Tár
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Tumtumtree
Tumtumtree

202 abonnés 578 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 7 février 2023
Tar est un film difficile, long, nous plongeant dès les premières minutes dans l'univers abscons des mélomanes les plus exigeants des grands orchestres internationaux. Après une énigmatique première image dont on comprendra le sens bien plus tard, le cinéaste nous inflige tout le générique finale, listant les centaines de noms des collaborateurs d'un tel projet cinématographique. Puis s'engagent des discussions de haut vol sur le temps et la musique, les affres de Beethoven et de Mahler. Cette âpreté extrême ne nous lâchera jamais : elle est voulue, assumée. Les moments passés aux côtés de Cate Blanchett s'étirent à l'infini, de sorte que le film restera profondément dans nos mémoires après l'avoir vu. La mise en scène dilate l'image en un format cinémascope monumental décrivant les intérieurs luxueux des ultra-riches qu'on nous montre. Les choix chromatiques accentuent la sécheresse de l'ensemble puisque ce Berlin des grands orchestres est intégralement traité en un camaïeu de gris, réchauffé par l'ocre de boiseries contemporaines.
Pas sûr qu'à ce stade de ce petit texte, vous ayez très envie d'aller voir cela... Mais de fait, Tar est un monument.
C'est un peu le monolithe de 2001 l'odyssée de l'espace planté dans notre époque. Par sa mise en scène, d'abord, on l'a dit. En la matière, c'est du très très haut niveau. Par la performance démente de Cate Blanchett (si elle n'a pas l'Oscar, je n'y comprends plus rien). Et par son message terriblement pessimiste sur le monde contemporain. Rien dans la bande-annonce n'évoque la vraie thématique du film, à savoir la profonde cassure philosophique et culturelle qui est en train de séparer la génération des milléniums de ses prédécesseures. Cate Blanchette incarne les générations nées avant 1980, leur rapport à l'art, à la culture, au travail, aux abus d'autorité, aux minorités, etc. Todd Fields ne choisit pas la facilité d'un personnage idéal et respectable pour incarner beaucoup d'entre nous, mais un être complice des harcèlements en tout genre, occupant la situation ambivalente d'appartenir à une minorité tout en critiquant frontalement ce qu'on appelle depuis quelque temps le wokisme. Cette curieuse créature dialogue sans cesse avec la génération qui la précède et celle qui suit. Elle voue un respect hors du commun aux grands chefs-d'orchestre déjà morts qui l'ont précédée, mais au fond elle méprise ses homologues plus âgées et vieillissants qu'elle doit encore côtoyer. De même, elle entretient une apparente complicité avec certains jeunes gens qu'elle semble respecter, mais en instrumentalise d'autres, et cherchent à abuser de certains. Ces jeunes gens là ont construit, incidemment, leur propre rapport aux médias, au travail, à leurs congénères. Absorbés par leur téléphone portable, ils ne prennent guère attention aux êtres réels qui les entourent. Ambitieux, ils ne sont pourtant pas prêts à encaisser les frustrations infligées par leurs maîtres et préfèrent alors disparaître (pour s'émanciper ou pour s'autodétruire). Le dernier plan, dont on ne révèlera rien ici, conclut magistralement cette démonstration brutale sur la génération qui arrive, et vis-à-vis de laquelle Todd Fields prend clairement position.
Pour tout cela, Tar est un film important de nos jours. Il creuse en 2h38 une problématique qui est au cœur de notre monde contemporain. Certes il prend parti dans ce constat sociétal, mais il cherche surtout à ouvrir le débat et à faire réfléchir par l'entremise de personnages complexes qu'une interprétation magistrale rend d'autant plus crédibles.

Quelques éléments en mode "spoiler alerte" après avoir vu le film une seconde fois :
spoiler: Les premières minutes du film donnent lieu à toute sorte de plans qu'on ne comprend qu'en le revoyant. La bande-son du long générique initiale révèle la profonde passion pour la musique de Lydia Tar, passion réaffirmée en fin de film lorsqu'elle regarde une vidéo VHS de Lenoard Bernstein. En effet, la chanson amazonienne qu'on entend est précédée de la captation de la voix de Lydia Tar elle-même signifiant à la chanteuse qu'elle doit oublier le micro. C'est une référence (alors incompréhensible pour le spectateur) aux recherches ethnologiques que Tar a engagées en Amazonie. Nous laisser entendre cette chanson pendant plus de 3 minutes et nous faire comprendre que c'est bien Lydia Tar qui l'enregistre place la musique au premier plan du film pour elle comme pour nous. Au-delà de tous les abus que Todd Field dénonce chez cette femme, il la présente comme sincèrement passionnée par son art, là où la jeune génération qu'il nous montre ne semble en avoir qu'une vision superficielle. Dans les premières minutes, se (re)joue implicitement le trio amoureux lié à ce voyage en Amazonie. Le premier plan montre Lydia Tar à travers le téléphone portable de Francesca (Noémie Merlant) qui parle probablement à Krista Taylor. Toutes trois ont fait le voyage d'Amazonie, qui a scellé leur complicité. Krista constate que Francesca est encore amoureuse de Lydia (elle le lui dit par SMS). Cette complicité est prolongée par le pied de Lydia caressant vraisemblablement celui de Francesca quand elle cherche une couverture de disque qui lui plaît dans son "petit" appartement berlinois. Cet appartement est en fait sa garçonnière où elle reçoit, contre l'avis de Sharon sa compagne, ses étudiantes et assistantes. Krista, elle, est régulièrement présente à l'écran, sans que le spectateur ne s'en rende compte. Sa chevelure rousse permet de l'identifier pendant la conférence de presse du début, puis dans la rue, etc. Il semble que très tôt elle cherche avec Francesca à déstabiliser Lydia. C'est Francesca qui donne à la cheffe le livre au dessin abstrait, et c'est Francesca qui filme la tirade "anti-woke" de la Julliard School (on la voit au loin avec son portable) ; elle s'en servira plus tard en en faisant un montage accusateur. Une amusante référence à Marlon Brando est faite lors du voyage final en Asie. Marlon Brando est connu pour son comportement totalement déplacé avec les femmes. Ce type de comportements est constamment dénoncé par la jeune génération tout au long du film. Or le guide de Lydia Tar en Asie lui dit qu'on ne peut pas se baigner dans le fleuve car des crocodiles se sont échappés lors d'un tournage de Brando, et qu'ils sont encore là. C'est une métaphore pour signifier que les abus fréquents à l'époque de Brando perdurent encore. La scène des deux voisines trouve son duplicata dans les derniers plans du film. Todd Field a une vision extrêmement sombre de nos générations. Ils opposent les générations d'avant 1990 qui abusent, harcèlent, violentent (Lydia Tar, James Levine, etc.) et la jeune génération insensible, superficielle, etc. Et il considère que la jeune écrasera les vieilles. Le plan final nous montre une Lydia Tar devenue le bouffon d'une génération d'ados immatures, réduits à l'état de poupées décérébrées déguisées bêtement. Les deux voisines dupliquent cela : la jeune, déficiente mentale, porte le poids de la plus âgée incapable de se gérer seule et totalement sous la coupe de sa fille. Pas très optimiste, tout ça...
Pierre Kuzor
Pierre Kuzor

177 abonnés 569 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 1 février 2023
Ai vu "Tar" de Todd Field. Je suis musicien professionnel alors, des chefs d'orchestre j'en ai connu des qui dirigeaient avec une hache entre les mains, d'autres dont les préférences sexuelles biaisaient totalement le bon déroulement des répétitions, certains totalement sadiques, d'autres dont la froideur approchant du vent glacial vous paralysait avant de chanter quoi que ce soit, des dictateurs grotesques, des qui se pensaient compositeurs, des qui ne connaissaient aucune des règles du savoir vivre.... Lydia Tar, jeune cheffe du philharmonique de Berlin qui vient de faire paraitre son autobiographie cumule toutes les Tares. Donc nous nous trouvons devant un personnage pendant 2h38 dont la subtilité est proche de zéro. Pour un musicien, presqu'aucune des situations ne sont crédibles. De la master-class à la Jullliard School où un étudiant clame haut et fort qu'il ne dirigera jamais du Bach car c'était un misogyne, hétéro qui a fait 20 mômes à sa femme (aucun étudiant à ce niveau ne peut tenir des propos aussi puéril) , au couple que Tar forme, comme par hasard avec la Première Violon de l'orchestre, à la rencontre "coup de foudre" dans les toilettes avec une postulante russe, juste avant un concours pour un poste violoncelle de rang spoiler: qui va forcément avoir des conséquences
, le voisinage avec le quart-monde sur le même palier du sublime pied à terre-bureau où travaille Tar, à son appartement immense tout en béton plus proche du bunker que d'un habitat... Le film a d'immenses atouts. Il prend son temps, mais souvent le metteur en scène oublie de dire "Coupez". Il est bien documenté et la looonnnngue interview qui ouvre le film est intelligente et juste, les loooonnnngs plans séquences qui laissent aux interprètes le temps de jouer sur la longueur leurs personnages. Mais autant la première heure est pertinente (même si je pense que les spectateurs non musiciens peuvent être vite dépassés devant tant de références et d'éruditions) la deuxième partie est un mélange de mauvais Polanski et de l'aberrant "Black Swann". Le seul personnage un peu touchant et que l'on est susceptible de rencontrer dans la vie de tous les jours est Francesca Lentini, jouée admirablement avec émotion et réserve par Noémie Merlant, l'assistante... forcément bouc émissaire de la Cheffe Super sTar... parce qu'une femme ne peut pas avoir de relation amicale et normale avec une autre femme, semble être un des messages de ce film. Les longs métrages ayant pour thème "la direction d'orchestre" est à la mode actuellement : Maestro(s) de Bruno Chiche, "Divertimento" de Marie-Castille Mention-Schaar... je n'ai vu que "Tar" celui où il me semblait y avoir le plus de cinéma, si ce n'est de musique. Oui Cate Blanchett est un Stradivarius, c'est indéniable. Elle a un charisme hallucinant, elle chante, elle joue du piano, elle dirige... en tout point de vue elle est crédible et fait son travail d'actrice à la perfection. On reconnait qu'elle est une immense comédienne non parce qu'elle sait incarner ce personnage détestable, mais tout simplement parce qu'elle vole vers les étoiles dans un film qui sombre dans les abysses de la bêtise, sans se bruler les ailes. Dans une période où ENFIN le monde de la musique s'ouvre à la Direction d'orchestre aux femmes, il est incroyable que ce film réactionnaire fasse peser autant de failles sur ce personnage principal. Moi j'ai rencontré aussi des chefs d'une immense humanité, des révolutionnaires qui avaient une vision originale et évidente sur les oeuvres, des bons vivants aimant partager des moments avec les collègues musiciens autour d'un verre, des génies à qui l'on avait envie de tout donner, des qui naturellement doutaient, des qui étaient reconnaissants, des qui dispensaient leurs questionnements, des qui avaient de l'humour, des qui savaient dompter leur libido, des qui étaient sains d'esprit... et c'était la majorité de mes rencontres. Avec ce film qui commence pourtant très bien l'on est plus proche du Grand Guignol que de Haneke. Gratuitement Tarabiscoté, film bobo chic à la morale plus que discutable : spoiler: la repentance pour un chef se paye en allant diriger un orchestre amateur au fin fond de l'Amérique du Sud
... A vomir !
Hervé L
Hervé L

92 abonnés 717 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 février 2023
Un bon Film sur une cheffe d'orchestre classique talentueuse forte et exigeante mais juste jusqu'à la dureté et l'intransigeance qui ne lui fera pas que des amis. Elle a ses failles et les jalouses et les envieuses ou les refoulées les lui feront payer par réseau sociaux interposé ou être mis en cause veux dire être déjà jugé par les mediocres dans le monde hypocrite de la fausse bien pensée woke. Kate Blanchett est impeccable et les réflexions sur la musique très justes
philippe delaloix
philippe delaloix

3 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 2 février 2023
L'actrice principale est merveilleuse, dès que l'on entend de la musique ce film est extraordinaire.
Entre-temps on dresse le portrait d'une femme chef d'orchestre, on s'est finalement peu de choses de son ascension si ce n'est qu'il y a eu des morts le long de cette route, j'aurais aimé un peu moins d'obscurité un peu plus de clarté.
Après l'ascension vient la chute dans une obscurité totale, mérite-t-elle ce qui lui arrive, ou est-elle victime d'une machination, de notre folie actuelle qui allume les bûchers sans état d'àme?

Oui un grand film avec une immense artiste et de somptueux second rôles, mais ce film est long et pour moi ne fait pas le tour du sujet.
CINÉ FEEL
CINÉ FEEL

82 abonnés 286 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 28 avril 2023
TAR n’est pas un biopic ni un documentaire sur une artiste( même si la première scène pourrait faire croire le contraire) , c’est un film sur le pouvoir, sur la toute puissance, le portrait d’une artiste démiurge qui se prétend au dessus de la morale et de la justice des hommes
Le film est tres audacieux et démarre par une succession de trois longues scènes composée de plusieurs plan séquence, qui d’emblée plantent le décor. La première, quasiment documentaire et très technique, nous propose la master class d’une cheffe d’orchestre. Très vite on comprend, par la précision des dialogues et le jeu extraordinairement habité de Cate Blanchett, que pour cette cheffe d’orchestre la, les notions de chef(fe) , de directeur(trice) d’orchestre ont un sens. Elle conduit. Elle dirige, elle commande. Et qu’on ne vienne pas faire la fine bouche sur des sujets de moralité qui pourraient entacher la réputation et le talent d’un artiste( en l’occurrence, excusez du peu, Bach) : un artiste est au dessus de la morale, au dessus des lois ( cela rappelle bon nombre de récents débats, cf Polanski ou Woody Allen et notre permission ou pas de les admirer encore…). Cela donne une scène formidable ( a mon sens, la meilleure , surprenante, violente, dérangeante, à l’image de tar) entre le professeur et son jeune élève. Tout est posé à ce stade du film, qui des lors se déroule de manière plus classique puisque l’on va assister au progressif écroulement du personnage principal qui s’entête à refuser de croire que les lois des hommes s’appliquent à elle, et continue à se comporter comme Dieu lui même. Le film délaisse peu à peu les controverses wokistes pour se concentrer sur le chaos intérieur qui l’envahit et l effondrement qui va s’en suivre. Ce n’est pas le meilleur du film. Certaines scènes ( la voisine, l’agression) sont un peu lourdes ou anecdotiques mais on accompagne Tar dans ce chemin de croix sans savoir vraiment si viendra la redemption. On la suit jusqu’au bout car on suit avant tout une comédienne de génie. A ses côtés deux autres actrices remarquables dont les personnages l’admirent et la soutiennent en silence : Nina Hoss et Noémie Merlant, toutes deux remarquables.
Prad Bitt
Prad Bitt

9 abonnés 219 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 2 février 2023
La bande-annonce m'avait interpellée et je me suis dit : ça sent le grand film !
Le soufflé est vite redescendu...
Malheureusement je ne suis jamais rentré dans ce film, qui est beaucoup trop complexe pour moi. Je pense que c'est un film de niche réservé à certaines personnes et c'est dommage car Cate Blanchett est cruelle de justesse, certains plans sont superbes mais l'histoire est d'un ennui terrible.
On est dans l'autopsie de l'âme de cette cheffe d'orchestre en proie à ses tourments mais il n'y a pas d'histoire du coup on a un film contemplatif et tortueux qui ne propose pas grand chose.
2h38 c'est très long sans rythme...
Benjamin Curat
Benjamin Curat

4 abonnés 8 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 2 février 2023
La longueur épuisante de ce film n'a d'égal que sa prétention.
Cate Blanchett a beau être époustouflante, elle ne peut parvenir a sauver ce film de l'ennui dans lequel il plonge les spectateurs.
Le réalisateur s'adresse à lui même et ne pense jamais au spectateur.
A fuir
BILLY
BILLY

2 abonnés 18 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 2 février 2023
Première fois que je sors d'une salle avant la fin de la sceance.

Le film est long, ennuyeux et pourtant je suis un grand amateur des films qui se laissent prendrent le temps (j'ai énormément aimé EO ou les Banshees d'insherin pour parler des films récents par exemple)

Pour un film sur une chef d'orchestre la musique est absente, les plans ne sont pas inspiré et le métrage se contente de plans fixes et de champs/contre champs avec des scènes de dialogues vides de sens qui paraissent interminables.

Je suis parti au bout d'1h30 en ayant l'impression de ne pas avoir passé l'introduction. Je veux bien être patient, mais ma patience a des limites et Tàr les à dépassés
Guitoo1
Guitoo1

1 critique Suivre son activité

0,5
Publiée le 2 février 2023
Dès les premières images s'applique le théorème des films pseudo intellos: plus c'est abscons, plus c'est bien. Les personnes qui ne partagent pas ce principe artistique partiront vite. Les autres verront l'apothéose de cette erreur croître jusqu'au bout.
Ratafia
Ratafia

10 abonnés 164 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 février 2023
On frôle le chef d'oeuvre. Scénario, dialogue, images,... + Cate Blanchett topissime.
L'univers philharmonique y est passionnant et émeut délicieusement (même pour le néophyte.)
Quant au pouvoir : responsable unisexe, des abus et harcèlements ? La question interpelle,....
MaelleP75
MaelleP75

2 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 février 2023
J'ai bcp aimé l'atmosphère de ce film, le détricotage de la mégalomanie de Tar jusqu'a sa déchéance... jeu d'actrice incroyable! Quelques longueurs cependant dans ce film de plus de 2hrs...
Inesse.Y
Inesse.Y

2 abonnés 8 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 février 2023
Je m'attendais à mieux. Beaucoup trop de blabla. Mais bon avec Cate Blanchett en rôle principal, ca remonte le niveau.
CinemaxGhinozzi
CinemaxGhinozzi

15 abonnés 93 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 février 2023
Toujours dans la dernière ligne droite avant les Oscars dans un peu plus d'un mois, Tàr de Todd Field débarque en France avec l'Oscar de la Meilleure Actrice à aller chercher pour Cate Blanchett. Je dois dire qu'après Babylon, l'année 2023 commence sur les chapeaux de roue.
L'une des grandes forces de ce film réside dans son montage. Malgré les longs dialogues auxquels nous assistons sans forcément y comprendre grand chose, il y a des successions de plans que le spectateur parvient à comprendre assez simplement. Je pense notamment au passage spoiler: entre Lydia affalée sur son piano qui passe brutalement à un podium où on la voit diriger en contre-plongée, ou encore lorsque la cheffe lit les mails de Krista et qu'elle se retrouve en train de boxe
r sur le plan suivant. C'est (évidemment) un film qui est très bon au vue de ces atmosphères sonores. Todd Field a bien compris que le silence est aussi du son avec cette séquence spoiler: où règne un silence de cathédrale, mais un son lointain et inaudible pour le commun des mortels va réveiller Tàr, qui se retrouve en pleine nuit à chercher ce bruit qui l'empêche de dormir. On pourrait presque dire qu'elle rêve dans cette séquence où elle "étripe" un pendule : le fait de savoir que son temps est désormais compté l'a rend totalement hystérique.
Sans aucun doute, Cate Blanchett est splendide dans ce rôle, mais je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai était transcendé par cette performance. J'ai personnellement bien plus été marqué par son rôle de femme fatale dans Nightmare Alley de Guillermo Del Toro ou Carol de Todd Haynes : son rôle dans ce dernier ressemble énormément à celui qu'elle occupe dans Tàr tant sur le fond que sur la forme. En outre, ce long-métrage a aussi beaucoup fait parler pour la polémique qu'il a causé autour de Marin Aslop, célèbre cheffe d'orchestre qui s'est reconnue dans le rôle. Aslop a déclaré que "toutes les femmes et les féministes devraient être gênées par la représentation" que fait Todd Field. Je suis plutôt en accord avec la vision de Field sur ce point : ce n'est pas le fait que Lydia Tàr soit une femme ou homosexuelle qui fait d'elle un personnage délirant, c'est son statut social et le pouvoir qu'elle a sur les gens qui l'entourent. Field nous met tous sur un même piédestal en nous disant que personne n'est insensible au pouvoir, quelqu'en soit notre sexe, notre couleur de peau, notre orientation sexuelle, notre religion, etc. Danielle Arbid disait que "réaliser, c'était comme être Dieu" : après avoir trop usé de son pouvoir divin, Tàr finit par payer le prix de la mort social.
C'est un film assez éprouvant pour sa durée et ces longs dialogues mais qui n'enlève rien à la qualité du propos. Même si elle est donnée favorite, le sacre de Cate Blanchett aux Oscars n'est selon moi pas acquis face à Ana de Armas et Michelle Yeoh.
LeMeilleurPseudoDuMonde
LeMeilleurPseudoDuMonde

15 abonnés 88 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 1 février 2023
Il en fallait bien une : Tar est la première grande déception de l’année.

Les critiques élogieuses qu’on lit ici et là m’amènent à me poser une question : a-t-on vu le même film ? Autant le dire tout de suite, Tar est LE film pompeux et prétentieux par excellence.

La réalisation plan-plan ne souffre d’aucune fulgurance : où est la patte du réalisateur ? On enchaine les plans fixes sur des dialogues interminables et vides. La gestion du rythme est absolument catastrophique, il faut attendre le dernier quart du film pour commencer à saisir ce qui est raconté. Et c’est regrettable parce que parfois, on perçoit des bribes de propos intéressant (sur l’identité, sur le tribunal médiatique, sur les abus sexuels, sur la famille) mais rien n’est jamais plus que survolé. Le comble pour ce film sur la musique reste quand même que la musique est quasiment absente.

Le sentiment qui domine pendant le visionnage du film finit inéluctablement par être l’ennui. Et ce n’est pas l’acting de Cate Blanchett qui sauve les meubles. Plutôt correct et juste, on est bien loin de la « performance hallucinante » vantée par certains. Ce n’est pas parce qu’on a le droit à 2 minutes d’expressivité sur 2h38 de film qu’on est face à une performance. J’espère de tout cœur que les Oscars sauront récompenser Michelle Yeoh infiniment plus méritante que cette escroquerie.

Bref. Si vous souhaitez éviter de regarder un film de 2h38 qui en paraît 4, vous savez ce qu’il vous reste à (ne pas) faire.
Olivia Cornille
Olivia Cornille

1 critique Suivre son activité

1,5
Publiée le 1 février 2023
Quelle déception, surtout après avoir lu les avis quasi unanimes de la presse clamant le chef d'œuvre ! Le film commence par un interminable générique sans intérêt puis nous plonge dans le monde très sélectif non pas de la musique classique (d'ailleurs il n'y a pratiquement pas de musique dans le film, c'est la grosse deception de ce côté là ) mais des pratiques particulières des orchestres berlinois (complètement hermétiques pour les néophytes). C'est long, très long, sans structure, sans émois, et parfois ça frôle le n'importe quoi. Pour moi, c'est un film raté et Cate Blanchett ne m'a pas convaincu.
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