Le Paris de l'Occupation de Sandrine Kiberlain n'a rien de réaliste mais elle l'assume. C'est son choix de ne pas faire apparaitre de croix gammées, de soldats allemands ou de gendarmes français dans le film. Qu'elle désire libérer son héroïne de son époque pour rendre son histoire intemporelle est une idée intéressante. Du coup, Irène - l'extraordinaire Rebecca Marder - danse le rock sur du Tom Waits, parle comme une jeune-fille de 2020, rentre tard dans un Paris sans couvre-feu, utilise une vaisselle hors d'époque, mange à sa faim, flirte avec un jeune médecin au pantalon pat' def'... pourquoi pas ? Après tout, Roberto Benigni et Taika Waititi ont su faire de grands films sur cette même période en s'affranchissant partiellement du réel. Mais ce qui gêne dans ce film où les anachronismes sont presque plus nombreux que dans "La rafle" de Roselyne Bosch, c'est son concept. Quand Sandrine Kiberlain veut montrer comment l'horreur brise soudainement l'insouciance et les espoirs d'une jeune-fille, elle travestit la réalité historique. spoiler: L'antisémitisme n'est pas un piano tombé sur la tête des juifs français comme dans un cartoon. L'antisémitisme était quotidien. Les juifs parisiens le vivaient du matin au soir, par les innombrables restrictions (ici inexistantes), par les affiches dans les rues (ici aucune), par la propagande de Radio Paris (ici elle ne diffuse que de la musique), etc. La judaïté n'était pas un choix mais une identité imposée par l'environnement social et les institutions. Il est impossible qu'une jeune-fille d'un milieu si cultivé ait pu être à ce point écartée du réel. S'il était certes possible d'être jeune, joyeux, voire naïf à Paris en 1942, l'insouciance n'existait plus depuis longtemps. La judaïté ne se rappelait pas aux gens brutalement dans un bar, elle leur collait au corps du matin au soir et brutalisait leur quotidien. La vie d'Irène est heureuse tout au long du film, celle des Juifs français ne l'était pas.
Si la démarche cinématographique est intéressante, le résultat donne à voir le drame juif d'une façon totalement erronée et c'est fort dommage.
Film très délicat, tout en non-dits. Les acteurs excellents. Je me demande si cette tragédie sera tout à fait compréhensibles pour les jeunes spectateurs tant le contexte historique est elliptique. Un petit reproche: le film manque un peu de rythme.
Quel joli film ! Quelle douceur et quelle poésie! Sandrine Kiberlain est humaniste dans sa manière de raconter si délicatement une période de notre histoire qu'on découvre d'une manière encore nouvelle, inédite presque. Le quotidien qui peu à peu change, et la joie de vivre d'adolescents qui ne peuvent imaginer ce qui se profile. J'ai revu il n'y a pas très longtemps "Au revoir les enfants", ce film s'inscrit dans cette veine.
Ce film est un bijou de justesse, de sensibilité et de poésie. Il permet une mise en perspective de l'horreur quand elle s'abat sur l'innocence . La mise en scène , les décors , les costumes , le jeu d'acteur et surtout de l'actrice principale, Rebecca Marder sont magistralement mis au service du propos que l'on pourrait presque comprendre comme un engagement politique contre toute forme d'exclusion, de racisme, de xénophobie. Merci Sandrine K.
Quel film boulversant. L'insouciance d'une jeune fille passionnée qui veut croire en sa vie qui sera fauchée par l'indicible. Tout en douceur et en nuances. Bravo
Gentil petit film mais pas tout à fait abouti malgré le charme indéniable de ses jeunes acteurs Sandrine Kiberlain malgré sa volonté de bien faire n'est pas réalisatrice et cela ce voit à l'écran dans l'histoire comme dans les dialogues
Une manière très fine et très subtile d’aborder ce drame. Irène est EXTRAORDINAIRE de fraîcheur, de spontanéité. Elle est clairement lumineuse. Les autres acteurs sont également parfaits et justes.
Film d'une grande sensibilité, effleurant par touches le drame indicible de la Shoah . La joie de vivre de cette jeune fille est réjouissant mais le drame est en filigrane
Je suis sortie du film en me disant "bof ! c'est un film que j'oublierai" Et puis non, je n'arrête pas d'y penser, de revoir les séquences; les regards et les rires. C'est un film magnifique, délicat, tout en nuances, c'est, je crois, un film juste. Comme Etty Hillesum rêvait de devenir une grande écrivaine, Irène veut devenir une artiste. Toutes les 2 vivent leur vie sans angoisses profondes. Vous ne verrez ni les rafles, ni les défilés nazis sur les Champs, ni les camps, ni les trains de la mort. Mais vous vivrez le l'intérieur le quotidien d'une jeune fille de 19 ans, banal, somme toute, et je comprends que cela puisse décevoir certains. Mais le chemin vers l'ultime est semé de petits cailloux évocateurs. Je crois que je vais revoir ce film car des subtilités m'ont surement échappé. Merci Madame Kimberlain, vous venez de signer un grand film .
Qu'est allée faire Sandrine Kiberlain sur ce navire ? Représenter le Paris de l'Occupation de cette manière est très gênant pour le spectateur un peu attentif, même si la réalisatrice s'est expliquée sur ce parti-pris. Comment peut-on imaginer une jeune fille juive de cette époque aussi peu se soucier du port de l'étoile jaune, de la confiscation des bicyclettes, radios et autres téléphones, et de toutes les vexations quotidiennes, pour ne s'intéresser qu'à ses nouvelles amours et à son concours d'entrée au Conservatoire ? Pourquoi autant de contre-vérités historiques (la date du port de l'étoile jaune, par exemple)? Si on a vu Le Dernier Métro ou n'importe quel autre film sur cette époque, on sortira de celui-ci pour le moins décontenancé. Le manque de moyens financiers de la production, évident à chaque plan, n'excuse pas le scénario bâclé et la faiblesse des dialogues. Les costumes ou les coiffures, anachroniques, la musique totalement déplacée achèvent de nous mettre en colère et gâchent tout notre plaisir à la découverte d'une nouvelle étoile du cinéma, la jeune Rebecca Marder, qui, bien dirigée fera peut-être carrière...
Sandrine Kiberlain signe ici un exercice de style. S'il ne s'agit pas d'un mauvais film, il est également difficile de le qualifier de bon. L'histoire se concentre sur Irène jeune fille de 19 ans juive et insouciante en plein été 1942. Le spectateur est quelque peu décontenancé par le manque de gravité de la situation ainsi que par les dialogues anachroniques. S'il s'agit d'un partie pris de la réalisatrice, cela rend le film ennuyeux tout comme les scènes de répétitions de théâtre à rallonge. Cependant le casting est séduisant particulièrement la jeune Rebecca Marder, l'actrice qui joue la grand-mère et Anthony Bajon (le frère). Malgré le caractère solaire de l'actrice, la bonne humeur constante d'Irène met mal à l'aise. spoiler: La fin en revanche nous laisse retourné. C'est la seule partie intéressante du film.
Les acteurs jouent juste, le film est émouvant MAIS même si l'héroîne est une passionnée de théâtre, il est excessif de montrer sans cesse des répétitions, surtout autour des mêmes répliques. En outre, la montée de l'antisémitisme - que l'héroîne préfère ne pas voir - est vraiment trop en filigrane. Certaines répliques sont anachroniques : "une fixette", "se planter". Le pire, c'est la musique, complètement anachronique. Que viennent faire ces chansons américaines au rythme des années 60 dans la France de 1942 ???
Un scénario qui se situe en 1942 sans le moindre soldat ou autorité d’Occupation, c’est assez spécial. Mais c’est assumé (cf. les secrets de tournage). Tout comme est également assumé pour servir le propos, sinon à quoi bon, le fait que l’ambiance soit très contemporaine. L’étal de la boulangerie regorgeant de baguettes et viennoiseries ne saurait correspondre à la période. Les assiettes ne sont pas vides non plus pendant les repas de famille, malgré la disette et les restrictions de ces années-là. Jusqu’aux tenues vestimentaires élégantes, bon chic bon genre, qui feront penser à des jeunes filles contemporaines allant au lycée dans les beaux quartiers. Bref, la période ô combien sombre de notre histoire nationale est édulcorée au possible pour n’en garder qu’une inquiétude du père de famille résigné mais sans plus et l’insouciance de sa fille, actrice de théâtre en devenir. Le spectateur d’aujourd’hui qui sait ce qui s’est passé en est à l’évidence mal à l’aise. Les commentaires en sortie de salle le confirment. La scène de fin signe l’exercice de style qu’est ce film. Une minute pour sortir tout un chacun du détachement qui aura pu s’emparer de lui à son corps défendant. Osé sur le plan de l’écriture cinématographique. Mais risqué. Ce film mériterait presque d’être classé « Art et Essai ». Il ne fera pas le moment venu les premières parties de soirée des chaines de télévision généralistes mais alimentera la programmation d’Arte.