Il y a des films qui cherchent à égaler leurs prédécesseurs, d'autres qui cherchent à les dépasser, et puis il y a ceux qui comprennent qu'après deux aventures catastrophiques sur des îles remplies de dinosaures, le mieux est probablement de prendre le professeur Alan Grant, de le remettre sur une île et de voir combien de temps il faudra avant qu'il regrette son choix de carrière.
Après Jurassic Park, véritable monument du cinéma et, à mes yeux, l'un des meilleurs films jamais réalisés, puis Le Monde perdu, suite sympathique mais incapable de retrouver la magie du premier, Jurassic Park III débarque avec une mission finalement assez simple : offrir au spectateur un dernier grand tour de piste avant de laisser les dinosaures tranquilles. Et soyons immédiatement honnêtes : c'est le moins bon des trois premiers Jurassic Park.
Il n'est ni aussi révolutionnaire que le premier, ni aussi ambitieux que le deuxième. Il est également beaucoup plus court et beaucoup plus simple dans sa construction. Mais là où le film réussit quelque chose de très important, c'est qu'il comprend qu'il n'a pas besoin d'essayer de refaire Jurassic Park. Il propose une aventure plus directe, plus nerveuse, plus légère et surtout beaucoup plus amusante, avec un objectif simple : retrouver un enfant disparu sur Isla Sorna et essayer de ressortir vivant de l'île. Et franchement, après deux films où les personnages semblent systématiquement découvrir que les dinosaures sont dangereux alors que le titre du film leur avait pourtant donné un indice, cette simplicité fait énormément de bien.
Une histoire assez bonne et surtout plus originale que celle du deuxième.
L'histoire de Jurassic Park III est finalement assez classique : une famille veut retrouver son fils disparu sur Isla Sorna et engage le professeur Alan Grant pour les accompagner.
Évidemment, sans grande surprise, Grant refuse. Parce qu'il a déjà vécu deux aventures avec des dinosaures et qu'il a probablement compris que les îles tropicales ne sont pas exactement son environnement professionnel idéal. Puis on lui promet beaucoup d'argent.
Et soudainement :
« Très bien, allons-y. »
Le pouvoir de l'argent est décidément supérieur à celui de la peur des dinosaures.
Mais malgré sa simplicité, l'histoire fonctionne plutôt bien. Et surtout, je la trouve plus originale que celle du deuxième opus. Le Monde perdu reposait beaucoup sur l'idée d'une expédition scientifique sur une île pleine de dinosaures, puis sur la capture du T-Rex et son transport à San Diego. Ici, le film revient à une structure beaucoup plus proche du premier : un petit groupe de personnes coincé sur une île et obligé de survivre. Mais le scénario apporte tout de même suffisamment de nouveautés pour ne pas donner l'impression d'une simple copie. On découvre de nouveaux dinosaures, de nouvelles zones d'Isla Sorna et surtout une menace différente. Le film va droit au but.
Pas besoin de vingt réunions au Sénat, de trois hommes d'affaires qui veulent vendre des dinosaures et d'un personnage qui explique pendant quarante minutes pourquoi cette fois-ci, tout va fonctionner. On est sur l'île. Il y a des dinosaures. Ils veulent nous manger. Voilà. On peut commencer.
Des personnages enfin vraiment attachants
Et c'est probablement l'une des grandes qualités de ce troisième épisode : je trouve les personnages beaucoup plus attachants que ceux du deuxième film.
Dans Le Monde perdu, quelques personnages fonctionnaient très bien, notamment Ian Malcolm, sa fille et Sarah, mais beaucoup d'autres étaient assez oubliables.
Ici, l'équipe est plus réduite et on passe donc davantage de temps avec chacun.
Et surtout…
ALAN GRANT EST DE RETOUR.
Et rien que pour ça, merci.
Je vais le dire clairement : Alan Grant est, selon moi, le meilleur personnage de toute la saga Jurassic Park. Et son retour dans Jurassic Park III fait donc énormément plaisir. Parce qu'après avoir suivi Ian Malcolm dans le deuxième film, on retrouve enfin le personnage principal qui avait véritablement porté le premier film émotionnellement. Grant a changé. Il est beaucoup plus méfiant. Il est beaucoup plus blasé. Et surtout, il ne veut absolument plus entendre parler des dinosaures. Ce qui est assez compréhensible quand on sait qu'il a déjà vu des enfants se faire poursuivre par des vélociraptors, un T-Rex détruire un parc et toute une équipe scientifique mettre sa vie en danger.
Le professeur Grant a probablement besoin d'un psychologue. Mais il continue quand même à étudier les dinosaures. C'est un peu comme quelqu'un qui aurait été cambriolé trois fois et qui déciderait ensuite de devenir serrurier. Ce que j'aime particulièrement chez Grant dans ce film, c'est qu'il n'est plus seulement le paléontologue passionné de dinosaures. Il est devenu quelqu'un qui comprend les dangers de ce monde. Il sait que les humains ont joué avec la nature et que cela a produit des conséquences catastrophiques.
Mais malgré tout, son amour pour la science reste présent. Et c'est probablement ce qui fait de lui le meilleur personnage de la trilogie.
Il est intelligent sans être parfait, courageux sans être invincible et surtout, il possède cette personnalité assez sèche qui rend certaines scènes particulièrement amusantes. Et le revoir dans cet univers après plusieurs années donne réellement l'impression de retrouver un vieux personnage que l'on avait envie de revoir.
Et évidemment, impossible de ne pas parler du retour d'Ellie Sattler. Même si elle n'est présente que brièvement, son apparition fait énormément plaisir. Parce qu'Ellie et Grant sont indissociables du premier film. La revoir permet donc de rappeler au spectateur d'où vient toute cette histoire. Et surtout, elle permet de constater qu'elle a continué sa vie tandis que Grant, lui, est toujours en train de creuser des fossiles en expliquant à des étudiants que les dinosaures étaient probablement beaucoup plus intéressants avant que l'humanité décide de les ressusciter. Le caméo est court, mais il fonctionne. Il ne donne pas l'impression d'être simplement là pour faire plaisir aux fans.
Il permet réellement de reconnecter le film avec le premier opus.
Billy est également une très bonne surprise.
Il pourrait facilement être un simple assistant de Grant, mais il devient progressivement un personnage intéressant. On comprend qu'il admire Grant et qu'il veut être reconnu comme un véritable scientifique. Il possède également un côté beaucoup plus jeune et enthousiaste qui contraste bien avec Grant. Et surtout, il apporte une véritable dimension émotionnelle à l'histoire. Parce que derrière son enthousiasme se cachent certaines décisions discutables.
Billy qui s'empare des œufs de vélociraptors : excellente idée !.. très mauvaise idée...
Billy finit par révéler qu'il a volé des œufs de vélociraptors pour financer ses recherches.
Et là…
Grant est furieux. Et franchement, il a raison.
Parce que Billy vient littéralement de voler des œufs à des prédateurs extrêmement intelligents capables de traquer des humains.
C'est probablement l'une des pires idées professionnelles jamais proposées. Mais cette révélation donne de la profondeur au personnage. Billy n'est pas simplement mauvais. Il a fait une erreur monumentale. Et il finit par tenter de la réparer. On peut donc le pardonner.
Et maintenant, parlons du couple.
Au début du film, je vais être très honnête :
ils sont agaçants. Amanda Kirby est particulièrement énergique. Elle crie. Elle panique. Elle appelle son fils constamment. Elle met Grant sous pression. (Je pense que nous aurions tous fait pareil).
Et Paul Kirby semble parfois être le seul homme au monde à ne pas comprendre dans quelle situation catastrophique ils se trouvent.
Mais petit à petit, on finit par s'attacher à eux.
Et surtout, on comprend que derrière leur comportement parfois exaspérant se trouve simplement deux parents désespérés de retrouver leur enfant. Leur séparation et leur histoire personnelle donnent finalement une véritable dimension émotionnelle à l'aventure.
On commence le film en se disant :
« Bon, ils vont m'énerver. »
Et on termine avec :
« Bon… finalement, ils sont plutôt sympathiques. »
C'est une belle évolution.
ET ENFIN…
LE SPINOSAURE.
Mesdames et messieurs…
Après deux films à nous montrer des T-Rex, des vélociraptors et toute une collection de dinosaures incroyables… Jurassic Park décide enfin d'introduire le meilleur dinosaure de tous.
LE SPINOSAURE.
Et franchement…
QUEL DINOSAURE.
Le Spinosaurus est probablement la meilleure nouveauté de ce troisième épisode.
Il possède une silhouette absolument incroyable. Sa gigantesque voile dorsale le rend immédiatement reconnaissable et lui donne une apparence beaucoup plus imposante que les dinosaures précédents. Mais surtout, le film décide de ne pas simplement nous le montrer.
Il en fait la menace principale. Et dès sa première apparition…
IL DÉTRUIT LE T-REX.
Oui.
Le film ose faire ce que personne n'avait demandé mais que tout le monde allait désormais devoir accepter. Le Spinosaurus affronte le T-Rex. Et il gagne. Le combat est extrêmement brutal. Les deux dinosaures se mordent, se poussent, se frappent et se jettent littéralement dans une bataille de monstres préhistoriques. Et même si le débat scientifique sur les véritables capacités de ces deux animaux pourrait durer jusqu'à la prochaine extinction de masse, cinématographiquement, le Spinosaurus impose immédiatement sa domination. Il devient le nouveau grand prédateur de la saga.
Et c'est ça que j'aime énormément. Le Spinosaurus n'est pas simplement là pour avoir son petit combat avec le T-Rex puis disparaître.
Il poursuit les personnages. Il devient presque une menace récurrente. À chaque fois qu'on entend quelque chose approcher, on se demande :
« Est-ce que c'est un dinosaure normal ? »
Puis on entend un énorme rugissement.
Et là :
« Ah non. C'est lui. »
Le Spinosaurus donne donc au film une tension supplémentaire. Le T-Rex du premier film était terrifiant parce qu'on ne savait jamais quand il allait apparaître. Le Spinosaurus est terrifiant parce qu'on sait qu'il peut revenir à tout moment. Et franchement, c'est une excellente manière de créer une menace.
Et évidemment… le fameux téléphone satellite. Les personnages cherchent quelqu'un.
Ils pensent qu'il est peut-être mort. Puis soudain… DRING DRING. Le téléphone sonne.
Tout le monde se regarde. Et Grant comprend progressivement que le téléphone est probablement dans le corps du Spinosaurus.
Alors déjà… Comment le téléphone fonctionne-t-il encore ? Pourquoi personne n'a pensé à mettre une sonnerie discrète ?
Et surtout : qui a eu l'idée de mettre une sonnerie aussi audible sur un téléphone utilisé en pleine jungle ? Imaginez mourir dans une jungle infestée de dinosaures et que votre dernière décision soit :
« Je vais mettre ma sonnerie à fond, au cas où. »
L'un des gros avantages de Jurassic Park III, c'est qu'il ne cherche pas à devenir gigantesque à tout prix. Le Monde perdu essayait de proposer quelque chose de plus ambitieux, avec une nouvelle île, une expédition, une capture de dinosaures et finalement un T-Rex en pleine ville. Ici, le film revient à quelque chose de beaucoup plus simple :
survivre. Et cela permet aux personnages d'être davantage mis en avant. L'histoire est plus resserrée. Les personnages sont plus attachants. Les dinosaures sont nombreux.
Le Spinosaurus apporte une menace nouvelle.
Et surtout, Alan Grant est de retour.
Que demander de plus ? Bon, peut-être une meilleure écriture à certains endroits.
Ce qui ne fonctionne pas
Parce qu'il faut quand même le dire :
c'est le moins bon des trois. Le scénario est simple, parfois même un peu trop. Certaines décisions des personnages sont franchement discutables. Certains dialogues sont assez moyens. Et plusieurs éléments de l'histoire auraient mérité d'être davantage développés.
Le film donne parfois l'impression de vouloir aller très vite d'une scène d'action à une autre.
Et surtout, il ne possède pas la profondeur du premier. Il n'a pas non plus l'ambition du deuxième. Mais finalement, ce n'est peut-être pas dramatique. Parce qu'il ne prétend pas être quelque chose qu'il n'est pas.
C'est là que Jurassic Park III devient assez amusant lorsqu'on le regarde avec le recul.
À l'époque, il pouvait parfaitement être considéré comme le dernier spectacle de la saga. Et franchement, pour conclure cette première trilogie, ça fonctionne. On retrouve Alan Grant. On retrouve Ellie, même brièvement. On découvre de nouveaux dinosaures. On découvre le Spinosaurus. On suit une nouvelle équipe de personnages. Et surtout, on repart sur une aventure relativement simple. C'était exactement ce dont la saga avait besoin pour offrir un dernier grand show.
Bon… Évidemment…
La saga n'était absolument pas terminée.
Quelques années plus tard, Hollywood allait regarder les trois films et dire :
« Vous savez quoi ? On pourrait peut-être refaire un parc. »
Et voilà comment nous avons obtenu Jurassic World. Mais ça, c'est une autre histoire.
Verdict : le moins bon, mais loin d'être mauvais
Au final, Jurassic Park III est le moins bon des trois premiers films, mais cela ne signifie absolument pas qu'il est mauvais.
Il possède une histoire assez bonne et même plus originale que celle du deuxième opus sur certains aspects, des personnages plus attachants, une aventure plus directe et surtout un énorme avantage : Alan Grant est de retour.
Et pour moi, qui considère Grant comme le meilleur personnage de toute la saga, c'est un plaisir immense de le retrouver.
Son évolution est intéressante, son humour fonctionne toujours et sa présence redonne immédiatement au film une partie de l'âme du premier.
Billy est attachant, même s'il prend quelques décisions qui mériteraient probablement une suspension de son diplôme de paléontologue.
Le couple Kirby est agaçant au début, mais finit par devenir sympathique.
Ellie Sattler fait une apparition courte mais particulièrement plaisante.
Et surtout…
LE SPINOSAURE.
Enfin. Après deux films, la saga nous offre ce magnifique monstre préhistorique, qui devient immédiatement l'une des menaces les plus impressionnantes de la franchise.
Le film n'atteint jamais la perfection du premier.
Mais il possède quelque chose de très appréciable : il sait exactement ce qu'il veut être. Une aventure courte, nerveuse, amusante, remplie de dinosaures, avec Alan Grant au centre et un nouveau prédateur qui vient mettre le feu à Isla Sorna.
Et pour ce qui devait être, à l'époque, le dernier tour de piste de Jurassic Park, c'est finalement une conclusion plutôt sympathique.
Le moins bon des trois, mais un divertissement très efficace, avec un excellent retour d'Alan Grant, des personnages plus attachants que dans le deuxième, une aventure plus originale qu'elle n'en a l'air et surtout l'arrivée triomphale du meilleur dinosaure de la saga : le Spinosaurus.
Et franchement, après trois films, une chose est devenue évidente :
le véritable prédateur de Jurassic Park n'est pas le T-Rex, ni le Spinosaurus, ni même les vélociraptors…
C'est John Hammond qui continue de financer des projets impliquant des dinosaures.