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4,0
Publiée le 30 janvier 2012
Lègèrement supèrieur au remake de George Cukor, "Gaslight" est malheureusement èclipsè par la version amèricaine de 1944! Et c'est fort regrettable car le film de Thorold Dickinson est une oeuvre d'atmosphère criminelle absolument remarquable! Reprèsentant typique de la production anglaise courante, Dickinson s'est attirè avec cette première version de "Gaslight" un très joli succès public qui a incitè la Metro-Goldwyn-Mayer à en produire un remake! La rèalisation est souvent virtuose (la scène d'ouverture en est un parfait exemple) et les acteurs (Robert Newton surtout) sont inoubliables! Inèdit en France sauf au cinèma de minuit (grand merci à Patrick Brion pour l'avoir diffusè jadis), "Gaslight" est un grand cru du suspense so british qui doit beaucoup à son atmosphère si particulière, si unique! Le plaisir est vraiment total...
Un couple investit une maison dans laquelle, vingt ans auparavant, un crime crapuleux a été commis. On met peu de temps à comprendre par qui... Le problème du film de Thomas Dickinson -dont Cukor fera un remake peu de temps après- est qu'il laisse peu de place à l'équivoque et au mystère. A défaut d'être ouvertement explicitée, la situation est néanmoins très claire. La mise en scène n'est pas celle d'un cinéaste inspiré. La relation délétère entre les deux époux ne se traduit guère par un style approprié et cette relative platitude se retrouve dans la direction d'acteurs. Dans le rôle de l'épouse un peu gnangnan, Diana Wynyard ne parvient pas à suggérer autrement que par de grossières grimaces qui rappellent l'expressionnisme du cinéma muet l'état d'angoisse et de doute auquel la réduit l'attitude du mari. Dans le rôle de ce dernier, Anton Walbrook, les regards sombres et appuyés, a rarement l'occasion de jouer sur les nuances (une ou deux expressions à la fin du film nous en donne le regret): il est uniformément méchant sans que sa perfidie et son avidité, sa personnalité toute entière, soient étudiées, étayées.
"Gaslisht" ou "Hantise" en français est surtout connu comme étant le chef d'œuvre de George Cukor produit par la MGM en 1944 sorte de réponse au "Rebecca" d'Alfred Hitchcock (1940). On a forcément oublié que la pièce de l'écrivain Patrick Hamilton sortie en 1939 avait d'abord été adaptée en Grande Bretagne par Thorold Dickinson. Le film n'a certes pas la magnificence de celui de George Cukor où Ingrid Bergman (Oscar pour le film) et Charles Boyer offrent le maximum de la palette d'émotions de leurs personnages respectifs mais on pourra remarquer que c'est surtout sur la forme que Cukor s'est distingué gardant exactement le même agencement dramatique utilisé par Dickinson. La différence notable entre les deux films tient peut-être dans l'approche différente de l'aigrefin dont la malfaisance apparaît de manière tout de suite plus évidente dans l'interprétation proposée par Anton Walbrook le grand acteur autrichien là où Charles Boyer œuvrait plus dans l'onctuosité malsaine. Le suspense est toujours au rendez-vous même s'il vaut mieux voir cette version en premier pour ne pas être trop déçu. Les cinéphiles pourront remarquer que déjà Hollywood avait attrapé la maladie du remake même si quand Cukor s'y colle on peut espérer une meilleure tolérance au virus.