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Et si l’adolescence ne finissait jamais ? Si le théâtre servait à enfouir les cris plutôt qu’à les délivrer ? Dans Les Amandiers, Valéria Bruni-Tedeschi ne filme pas une école : elle exhume un vertige. Le film n’avance pas, il vibre. Il n’illustre pas l’acteur : il le dissèque. Fin des années 80, Stella, Étienne, Adèle, Victor — des prénoms d'époque comme des balafres douces. Ils hurlent dans des couloirs, s’aiment sur des matelas jetés, répètent Tchekhov comme on implore Dieu de répondre. Ce n’est pas une fiction, c’est un souffle erratique.
Arte diffuse, mais ce n’est pas du théâtre filmé. C’est un champ de ruines émotionnelles. Une caméra qui colle à la peau jusqu’à ce qu’elle saigne. Valéria Bruni-Tedeschi signe ici un autoportrait en kaléidoscope, dérangé, affecté, désaxé. Un film qui n’a pas peur d’être hystérique, ni même ridicule parfois — parce qu’il sait que c’est dans le débordement que naît l’authentique.
On attendait un hommage, une reconstitution sage de l’école des Amandiers, dirigée par Patrice Chéreau. On reçoit une danse affamée, un déraillement nostalgique, un chœur de jeunes adultes qui ne savent pas encore que tout va brûler. Entre Polina de Havel et les éclats adolescents de Mommy, la caméra bascule, tourne, bouscule. Le film ne cherche pas la beauté : il cherche la vérité par le débordement.
Pas vraiment de scénario. Des fragments. Des répétitions. Une audition comme un accouchement. Des séjours à l’hôpital. Un enterrement. Des gestes impossibles à digérer. L’amour s’effondre, la drogue s’installe. Tout se mêle, dans un désordre qui n’imite pas la vie — il l’aspire.
La mise en scène déborde les cadres. Une photographie granuleuse, saturée d’émotion. Des plans trop longs, des zooms trop proches. Comme un film qui veut s’étouffer avec ses propres larmes. Chaque cri n’est pas seulement joué : il est vécu. Une esthétique du vertige, du flou, du chaos.
Nadia Tereszkiewicz brûle l’écran. Elle est Stella, mais aussi tous les autres. Étienne (Sofiane Bennacer) est un bloc d’arrogance et de fragilité. Louis Garrel en Chéreau devient presque spectral. Il ne dirige pas : il regarde se consumer. Chaque acteur, chaque élève, est une étincelle prête à claquer dans le vide.
La musique — peu présente — laisse respirer les silences. Et ce silence, il n’apaise pas : il amplifie. Ce n’est pas du théâtre filmé, c’est du théâtre vécu. Par à-coups. Par fièvre.
Message ? Peut-être : l’école n’apprend pas à vivre, elle apprend à jouer — et c’est parfois pire. On ressort lessivé, mais traversé.
Note : 16 sur 20. Pour ce que ça ose. Pour ce que ça fracasse. Pour ce que ça expose : la jeunesse, à nu, et sans armure.