Un thriller, conforme à la loi du genre avec des fausses pistes, des rebonds, du mystère, un retournement de situation… Avec cette touche de réalisme supplémentaire qu’il ne s’agit pas d’un scénario de fiction mais du récit de l’extraordinaire mésaventure personnelle et judiciaire d’une syndicaliste suite à ses interrogations et donc son engagement sur un dossier sensible.
Tous les acteurs de cette histoire politico-judiciaire somme toute contemporaine apparaissent sous leur nom et dans leur rôle public. Face à la syndicaliste (parfois aussi un peu à ses côtés : manipulation ?) apparaissent des grand(e)s commis de l’Etat, des dirigeant(e)s d’entreprises essentielles à la souveraineté nationale, des ministres. Des noms de Présidents de la République successifs sont cités. Ça fait un peu « panier de crabes ».
Des éléments de la vie publique qui échappent d’ordinaire au commun du citoyen électeur s’il n’y avait pas ces lanceurs d’alerte (à l’époque des faits, le terme n’était pas encore vulgarisé), une syndicaliste ici et, en second plan, un informateur d’une autre entreprise de la même filière industrielle, davantage sous contrôle de l’Etat (normalement), celle-là. Cette imbrication public/privé, avec l’Etat dedans/dehors sera d’ailleurs une partie de la problématique sociale, économique et industrielle engageant les intérêts supérieurs de la Nation.
L’organisation syndicale que représente cette syndicaliste (la CFDT) se plaint dans ses rangs que ce scénario ne mette pas suffisamment en avant, selon son goût, sa propre action collective. Sévère comme jugement. La CFDT apparait visuellement. On y voit ses différents militants, ses drapeaux, elle est à l’écran « pignon sur rue » dans l’entreprise… Ce n’est pas un film sur la CFDT et l’action syndicale en général mais un film sur UNE syndicaliste, lanceuse d’alerte. Avec sinon une part de fiction, quelques nécessités, arrangements et raccourcis pour la mise en scène (un avertissement à l’écran apporte quelques précisions lors du générique de fin).
L’ensemble est favorable à la réflexion personnelle. On pourra seulement s’étonner de la facilité avec laquelle la déléguée syndicale centrale (« même pas ingénieure » - sic -, c’est dans les dialogues) obtient sur un simple coup de téléphone un rendez-vous avec le Président de la République en exercice et à ses entrées à l’Assemblée Nationale pour interpeller directement les Députés en leur remettant en mains propres un dossier de son cru. Dans la vraie vie, c’est plus compliqué que ça pour un(e) syndicaliste, même brillant(e), même très engagé(e).