Complètement floues
Depuis son tout 1er film en 2009, Captifs, Yann Gozlan nous fait partager son goût pour le thriller et l’étrange. Un homme idéal et Boîte noire en témoignent. Aussi l’attente étit-elle grande pour ces nouvelles 123 minutes… Pilote de ligne confirmée, Estelle mène, entre deux vols long-courriers, une vie parfaite avec Guillaume, son mari aimant et protecteur. Un jour, par hasard, dans un couloir d’aéroport, elle recroise la route d’Ana, photographe avec qui elle a eu une aventure passionnée vingt ans plus tôt. Estelle est alors loin d’imaginer que ces retrouvailles vont l’entraîner dans une spirale cauchemardesque et faire basculer sa vie dans l’irrationnel… et la déception à la hauteur de cette attente. Tout en mélange rêves / réalité, prémonition / réminiscence, passé / présent le thriller laisse le spectateur sur le bord de la route, à se demander si ce n’était pas là le but recherché ??? Auquel cas, mission accomplie.
On retrouve bien sûr le talent de Gozlan pour l’image et la bande-son soignées, son don pour créer des ambiances lourdes et malsaines, ainsi que pour les personnages complexes… mais ici, sans doute trop. Car, à aucun moment on entre en empathie avec le trio central. N’est décidément pas Hitchcock qui veut. C’était LE maître. Gozlan pas encore. Car le cinéaste de Sueurs froides ou de Le crime était presque parfait finissait toujours par nous mettre dans la confidence. Ici, rien, on nous balade de mystère en coup de théâtre, de faux indices en invraisemblances, de rêves prémonitoires en boucles temporelles… ah oui, rien n’est simple dans la tête d’Estelle. Quant à la nôtre… Je ne m’étonne plus de savoir qu’ils se sont relayés à 5 scénaristes pour pondre cet imbroglio érotico-angoissant. Certes, on a bien une des constantes des films de Gozlan, le personnage central qui est constamment dans le contrôle avant de le perdre peu à peu. Bref l’expérience sensorielle se voudrait vertigineuse, mais les ambitions tombent à plat devant cette volonté affichée de dérouter le spectateur au point de le laisser totalement sur le bord du chemin.
Diane Kruger est bien dans la tradition des Tippi Hedren ou Grace Kelly chères à Hitchkock. Elle surnage, tant bien que mal, dans ce maelström de prémonitions et de visions, mais sans pour autant parvenir à nous être sympathique. Tout comme ses partenaires, Mathieu Kassovitz, Marta Nieto, - qu’on avait découverte en 2020, dans le formidable Madre de l’espagnol Sorogoyen -, et Amira Casar. Au spectateur – lui aussi sous benzodiazépine -, donc de se forger sa propre opinion au sortir de ce cauchemar éveillé. David Lynch sort de ce corps !