On pouvait s'y attendre, mais quelle déception ! Napoléon, qui est censé disposer d'une durée moyenne de 4h00, n'a pu présenter qu'une version cinéma de 2h38 qui regorge de failles, d'oublis et d'incohérences.
Le scénario du long métrage est bien trop linéaire et cherche à aborder trop d'aspects de la vie de Napoléon, de loin ou de près, sans jamais entrer en profondeur dans chaque aspect. Des personnages sont présentés sans jamais montrer leur importance ou leur utilité réelle sur le récit et l'apport sur la continuité de l'histoire. Beaucoup d'aspects historiques importants de l'histoire de l'empereur sont oubliés : la campagne d'Italie, Wagram, Leipzig, Trafalgar… Cela est sûrement dû à la vision assez restreinte du réalisateur uniquement centrée sur le tandem Joséphine-Napoléon pour suivre l'avancement du règne de ce dernier.
Scott ne montre jamais les innovations qu'a pu apporter l'empereur durant son règne : code civil, code pénal… Il est très peu montré au pouvoir, si ce n'est sur quelques batailles, tout en restant bien trop lisse et sans entrer en profondeur. La famille Bonaparte est bien trop peu étudiée, on ne présente jamais les noms des membres de la famille. C'est la même chose pour les maréchaux qui sont très peu caractérisés, voire oubliés : Murat ? Davout ? Bernadotte ? Même des personnages secondaires importants du règne de Napoléon sont trop peu utilisés ou mis en valeur : c'est le cas de Talleyrand notamment qui est bien trop utilisé dans le récit.
En termes de réalisation, en dehors des scènes de batailles qui sont très bien filmées et spectaculaires, Ridley Scott est assez bancal dans sa réalisation, bien trop peu inspirée et ne prenant pas de risques. La colorimétrie est bien sombre et froide par moments, ce qui n'aide pas à coller à une ambiance bien plate et linéaire. Le film est jonché d'ellipses qui expliquent l'heure et demie manquante au long-métrage, et tous ces effets de transition d'un blanc beaucoup trop vif sont insupportables pour l'œil du spectateur… Les écritures servant à présenter les différentes batailles, lieux, personnages, sont trop peu lisibles et sont beaucoup trop rapides. On a l'impression d'avoir un enchaînement de lieux et de personnages, sans jamais voir les conséquences de ces événements si ce n'est sur le couple Bonaparte qui est le seul à être réellement développé (même si ce n'est pas non plus incroyable).
Côté casting, Joaquin Phoenix n'est clairement pas dans son meilleur rôle, il est bien trop absent par moment et peu crédible lorsqu'il doit commander ses troupes. Il est également beaucoup trop âgé pour former un couple crédible avec Vanessa Kirby, qui incarne Joséphine. Les scènes de la jeunesse de Napoléon avec Phoenix sont beaucoup trop peu marquantes du fait de l'âge de l'acteur qui laisse le spectateur de marbre sur les prouesses du jeune capitaine. De son côté, Vanessa Kirby incarne à la perfection son personnage de Joséphine de Beauharnais, que ce soit ses aspects mélancoliques, passionnés ou enjoués… mais l'actrice n'incarne pas totalement le personnage du fait qu'elle soit bien trop jeune, ce qui est assez flagrant lorsqu'elle est aux côtés de ses enfants, une fois qu'ils sont devenus de jeunes adultes… Kirby est donc parfaite dans son interprétation du personnage, mais cela ne colle pas vraiment dans l'alchimie avec Phoenix.
On en revient donc à une question d'utilité réelle de ce film, décrit plus comme une fiction par son réalisateur qu'une biographie se voulant ultra précise et réaliste autour de l'empereur. Le règne de l'empereur ne serait-il pas tout simplement impossible à adapter en un seul film ? Une série serait-elle plus efficace ? Ce sera le cas avec celle de Steven Spielberg sur HBO dans quelques années…
Napoléon est donc une œuvre pleine de promesses, tuée dans l'œuf par sa durée cinéma de 2h38 bien trop courte et malade de son 1h30 absente. C'est une œuvre bien trop plate et bancale, pas aidée par des personnages trop peu incarnés et une histoire linéaire privée de rebondissements et trop plate.