Essayons d'oublier les préjugés défavorables sur le cinéma récent ou moins récent de Ridley Scott et sur les biopics en général. Ridley Scott est un cinéaste de divertissement, pas un historien. Alors on veut bien passer outre certains détails. Mais comment s'y prendre pour faire entrer l'histoire de Bonaparte puis Napoléon, de Toulon à Ste-Hélène, dans un film de 2h30? Surtout quand une tasse de thé avec Joséphine dure plus longtemps que la campagne d'Egypte ou que l'empereur passe plus de temps avec l'impératrice qu'avec ses généraux. A vrai dire, cette Joséphine omniprésente est un boulet tout le long du film et sa présence stigmatise une approche romanesque tout public. Le contenu politique et militaire passe à la trappe et on se demande bien ce que le spectateur profane, français ou étranger, peut comprendre de l'histoire et de la carrière de Napoléon Bonaparte, tellement dépourvues d'authenticité.
C'est un Napoléon dictateur, mégalo, hégémonique et parfois tourné en ridicule dont Ridley Scott, en bon anglais, propose la caricature au coeur d'un récit stupidement illustratif et complètement désincarné. Hormis le couple impérial, personne n'existe. Déjà, Joaquin Phoenix est bien trop vieux pour le rôle; c'en est génant, surtout quand Bonaparte est un général de 25 ans. L'acteur sombre avec le film tout entier.
On devine bien que le réalisateur ne s'est intéressé qu'au tournage des batailles d'Austerlitz et de Waterloo, spectaculaires mais creuses. Ces séquences ne nous sortent pas de l'ennui profond dans lequel nous sommes plongés dès après la toute première scène du film (Marie-Antoinette guillotinée), une des rares, peut-être la seule, à faire sens, à toucher au coeur. Tout le reste est survolé, forcément dira-t-on, mais comment faire une film si médiocre, si insipide, si pauvrement dialogué avec une telle matière historique, avec ce personnage qui fascine -sans qu'il soit besoin de l'admirer- au-delà de nos frontières. C'est à un point qu'on aurait dû convoquer l'ambassadeur anglais! Quelle ironie quand on pense que le mémorable et brillant premier film de Ridley Scott, "Les Duellistes", se déroulait dans la France consulaire de Bonaparte...
En réalité, et tout le problème est là, le cinéaste n'a aucune ambition historique et, surtout, donne le sentiment de ne pas aimer son sujet, ce qui est son droit, mais, en conséquence, il ne restitue rien au spectateur, ou alors un certain mépris pour son personnnage.