Méconnu du grand public, Phil Tippett a acquis une solide réputation dans le monde des effets visuels. Surtout grâce à son travail dans la stop motion, en particulier sur la trilogie « Star Wars » (les célèbres AT-AT de « Empire Strikes Back », c’est lui !). Puis des contributions notables à diverses animations CGI, telles que dans « Starship Troopers ». Etonnamment, on cite peu qu’il a été également réalisateur sur le gros navet qui tache « Starship Troopers 2 »…
Et voilà qu’il parvient à sortir (en salles dans certains pays !) son projet chéri, « Mad God ». Un long-métrage à la gestation longue et houleuse, étalée sur près de 30 ans. J’ignore si le contenu du film est censé refléter la difficulté à le produire, toujours est-il que l’on a affaire à un OVNI électrochoc.
Le film est une sorte de trip infernal, dans une atmosphère absolument cauchemardesque. Violences, tortures, sadismes, créatures étranges, fluides corporels en tous genres composent cet univers sans espoir, réservé à un public capable d’encaisser une telle noirceur. D’autant plus qu’il n’y a pas réellement de récit (pas de dialogues, pas de héros, pas d’objectif), clairement le gros point faible de l’œuvre.
Ne durant que 1h23, « Mad God » affiche ainsi quelques longueurs. Si bien qu’il aurait peut-être été plus judicieux d’en faire une série de courts-métrages.
Néanmoins, le film en met plein les mirettes. La stop motion est incroyable, qu’il s’agisse des mouvements des personnages, des déplacements de caméra, ou de la crédibilité et du détail avec lesquels cet univers s’agite. Le tout avec une créativité qui parait sans limite dans les trouvailles visuelles, en particulier dans le premier acte. Cela rappelle le talent de Ray Harryhausen, aussi brillant à inventer des monstres qu’à les animer.
Avec en prime un propos simple mais brutal (la guerre, c’est moche) qui donne un peu de sens à cet océan fourmillant de noirceur.