On met un peu trop de temps à faire le lien entre la première scène, aussi étonnante que forte, et la suite du film. On sent que le cinéaste s’amuse à nous donner les indices et informations au compte-goutte, en présentant une importante galerie de personnages dont les liens (entre eux et avec le passé) apparaissent petit à petit. Mais il faut rentrer dans le jeu et être patient, tant le film atteint densité et puissance dans sa dernière partie. L’ambiance dure et rustique et de ce village rural du nord du Portugal se ressent profondément, d’autant que le réalisateur a renoncé à toute musique d’accompagnement (les seules entendues sont celles qui émanent des protagonistes et des situations). Dans le drame montré se révèlent tant le poids culturel de la communauté que les travers du fonctionnement des hommes. En même temps, le film est visuellement très soigné, et les références picturales nombreuses. Une belle découverte.
Tout le long du film j'ai pensé à Mystic River, aussi tragique, aussi noir. Le traumatisme donne naissance à un bouc émissaire, un être qui dérange et qui est en même temps bien commode. La caractéristique du bouc émissaire semble être de vouloir rester à la fois dans le lieu et dans le temps (ou de ne pas avoir la force de faire autrement ?) Il semble vouloir jouer le rôle qu'on lui attribue plutôt que de quitter ses racines. Il préfère mourir qu'être seul. Ce film est un polar comme Mystic River et les personnages ne sont pas innocents. Mais il s'y ajoute en plus une sauvagerie mystérieuse des temps anciens, les temps du sacrifice. Si on veut sortir de ce sentiment de désolation, on peut toujours en tirer une leçon : il faut avancer pour briser ce cercle mortel .