Dans Alter Ego, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine partent d’une idée simple, presque absurde : et si votre voisin était votre sosie parfait, en plus accompli, plus séduisant, plus sûr de lui ? Laurent Lafitte incarne Alex, homme sans histoire, dont l’existence tranquille se fissure lorsqu’il découvre Axel, son double apparent. À ses yeux, la ressemblance est évidente. Pourtant, personne autour de lui ne semble la remarquer.
Ce décalage nourrit le trouble. Le film ne bascule jamais dans le fantastique pur, mais installe une ambiguïté persistante. Le double existe-t-il comme menace objective ou comme projection intime ? La mise en scène reste sobre, sans effet démonstratif, ce qui renforce le malaise. Le rire naît souvent de cette gêne, de cette impression que la situation pourrait déraper à tout moment.
Le choix des prénoms, Alex et Axel, n’est pas anodin. Une lettre les sépare. Ce détail minimal devient symbole. Le double n’est pas un monstre venu d’ailleurs, il est une version légèrement améliorée de soi. C’est plus cruel. Le film parle moins d’un sosie que d’un miroir impitoyable. Axel semble réussir là où Alex doute. Dans une société obsédée par l’image, la performance et la comparaison permanente, cette confrontation agit comme un révélateur brutal.
Blanche Gardin incarne Nathalie, épouse lucide qui observe la dérive d’Alex avec un mélange d’inquiétude et de distance. Olga Kurylenko apporte à Tatiana une élégance presque idéale, renforçant le contraste entre les deux couples. Marc Fraize et Zabou Breitman, dans l’univers feutré de la COGIP, ancrent la satire dans un cadre professionnel familier, où l’apparence pèse autant que la compétence.
Laurent Lafitte, dans ce double rôle, joue sur les nuances. Il ne force jamais le trait. Posture, regard, énergie, tout diffère subtilement. Alex est tendu, fragile, Axel plus lisse, plus stable. Cette précision évite la caricature et rend crédible l’affrontement intérieur.
On ressort de Alter Ego avec le sourire, mais aussi une question en tête : et si le vrai danger n’était pas le double, mais notre propre regard sur nous-mêmes ? Le film divertit, certes, mais il touche un point sensible, cette peur intime de ne pas être à la hauteur, ou pire, d’être remplaçable. C’est là qu’il trouve sa force.
Vu en projection de presse (fin jan 2026)