Le film d’Enya Baroux aborde le thème du suicide assisté, pas juste comme un drame éclaté, mais comme une traversée humaine, avec ses éclats de rire, ses fêlures, ses confessions qu’on n’ose pas faire. Dès le départ, l’idée de Marie, grand-mère de 80 ans, de partir en Suisse, de dire non à la douleur, et de préparer une dernière aventure sous couvert de mensonge à ses proches, installe ce mélange étrange et vertigineux de générosité et de fuite.
Le casting est touchant : Hélène Vincent incarne Marie avec une pudeur bouleversante, on voit la fatigue, mais surtout la force de ce qu’elle veut. Pierre Lottin, en auxiliaire de vie maladroit, apporte des moments de tendresse et de légereté, comme des respirations dans un voyage vers l’inévitable. Juliette Gasquet, la petite-fille, et David Ayala, le fils, complètent ce quatuor brisé, imparfait, mais attachant. On croit à leurs secrets, à leurs silences, à leurs lourdeurs de famille.
Ce qui fonctionne vraiment, c’est le ton. Ce n’est pas un film triste fait pour déclencher le chagrin, c’est plutôt une comédie dramatique qui sait doser l’humour, les quiproquos, les moments absurdes de vie, tout ça pour mieux faire sentir l’émotion quand elle arrive. La route en camping-car, les arrêts, les silences, ça construit lentement : on rit, on sourit, et parfois on essuie une larme. Et même si certains passages semblaient un peu gros, ça passe parce que le film ne triche pas : il assume ses maladresses, ses moments convenus, mais les effleure avec bienveillance.
Quelques failles quand même : le rythme est inégal, la deuxième moitié tire un peu trop sur l’émotion et on devine certains tournants à l’avance — le mensonge, la confession, le face-à-face. Mais ça ne gâche pas tout, parce que dans les moments forts, le film touche juste, vraiment.