Napoléon Bonaparte est probablement l'une des plus figures historiques les plus passionnantes à analyser. Pour cause, on estime que près de 10 000 ouvrages ont été écrits sur lui, soit en moyenne un par semaine depuis sa mort !
Mais la littérature n'est visiblement pas ce qui intéresse Ridley Scott ici. Il a préféré calquer son long-métrage sur de célèbres tableaux, livrant de très belles images... au détriment du scénario.
Car le premier défaut de "Napoleon", c'est son écriture et/ou son montage. En l'état, cette version cinéma de 2h30 a une durée bien trop maigre pour couvrir un période longue (1789 à 1821) et surtout très dense. En résulte un récit superficiel, qui ne semble n'être qu'une bande annonce pour la version longue de 4h30 promise par Ridley Scott.
Superficialité également dans la présentation et l'agencement des scènes. J'ai davantage eu l'impression de voir un synthèse illustrée de la vie de Bonaparte, plutôt qu'une histoire avec un vrai angle.
Et dernier gros défaut, pas des moindres : l'interprétation de Joaquin Phoenix. Attention, je ne suis pas du tout bonapartiste, je ne voulais pas voir un récit qui fasse de Napoléon un génie militaire ou une figure immortelle. Ca ne me gêne pas de le voir s'adonner à quelques bouffonneries qui permettent d'humaniser le personnage.
Mais l'acteur est trop vieux, et surtout en roue libre, il a l'air d'être complètement à l'ouest, en décalage total avec les autres. A part sur quelques batailles, on a l'impression de voir un antisocial dépressif qui a su saisir les opportunités, plutôt qu'un homme d'état intelligent. Cela m'a fait penser, dans l'esprit (pas dans l'exécution), à la prestation de Jared Leto dans "House of Gucci".
Heureusement, le film comporte plusieurs qualités qui en font une oeuvre agréable à voir en salles. Surtout si vous appréciez cette période, pas assez traitée au cinéma.
Le film n'ennuie jamais, grâce à son récit à vitesse grand V. La forme est ambitieuse, alignant costumes, décors intérieurs & extérieurs (souvent plus britanniques que français !). La photographie est jolie, la musique amusante (chanson française, chants corses...).
Et évidemment, de très belles scènes de batailles, avec charges massives, barrage d'artillerie, et morts en masse. On se dit que si Ridley Scott s'était restreint à une ou deux batailles pour son film, il aurait pu faire encore plus fort que "Austerlitz" ou "Waterloo". Mais non, il faudra se contenter de ce film oubliable, qui sera peut-être sauvé par sa version longue.