Film déroutant par sa narration, son décor et son scénario. J'en ressors admirative car les images et le son sont vraiment magnifiques, passant du lumineux au sombre au fur et à mesure que l'histoire d'amour se délite et se laisse ensevelir par le poids de la communauté et de la tradition. Le film est porté par le personnage Banel avec un jeu d'actrice assez exceptionnel. La fin du film peut laisser sur sa fin mais quand j'y repense, elle laisse surtout une perspective à nous spectateurs pour comprendre le sort qui était réservé à Banel. Franchement, il ouvre les chakras et change du cinéma qu'on a l'habitude de voir avec une vision de l'Afrique différente de ce qu'on a l'habitude de voir
Présenté en compétition officielle au festival de Cannes (2023), " Banel et Adama" est reparti la corbeille vide sans ce que celà émeuve la majorité de la critique.
C'est pourtant une réussite indéniable du cinéma sénégalais et on peut même dire du continent.
Certes, cette histoire présentée finalement comme une sorte de conte allégorique qui colle à la culture africaine et à son imaginaire propre, n'est pas forcément aisément compréhensible pour un imaginaire occidental.
A travers l'histoire d'un amour sincère et profond entre deux êtres réunis par les lois du hasard ( l'un a épousé, comme le veut la tradition, la seconde femme de son frère qui est décédé), le scénario propose un portrait de la culture locale.
"Banel..." nous montre par petites touches que la notion d'individu indépendant et libre de droit est une catégorie qui n'existe pas dans certains types de société.
Ce sont les droits de la communauté et les croyances ( certains événements naturels sont interprétés comme des messages envoyés par les dieux ou le dieu comme on voudra) qui prévalent sur ceux de l'individu définitivement restreint dans ses choix de vie les plus intimes.
On relèvera la qualité de la photo, de la mise en image, qui offrent au spectateur un spectacle de grande beauté, envoûtant, poétique, assez exceptionnel pour être souligné.
Dès les premières minutes on constate deux choses vis à vis de ce qu'a voulu la réalisatrice, d'abord par ses inspirations picturales dont on perçoit tout le soin apporté à l'image, au cadrage, aux plans comme des tableaux ou des photographies d'art. Le film s'avère bien plus bavard qu'annoncé, les silences et regards ne remplacent pas tant que ça les dialogues. Le film s'avère symptomatique de ces constats, mi-figue mi-raisin. Tourner en langue peule, au Sénégal, avec des gens du cru et en nous plongeant dans les us et coutumes d'un village de fermiers est intéressant mais la cinéaste se prend un peu les pieds dans le tapis. A force de s'appliquer à l'esthétique et à la photographie de son film Ramata Sy oublie sans doute que ses personnages sont des travailleurs de la terre, et qu'ils vivent quasiment dans un désert, on s'étonne donc de voir des personnages magnifiquement vêtu, toujours propres sur eux sans que le sable ou la poussière ne tâchent ou ne s'accrochent à quoi que ce soit ni à qui que ce soit. Par contre la cinéaste réussit sur un autre point, et on en revient à Banel : Banel devient de plus en plus bizarre ou intrigante. Le film devient passionnant et vire plus vers un drame psychologique. Un premier film qui reste prometteur et donc à voir et à conseiller. Site : Selenie.fr
Dans un petit village du Sénégal Banel et Adama s'aiment d'un amour simple, pur et absolu qui les pousse à s'émanciper des règles claniques ancestrales. Dans les mêmes traces que le fabuleux "Atlantique" de Mati Diop il y a quelques années, cette jeune réalisatrice sénégalaise plonge l'Afrique des légendes dans un bain fantastique, avec une photo absolument magnifique. Et elle nous montre aussi que le mode de vie occidentale, et le changement climatique qu'il induit, a des conséquences directes sur les populations du Sud, au bilan carbonique inexistant. Comme une sorte de double peine particulièrement injuste.
Un très beau récit pour un film qui prend son temps, magnifié par une superbe mise en image et une bande son très travaillée. Un travail efficace qui rend le sujet émouvant.
Quelle déception ! Lors du dernier festival de Cannes, le premier film de Ramata-Toulaye Sy promettait du lourd : un premier film africain d'une jeune réalisatrice franco-sénégalaise, s'éloignant des clichés naturalistes sur l'Afrique sub-saharienne. On allait voir ce qu'on allait voir.
Malheureusement, si le film s'éloigne effectivement de tout naturalisme, c'est pour mieux re-créer toute une série de clichés sur l'Afrique, sur un mode poético-mystique qui ne convainc pas.
De cette histoire d'amour efflanquée et bancale, mâtinée de fantastique, il ne me reste pratiquement aucun souvenir, si ce n'est quelques belles images baignées d'une lumière très "National Geographic" et le souvenir confus de personnages antipathiques ou vaporeux, évoluant dans un réseau de thématiques très politiquement correctes (émancipation féminine, réchauffement climatique...).
Banel et Adama est un essai épuré qui relève de la fable, et qui aurait probablement pu faire l'objet d'un moyen-métrage stylisé. Il peine à remplir toute la durée d'un long-métrage, par manque de densité narrative et de profondeur psychologique.
Deux points positifs sauvent le film : la beauté parfois sidérante de certaines images, et l'originalité du regard.
On ne voit décidément pas tous les mêmes choses. Là où la critique presse a vu un "éblouissant" film féministe, et applaudi des deux mains un désir d'émancipation, de libération du patriarcat dans le personnage féminin de Banel, moi j'y ai juste vu de l'égoïsme et un terrible manque de solidarité. Ce que les critiques appellent "patriarcat" est tout simplement la vie dure d'un petit village africain, où il faut se serrer les coudes, où les règles ancestrales, sans doute dépassées, sont malgré tout, faute de mieux, nécessaires à la cohésion et à la survie du groupe. Il n'est pas temps de penser à soi quand la famille est en danger. Dans ce film, les femmes n'ont pas vraiment leur mot à dire, certes, mais la conditions des hommes n'est pas forcément très enviable (travail aux champs, responsabilités écrasantes. Les rôles sont distribués et cette société, qui n'est pas idéale, OK, est bon an mal an stable. Banel voudrait vivre sa vie à elle, avec son mari, et s'affranchir de la loi commune et des coutumes. Le reste ne l'intéresse pas. Que son village et les siens souffrent, que la sécheresse, le manque de pluie mette en péril les cultures et tue les vaches l'indiffèrent. spoiler: Son mari, d'abord comme elle, aspirant à une certaine liberté, finalement renoncera en comprenant que son devoir est d'être là, parmi les siens, et endossera les responsabilités dont il voulait lui aussi, comme elle, s'affranchir. Sa prise de conscience est belle, émouvante, et elle est tout sauf une abdication ou une résignation : c'est de la maturité, de la sagesse. Elle, aveuglée comme une ado dans ses rêves infantiles, semble ne rien voir, ne rien comprendre au drame qui se noue autour d'elle. Murée dans son égoïsme, elle en finit par être antipathique. Pour moi, le féminisme, ce n'est pas ça.
La vie du village est magnifiquement filmée. Les images sont absolument superbes.
Ai vu le très très beau premier film de la jeune réalisatrice franco-sénégalaise, Ramata Toulaye-Sy, qui a été projeté à Cannes dans la Sélection Officielle 2023, "Banel et Adama". Un film entièrement interprété en langue peulh. Dans un petit village du Sénégal la pluie tarde alors que c'est la saison, les vaches meurent, la communauté se divise pendant que Banel et Adama s'aiment. Mais leur bonheur devient suspect spoiler: et est peut être la cause des malheurs qui s'abattent les uns après les autres sur la communauté. Le scénario allie le conte, le fantastique, l'onirique, le sociologique avec délicatesse et sans aucune démonstration. Certains mouvements de caméra sont sublimes, les cadrages et la photographie de bout en bout superlatifs. Des idées de scénario et de mise en scène très originales comme par exemplespoiler: la maison qu'il faut déterrer, où toutes les scènes où Banel se promène avec son lance-pierres. Nous nous laissons aspirer pendant 1h30 par l'histoire de Banel qui veut s'affranchir des rites, des coutumes, de la religion, qui se sent puissante simplement parce qu'elle aime. Est-elle une femme avant-gardiste et libérée, une égocentrique orgueilleuse où une sorcière maléfique ? Où comment le dérèglement climatique peut trouver une explication dans le quotidien de ses villageois. Khady Mane qui inteprète ce personnage si complexe qu'est Banel, est extraordinaire, une vraie révélation. Aucun misérabilisme, aucun jugement de valeur, la réalisatrice aime ses personnages et laisse toutes les portes ouvertes en faisant totalement confiance au spectateur. A noter également la très belle musique de Bachar Mar-Khalifé. Un film rare déjà parce que le cinéma africain n'est pas si souvent diffusé et parce qu'il est original et cinématographiquement très beau. Un nouvelle grande réalisatrice est née.
Banel et Adama s’aiment depuis toujours d’un amour absolu. Mais Banel était vouée à épouser le frère aîné d’Adama, Yéro, l’héritier d’une prestigieuse lignée, destiné à devenir le chef du village. C’est seulement après le décès accidentel de Yéro que Banel a pu, en vertu de la loi du lévirat, épouser Adama. Mais le décès de son frère, s’il permet à Adama d’épouser Banel, lui impose aussi de prendre les rênes du village et contrecarre les projets du couple.
"Banel & Adama" est le premier film d’une jeune réalisatrice franco-sénégalaise formée à la Fémis. Il a été sélectionné en compétition officielle à Cannes. Les mauvaises langues diront qu’il le doit moins à ses qualités propres qu’à son origine géographique : grâce à lui, l’Afrique subsaharienne trouvait sa place sur l’échiquier mondial du cinéma (le Maghreb étant quant à lui très dignement représenté par "Les Filles d’Olfa").
Son action se déroule dans le Fouta, une région désertique du nord du Sénégal, à la frontière de la Mauritanie. Ramata-Toulaye Sy raconte avoir voulu tourner une grande histoire d’amour entre deux êtres qui refusent les règles contraignantes que le village et la tradition voudraient leur imposer. Ils se vouent une passion oblative, refusent pour le moment de faire des enfants, malgré la pression collective, et aimeraient s’installer à l’écart du village dans une maison désaffectée qu’Adama dispute au sable qui l’a recouverte quand ses corvées lui en laissent le temps. La pluie se fait attendre, obligeant Banel à travailler aux champs et Adama à veiller sur les bêtes lentement décimées par la sécheresse.
"Banel & Adama" m’a rappelé "Animalia", un film lui aussi tourné par une réalisatrice française revenue filmer dans son pays d’origine, le Maroc. Comme "Animalia", "Banel & Adama" a le dérèglement climatique pour arrière-plan. Comme "Animalia", "Banel & Adama" fait un pas de côté, dans sa dernière partie, vers le cinéma fantastique. Comme lui, il encourt le reproche de vouloir explorer plusieurs registres sans arrêter son choix sur aucun.
Banel & Adama est un film envoutant et singulier. Une histoire d'amour touchante qui nous balade entre la romance et la contemplation. Le scénario est très sensible, avec un personnage féminin complexe et original. La photo est magnifique et les effets spéciaux sont bluffants.
Une grande sensation de plénitude émane de chaque instant passé devant Banel & Adama. Dès les premières scènes, on se retrouve immergé au cœur de cette région désertique sénégalaise, loin de l'agitation du monde occidental. La manière dont Ramata-Toulaye Sy parvient à capturer la beauté brute de cet environnement est tout simplement fascinante. La photographie du film saisit chaque grain de sable, chaque étendue de ciel. Accompagnant cette expérience visuelle, la bande originale se révèle être un voyage auditif à part entière. Les rythmes envoûtants et les mélodies enchanteresses fusionnent pour célébrer la singularité de l'Afrique. Le village devient bien plus qu'un simple décor. Il se transforme en une bulle intime où les émotions, les traditions et les liens humains prennent vie.
Au cœur du film réside une histoire d'une grande puissance. D'un côté, se déploie une étreinte d'amour inébranlable entre Banel et Adama. Leur lien fusionnel emporte dans un voyage authentique. De l'autre côté, cet amour doit faire face aux défis complexes de la vie au sein d'un petit village sénégalais. Les enjeux de la communauté s'entremêlent avec la trame de cette romance. L'influence culturelle est indéniablement profonde, notamment à travers le personnage d'Adama qui se trouve propulsé malgré lui dans le rôle de chef. La sécheresse qui frappe la région joue aussi un rôle majeur pour mettre en lumière les croyances enracinées dans la culture locale et leur influence sur les comportements des habitants du village.
Banel et Adama se révèlent être une véritable incarnation du Yin et du Yang dans le tissu même du film. Tout au long de l'histoire, leurs personnalités se développent de manière intrinsèquement liée. Au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, la séparation entre eux s'accentue. Adama, animé par une constante préoccupation pour le bien-être collectif, met continuellement les besoins de la communauté en avant, reléguant ainsi son propre bonheur au second plan. À l'opposé, Banel incarne un égoïsme destructeur, en focalisant toute son attention sur sa quête personnelle du bonheur. Pour les incarner, Khady Mane et Mamadou Diallo sont impeccable.
Lire d'autres critiques ici : https://doisjelevoir.com/
L'histoire d'amour impossible entre Banel et Adama dans ce désert Sénégalais n'a rien de surprenant à la base, cependant au fur et à mesure du film on est saisi pas tant de qualité de mise en scène et par ce drame shakespearien qui nous prends aux tripes. Le personnage de Banel est saisissant de force et de beauté et nous permet de relativiser nos propres histoires d'amour. Les deux comédiens non professionnels ont un charisme incroyable, l'image du film est sublime, notamment cette tempête de sable finale
Cette évocation d'un village peul est très convaincante, et donne une bonne compréhension d'une source de migrants. Les plans sont très beaux mais trop appuyés. Des flûtes et ngonis peuls auraient été préférables pour la bande-son, plutôt qu'une trame au piano mille fois exploitée. Quant à l'héroïne, certes on en déchiffre le parcours émotionnel passionné. Mais son lance-pierres ne suffit pas à dévoiler sa dimension masculinicide. On eût attendu une véritable pasionara qui aurait rendu le film haletant.
Néanmoins, cette immersion dans une civilisation bientôt disparue (sécheresse, misère, terrorisme, tentation urbaine...) est très belle et très instructive.
Dans un village rural du Sénégal, deux jeunes mariés vivent le parfait amour et projettent d'emménager dans une maison un peu éloignée. Leurs proches font obstacle pour empêcher l'émancipation de Banel et Adama, qui tentent de se rebeller quand une tempête climatique remet en cause leurs projets, jusqu'à les forcer à une grande introspection. En salle le 30 août.
spoiler: Banel & Adama est une œuvre intéressante dotée d'atouts tels qu'une réalisation de toute beauté, des acteurs qui envoient leurs émotions au coeur du spectateur et un twist narratif qui monte crescendo jusqu'à la fin, belle et spectaculaire. Dommage que des lenteurs ponctuent un peu trop souvent le film et loin de parvenir à apporter ce petit côté méditatif recherché, provoquent une légère somnolence. L'intrigue ne manque pas de dynamisme pourtant mais c'est au niveau de l'image et surtout du son qu'il y a un vide qui aurait pu être un peu rempli. Un joli moment qui questionne la morale.