Un conte grotesque, somptueux, radical… et totalement fascinant.
Je ne m’attendais pas à une telle expérience. Pauvres Créatures, c’est un film-tableau, un film-monstre, un film-laboratoire — une œuvre étrange et sublime qui m’a happé du début à la fin. Une fable féministe, oui, mais sans slogans, sans leçon, sans caricature. Juste un parcours de liberté, de corps, de pensée, d’affranchissement.
Emma Stone livre une performance exceptionnelle. Elle est tout à la fois curieuse, touchante, crue, terrifiante, lumineuse. Elle joue une femme reconstruite — au sens littéral — qui redécouvre le monde à sa façon. Et ce regard naïf, affamé, désinhibé sur la société est un miroir acide tendu au spectateur. C’est dérangeant. Et jubilatoire.
Le film multiplie les styles visuels, les ruptures de ton, les variations de couleurs et de rythme, sans jamais perdre le fil. C’est comme si on traversait plusieurs films dans un seul, sans jamais se sentir perdu. Chaque décor est une œuvre d’art. Chaque transition, une invention de mise en scène.
Et au milieu de tout ça, une réflexion profonde sur le désir, le pouvoir, la domination, la science, l’amour, la connaissance. Avec de l’humour absurde, du malaise, et parfois une beauté brute, presque enfantine. C’est un Frankenstein inversé : le monstre, c’est pas elle — c’est le monde.
Un film radical, beau, cruel et drôle à la fois, porté par une actrice absolument habitée, et un réalisateur qui ose tout, sans retenue. Inclassable. Inoubliable. Un chef-d’œuvre.