Qu’ont-ils fait de nos vies ?
On voit souvent la notification D’après une histoire vraie fleurir à propos des.scénarii de films. Mais celui réalisé par Niels Tavernier est véritablement très fidèle à cette « réalité » puisque Guy Birenbaum, co-scnéariste, est le propre fils de la jeune héroïne de ce film. En 1942, Tauba, une adolescente pleine d’énergie, échappe de justesse avec ses parents à la rafle du Vel d’Hiv. Un couple, les Dinanceau, leur propose de les cacher provisoirement dans un minuscule débarras de leur immeuble, sous les toits de Paris, le temps que les choses se calment. Malheureusement, ce qui devait être temporaire s’éternise, et la famille s’enfonce dans le silence et l’immobilité. Mais Tauba est une battante, et rien ne l’empêchera de bousculer son destin. 91 minutes asphyxiantes d’une réflexion intense sur la mémoire et la transmission qui ne laissent pas voir sans émotion.
Le film est né d’un témoignage filmé en 1997 dans le cadre de la Survivors of the Shoah Visual History Foundation de Steven Spielberg. Ce témoignage de Tauba Zylbersztejn a profondément bouleversé le réalisateur. Les scènes ont été tournées dans l’ordre chronologique, ce qui a permis aux acteurs de vivre l’évolution émotionnelle de leurs personnages. Ils se sont attachés à incarner la fatigue, la peur et la promiscuité de manière réaliste dans cette minuscule pièce de 12m2 où se déroule pratiquement toute l’histoire. Pour ancrer la fiction dans l’Histoire, Nils Tavernier a inséré des images d’archives tout au long du film., apportant ainsi une dimension réaliste et bouleversante au récit. Quant au couple qui cache la famille Zylbersztejn, il est inspiré de personnes réelles qui ont pris des risques immenses pour protéger des Juifs. Bien sûr, le film n’évite pas certains écueils du genre « huis-clos », comme le manque de rythme et les répétitions. Mais qu’importe ! Ce type de petite histoire nous fait mieux comprendre la grande Histoire. D’utilité publique dans un monde où les valeurs humaines les plus élémentaires vacillent dangereusement.
Guillaume Gallienne et Adeline d'Hermy – tous deux de la Comédie Française -, encadrent la jeune Violette Guillon, - fille de l'humoriste Stéphane Guillon -, qui est formidable – une véritable découverte -. Ils nous font partager la résilience et le courage de cette famille durant cette longue « captivité » sous les toits de Paris occupé. On ajoutera les noms de Sandrine Bonnaire et Laurent Bateau, parfaits eux aussi. Ici, le hors-champ est terrifiant quand le quotidien de cette famille peut nous paraître presqu’ennuyeux. Peut-on filmer l’attente ? Ce drame prouve que oui.