Un cas d’école
C’est le 1er film de l’allemand İlker Çatak qui nous est donné de voir en salle, ces trois précédents n’ont été diffusés que sur Arte. Ces 94 minutes sous très haute tension sont remarquables à tous les égards. Alors qu'une série de vols a lieu en salle des profs, Carla Nowak mène l'enquête dans le collège où elle enseigne. Très vite, tout l'établissement est ébranlé par ses découvertes. Un huis clos dramatique et oppressant qui tient en haleine jusqu’à l’ultime minute, servi par un excellent casting et une réalisation plus que soignée. Une belle découverte.
Notre réalisateur et son coscénariste se connaissent depuis l’enfance. En se remémorant leurs années collège, ils se sont souvenus de vols perpétrés par deux garçons de leur classe et de l’irruption en classe de plusieurs profs exigeant : Toutes les filles sortez. Les garçons, mettez vos porte-monnaie sur la table ! Stupeur et traumatisme ! Les choix de nous enfermer dans l’enceinte du collège et de ne rien savoir de la vie extérieure de l’héroïne sont évidemment très forts. Quoi qu’on en pense, Le caractère d’une personne finit toujours par se révéler au moment de prendre des décisions difficiles, quand elle est sous stress ou qu’elle doit gérer des problèmes. Ce qui se vérifie amplement ici. Quant au microcosme du collège, il reflète parfaitement notre société avec ses jeux de pouvoir, ses inégalités et ses injustices, sans oublier un certain nombre de discriminations plus ou moins présentes. Ce film très bien écrit, propose une expérience qui remet en question les principes entre enseignants et élèves, et qui invite à réfléchir sur la réalité complexe à laquelle sont confrontés ceux qui exercent le métier d'enseignants. Excellent, malgré sa fin brusque et laissant la voie ouverte à toutes les interprétations.
Découverte en 2009 dans l’extraordinaire Ruban blanc de Haneke, on retrouve avec plaisir Leonie Benesch, remarquable actrice qui fait ici étalage de tout son talent. Elle est fort bien entourée par Michael Klammer, Rafael Stachowiak, Anne-Kathrin Gummich et le jeune Oskar Kuhn, entre autres. Ce film concourt aux Oscars 2024 dans la catégorie Meilleur film international, aux côtés de Moi, capitaine, Perfect Days, Le Cercle des neiges et La Zone d'intérêt. Vue la concurrence, je n’en ferai pas mon favori, mais cela donne une idée de sa qualité. A voir, mais vous n’en sortirez pas indemnes.