-violente (jamais physiquement évidemment). Aucun soldat n'est filmé, pas de contrôle d'identité, pas d'arme, pas d'allusion à la guerre... André, le père, négocie auprès de la grand mère pour accepté la loi qui oblige les Juifs à inscrire la mention juive sur leur papier d'identité et son argument principal c'est que l'inquiétude est illégitime étant donné qu'ils sont Français. Irène, de son côté, obnubilé par son concours et son rêve ne semble même pas réalisé ce qui se passe avant la moitié du film, lorsqu'elle obtient ses lunettes et paraît y voir plus claire, non seulement sur ses papiers et plus généralement sur la situation des juifs.
La film se termine de manière absolument sublime, sans chercher à faire pleuré dans les chaumières, juste en cherchant à montré la violence de l'antisémitisme des nazi. La réalisatrice y parvient brillamment et nous donne l'impression d'avoir un talent fou pour le métier.
En bref ce film est une pépite, multipliant les scènes simples et forte, mettant à l'image des actrices et des acteurs presque tous inconnu et absolument tous bourré d'un talent éblouissant et enfin, doté d'une bande son fantastique du début à la fin.
Largement l'un des meilleurs film de ces début d'année.
pascalparis04
pascalparis04

29 abonnés 33 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 2 février 2022
Un ennui profond pendant 1h30. Il ne se passe rien l'actrice principale n'est pas très impliquée dans son rôle et la grand mère est vraiment très mauvaise seul André Marcon est à peu près correct
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 2 février 2022
Je crois que ce film tente quelque chose d'audacieux: Au lieu de nous montrer la terreur et la misère de la déportation, Sandrine Kiberlain a décidé de nous parler ce que les juifs ont perdus de plus précieux: leur vie, d'avant la déportation. Des rêves, des projets, des amours... Des histoires de gens ordinaires. C'est son originalité, la force de ce film où pourtant la réalité frappe fort quand elle revient. Le décors et les personnages semble au premier abord étrangement ne pas appartenir aux temps de l'occupation, auquel il se passe pourtant, tout est fait pour qu'on n'identifie pas clairement l'époque et je pense que le message veut être: tu regardes des gens qui pourraient être à n'importe quelle époque, même à la tienne.. quelle importance?
sierob
sierob

7 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 février 2022
La vie d'une jeune femme et de sa famille entre l'insouciance de la jeunesse, la crainte de l'occupant pour une famille juive, l'envie de réussite, les premières amours et ..... le coup de massue .
ggdarmon
ggdarmon

1 abonné 2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 février 2022
un premier film excellent où on oublie la guerre grace à des acteurs très convainquants. A voir absolument. Rebecca Marder est fascinante
Dois-Je Le voir ?

411 abonnés 1 862 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 janvier 2023
C’est le premier long-métrage de l’actrice Sandrine Kiberlain. Elle en a aussi écrit le scénario. Une jeune fille qui va bien a été présenté en Séance Spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2021.

Ce drame va nous plonger dans la France des années 40. À l'image d'Adieu Monsieur Haffmann, nous allons être au moment où les Juifs sont ciblés par le régime en place. La zone occupée commençait sa répression en les obligeant à se faire recenser puis les ont ostracisés avec l'étoile jaune cousue sur leur vêtement. Ensuite, les rafles commenceront. Au total, 75 000 Juifs français disparaissent dans les camps de la mort Nazis.
L’histoire se suit d’une manière très fluide. Elle commence loin du sujet de base qui est la montée de l’antisémitisme dans la France occupée. C’est un récit comme les autres avec une jeune fille, ses passions, sa famille, ses amours et ses amis. Cela se regarde d’une façon assez neutre jusqu’à ce qu’on sente la bascule arriver. Plus on avance, plus l’intérêt montre.

C’est sûrement la grande force d’Une jeune fille qui va bien. La thématique va se fondre dans le décor et se dévoiler lentement. Cela procure un sentiment bien particulier. On se sent comme ces femmes et hommes de l’époque qui ont vu le nazisme prendre de plus en plus de place, pour le pire. Forcément, nous voyons donc le récit prendre une trame de plus en plus dramatique. Plus les jours avancent, plus la répression devient forte. Ce sentiment d’injustice nous envahit. Sur ce point, l’objectif est accompli. La fin sera logiquement des plus poignantes et tristement réelle.
Ce film aurait pu devenir un incontournable, cependant il y a un “mais”. En effet, le personnage principal d’Irène est tout simplement exécrable. Elle ne cesse d’en faire des tonnes. Cela en devient épuisant. Rebecca Marder est loin de faire dans la demi-mesure et accentue ce sentiment. Dommage, car ce point noir gâche une bonne partie d’Une jeune fille. Il est agréable de retrouver les talentueux Anthony Bajon et India Hair. Leurs rôles secondaires vont apporter une bonne dose de légèreté, mais être touchant au moment venu.
Cath84
Cath84

1 abonné 1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 1 février 2022
Un film magnifique, à voir absolument. Très bien construit, très beau montage. On n'est jamais dans le pathos, tous sont pleins d'élan et de vie. Et pourtant, on touche à la tragédie. Cette jeune fille, sa famille, ses amis, nous accompagnent longtemps... Un très grand film.Je le recommande vivement
Yves G.

1 845 abonnés 4 020 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 février 2022
Irène (Rebecca Marder) a dix-neuf ans à Paris en 1942. Elle a une passion, le théâtre, et un rêve, réussir le concours d’entrée au Conservatoire qu’elle prépare avec ses camarades. L’amour de son père (André Marcon), de sa grand-mère (Françoise Widhoff) et de son frère aîné (Anthony Bajon) fait écran avec le monde.

Quelques mois après sa fille, comme si décidément la fièvre de la realisation s’était emparée de la famille Kiberlain-Lindon, Sandrine Kiberlain passe derrière la caméra pour signer son premier film. Il s’agit d’un drame historique au sujet plombant, qui louche du côté d’Anne Frank ou d’Irène Nemirovsky (à laquelle l’héroïne emprunte son prénom), le coming-of-age d’une jeune Juive pendant l’Occupation, mais traitée sur un mode très paradoxal.

En effet, comme d’ailleurs son titre l’annonce, tout va bien pour Irène. Rien ne la soucie dans cette ville où ne circule aucun soldat ennemi. Rien ne résiste à son charme rayonnant, à sa joie de vivre, à son appétit. La jeune fille est si entièrement happée par sa passion qu’elle est sourde et aveugle au monde qui l’entoure et aux menaces qui y rodent.

Est-ce par manque de moyens ou en raison des contraintes sanitaires ? Est-ce au contraire voulu ? On ne verra aucune des scènes de rue dont nous gratifient normalement les films censés se dérouler à cette époque : ces scènes décidément de plus en plus kitsch où circulent deux ou trois traction-avant, où les panneaux routiers indiquent en lettres gothiques la direction de la Kommandantur et où quelques passants déambulent, la coiffure savamment permanentée ou le pantalon tirebouchonné à la mode zazou.

À tel point que "Une jeune fille qui va bien" pourrait parfois donner l’impression d’être intemporel, hors sol. Comme s’il s’agissait à modulo 2π du même film que celui tourné par Suzanne Lindon, qui décrivait, lui aussi, les émois d’une jeune fille en fleurs, passionnée de théâtre et découvrant l’amour.

Pour incarner Irène, Sandrine Kiberlain a résisté à la tentation de faire tourner sa fille et lui a préféré Rebecca Marder (qui tenait dans "Seize printemps" un petit rôle). Le choix est heureux. La jeune sociétaire de la Comédie-Française est rayonnante. Elle irradie le film de sa grâce.

Les deux fils de l’intrigue – le drame historique d’un antisémitisme qui déploie lentement ses règles absurdes et asphyxiantes et la "coming-of-age story" – tardent à se nouer. Ils le font in extremis avec une violence rare qu’on n’oubliera pas de sitôt. Cette scène ultime, dont j’ai déjà trop dit, leste le film, auquel on était sur le point de reprocher sa frivolité, d’un poids qui lui donne toute sa force.
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