Alter ego est un film qui interroge les apparences et les normes que la société nous impose. Il explore comment celles-ci nourrissent nos complexes et installent une comparaison permanente avec les autres reflet d’un système presque obsédé par la réussite sociale, financière et même physique. Le film traite avec justesse ces thèmes, en mettant en scène une vision du “French dream” : maison pavillonnaire, réussite professionnelle, image parfaite jusqu’à en révéler les failles de manière assez surprenante.
Laurent Lafitte est excellent dans son double rôle. Il incarne avec finesse une forme de dérive psychologique face à son propre reflet, et on prend un vrai plaisir à le voir naviguer entre ces deux facettes. Les scènes de malaise sont particulièrement réussies, presque palpables. Le reste du casting est également très solide.
Du côté de la mise en scène, le film est vraiment agréable à regarder. Les plans sont soignés, souvent construits autour d’une idée de symétrie et de miroir, que l’on retrouve aussi bien dans la composition que dans l’architecture des lieux filmés. La photographie joue intelligemment sur les contrastes, entre ombre et lumière, renforçant ce thème du double et des deux faces d’un même individu.
L’humour fonctionne bien, avec un mélange d’absurde et de noirceur qui apporte une vraie fraîcheur. C’est suffisamment dosé pour ne pas casser le ton du film, tout en offrant quelques moments vraiment efficaces.
Malgré toutes ces qualités, je reste un peu sur ma faim. Le film souffre de quelques longueurs, et surtout d’une fin qui, bien que surprenante, paraît un peu précipitée. Elle vient développer de manière assez étrange et abrupte la thématique pourtant installée tout au long du film, ce qui peut déstabiliser et brouiller légèrement la lecture globale.
C’est d’autant plus frustrant que, avec un tel sujet, une mise en scène aussi maîtrisée et un casting aussi solide, Alter ego avait tout pour être un grand film. Il reste malgré tout une très bonne expérience.