Jessica, une aide-soignante parisienne de 19 ans, que l’on voit changer les vieux d’une EHPAD , qui ne voulait pas devenir l'"esclave" d'une société qui ne la voyait pas, fraichement convertie à l’islam s’envole pour la Syrie avec sa meilleur copine Laila ..leur objectif : devenir les première et seconde épouses d’un beau djihadiste, AKhram que Leila a rencontré sur le Net.…A l’arrivée à Raqqa les deux filles se voit confisquer passeport, téléphone , et même leur identité puisque Jessica se voit rebaptisée « Oum Rabia » et se retrouve enfermée dans une mafada, sorte de maison close où elles sont retenues en attente d’être mariée de force…sur laquelle règne « Madame » (Lubna Azabal , saisissante de froideur et d’autorité) dans la posture experte en conditionnement psychologique et théologique et en sévices physiques..
C’est le premier métrage d’une allemande Mareike Engelhardt, passée par la FEMIS, elle-même petite fille de SS, et pour laquelle les « mafadas » lui rappellent les « Lebensborn » ces pouponnières nazies qui servaient à la survie de la "race aryenne". Au-delà du parallèle historique, elle démonte le mécanisme de l’adhésion et le déclic du réveil…Elle dévoile un système de soumission des femmes par les femmes, dont le seul horizon est d’être le repos du guerrier…Le reconstitution est impressionnante, on sent que Mareike Engelhardt s’est documentée auprès de femmes revenues de Raqqa, elle aurait toutefois édulcoré certains témoignages, jugés trop "durs" pour son film…« Rabia » est autant un film coup de poing qu’un puissant portrait de femmes, qu’elles soient victimes ou martyrs. Deux destins croisés incarnés avec une incroyable force par Meghan Northam, sans fausse note, et Lubna Azabal, qui incarne une "Madame" à glacer le sang. Le personnage de Madame est un double fictionnel de la Marocaine Fatiha Mejjati, alias Oum Adam, surnommée "la veuve noire", aujourd'hui une criminelle en fuite. Un film puissant, dérangeant, mais autrement nécessaire, pour mieux nous rappeler le destin ou la situation de nombreuses femmes (près de 42 000) qui sont parties rejoindre le Califat, et des enfants qui sont nés là-bas (environ 25 000) au moment où les combats reprennent...