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La vie est semblable à un vieux camping-car délabré : nous savons qu'un jour il cessera de rouler, mais nous préférons profiter du voyage tant qu'il continue d'avancer. Tel est On Ira, exactement. Un road-movie tendre et rebelle, où chaque kilomètre parcouru est une manière d'arracher du temps à l'horloge, d’aspirer encore quelques lambeaux de ciel.
Hélène Vincent incarne Marie avec une intensité rare. Pas de longs discours ni de larmes forcées, seulement un regard, un soupir, une main serrant désespérément un volant, comme on s'accroche à un dernier espoir. Elle ne joue pas, elle vit vraiment. Face à elle, David Ayala oscille entre colère et résignation, tel un fils qui comprend trop tard qu'on ne peut toujours protéger ceux qu'on aime. Pierre Lottin, quant à lui, débarque dans cette histoire comme une bourrasque imprévisible, franc, un peu brutal, mais indispensable pour éviter que le film ne sombre dans une élégie sans relief.
Mais la véritable révélation est Enya Baroux derrière la caméra. Elle filme avec la délicatesse d'une promesse murmurée, laissant le spectateur respirer. Pas d'effets excessifs, pas d'émotions toutes prêtes. Simplement un road-trip où la route parle autant que les silences. Et quelle route! Des paysages saisis comme des pensées qui s'égarent, une lumière caressant les visages sans jamais les trahir.
On Ira n'est pas un film sur la mort. C'est un film sur l'art de partir sans demander la permission. Sur cette foutue manie qu'a la société de vouloir décider à notre place quand nous avons le droit d'être libres. Sur l'amour aussi, mais cet amour qui sait quand il doit lâcher la main au lieu de serrer trop fort.
Il y a aussi cette pudeur. Pas de violons larmoyants, pas de dialogues expliquant ce que nous comprenons déjà. Juste une histoire qui prend son temps, s'installe en nous, et nous laisse avec cette drôle d'impression d'avoir pris la route avec eux.
Car au fond, On Ira, c'est ce moment où nous regardons le soleil se coucher en nous disant que nous ne savions pas que c'était la dernière fois, mais que c'était beau malgré tout.