Il fallait des bollocks en titane pour se présenter comme la seule suite officielle et véridique du chef d’oeuvre de 1971 : pas vraiment parce qu’ignorer toutes les épisodes sortis depuis lors serait une trahison envers la franchise (ils étaient tous très médiocres, sans exception) mais parce que se confronter à la référence écrasante qu’est le film de Friedkin semblait être une bataille perdue d’avance. On ne peut pas reprocher à David Gordon Green, qui commence à se faire une spécialité de donner un vernis moderne et quelque peu auteurisant à des classiques du cinéma de genre, de n’avoir rien tenté : on note quelques idées intéressantes, comme le dilemme insurmontable qui se pose au personnage principal dans la séquence introductive, qui résonnera en miroir lors de la séquence finale. Le fait qu’il y ait désormais deux possédées au lieu d’une, l’idée de faire revenir les deux actrices du film original (en simple caméo, pour l’une) ou la reproduction/détournement de ses effets les plus iconiques s’avèrent plus anecdotiques. En 1971, ‘L’exorciste’ s’attaquait au sens du sacré incarné par l’institution catholique, au-delà des doutes et faiblesses humaines du père Karras. Lorsque le nouveau film déploie son plan de bataille, c’est désormais une simple communauté de croyants qui se voit chargée de procéder au rituel, l’église s’avérant incapable d’assumer sa mission. La croyance personnelle, seule remède contre le mal ? Comme dans n’importe quel film d’épouvante américain, pourrait-on malheureusement dire. Si j’ai toujours été insensible aux notions de bien, de mal, de péché et de foi, je n’en possédais pas moins un certain sens du sacré, et c’est la raison pour laquelle je considère que le film de Friedkin traitait du sujet avec brio. A l’inverse, mes enfants ne possèdent plus ni l’un ni l’autre et c’est aussi la raison pour laquelle, alors que ‘L’exorciste’ leur semblait être un jalon dans leur progression vers le cinéma “adulte”, ils ont trouvé le résultat terriblement ennuyeux quand ils l’ont regardé vers 13-14 ans. Ce n’est pas que ce ‘Dévotion’ soit un mauvais film : il évite le trop plein de manifestations diaboliques, il tient la route question ambiance et dans le créneau du film de possession, il s’avère notoirement mieux écrit et mieux conçu que la majorité des productions du même genre (ce qui n’est pas franchement difficile non plus). On peut simplement se demander, puisque la cible prioritaire des films d’horreur sont les 15-25 ans, comment il compte s’y prendre pour faire frémir de nouvelles générations aussi largement déchristianisées, pour qui le diable a sans doute rejoint l’ogre et le vampire émo dans la galerie des monstres kitsch pour enfants. Ou alors, c’est que “ils”, les autres je veux dire, ceux qui y croient, sont plus nombreux que je ne le pense.