On connaît Édouard Molinaro : artisan fidèle d'un cinéma populaire exigeant avec de vouloir faire rire comme leitmotiv. Cependant, on a le droit aussi de faire quelques entraves à sa philosophie. Et en ce qui concerne ce "Téléphone rose", malgré quelques réflexes qui ne peuvent se perdre, j'ai toujours été convaincu que pour l'une des rares fois de sa vie, Molinaro n'avait pas l'intention de faire rire. Parce que son film, témoignant des débuts de la crise économique des années giscardiennes, renferme son bon petit lot d'amertume face à la situation. Revoir ce genre de film aujourd'hui rend même presque triste, parce qu'en 1975, on se disait des trucs du genre "une crise, ça arrive, y en a eu d'autres avant, on s'en est remis, il y en aura d'autres, ce n'est pas celle d'aujourd'hui qui va nous abattre etc etc..." personne, à part ceux qui l'ont entretenue évidemment, n'aurait pu imaginer une seconde que, 50 ans plus tard, on en serait encore et toujours rongés. Une crise durant 50 ans n'est pas une crise, c'est une "oeuvre" de destruction qui est voulue. Toujours est-il que, en dehors des qualités de son histoire, le film vaut aussi pour ces acteurs, notamment Pierre Mondy qui se taille la part du lion. Quant à Mireille Darc, on l'avait déjà vue inquiétante dans "Les seins de glace", mais gardant toute sa sympathie (le naturel, c'est comme ça...) alors qu'ici, à nouveau bien loin de ce personnage de grande sauterelle, elle est tout simplement odieuse à souhait.