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Anti-Squat est un film incroyablement poignant qui explore de manière habile le sujet épineux du squat. À travers son récit, il nous expose la réalité brute de ces personnes qui travaillent d’arrache-pied et pourtant doivent lutter pour maintenir un toit au-dessus de leur tête. Elles sont contraintes d'accepter des conditions de logement désastreuses pour éviter de se retrouver à la rue. Cette mise en lumière de leur combat quotidien est à la fois bouleversante et puissante, nous poussant à réfléchir profondément sur les inégalités sociales. La réflexion se porte aussi naturellement sur le besoin pressant d'avoir une solution face à cette crise du logement.
L’une des pertinences réside dans la capacité à mettre en scène un contraste saisissant entre deux mondes diamétralement opposés. D'un côté, nous sommes témoins justement de ces individus luttant pour maintenir un toit au-dessus de leur tête. De l'autre, nous sommes confrontés aux prises de décision impitoyables de ceux qui exploitent ces personnes dans le seul but de réaliser des profits financiers considérables. Cette exploration sans concession de l'absence totale de moralité, allant jusqu’à être prêts à mettre ces individus à la rue sans remords, est un élément clé du film qui ne laisse aucun spectateur indifférent.
La véritable force réside indéniablement dans le personnage d'Inès qui le fil conducteur qui nous guide tout au long de ce récit. Portée de manière exceptionnelle par l'actrice Louise Bourgoin, son personnage symbolise à lui seul une société parfois égoïste et indifférente aux difficultés des autres. Inès ne recule devant rien pour s'en sortir, même si cela signifie écraser les autres. Le film parvient à la rendre à la fois attachante, car sa situation n’est pas facile, et dérangeante pour son manque d’altruisme. C'est précisément cette détestabilité de son personnage qui fait briller Anti-Squat.
En 2016, on avait apprécié le 1er film de Nicolas Silhol, Corporate. Entre temps, il avait cosigné deux excellents scénarii pour Les Eblouis et dernièrement, pour Magnificat. Avec ces 95 minutes de drame social, il réussit de nouveau à nous passionner pour une chronique d’une dystopie annoncée. Inès est menacée de se faire expulser de chez elle avec Adam, son fils de 14 ans. A la recherche d’un emploi, elle est prise à l’essai chez Anti-Squat, une société qui loge des personnes dans des bureaux inoccupés pour les protéger contre les squatteurs. Son rôle : recruter les résidents et faire respecter un règlement très strict. Inès est prête à tout pour se faire embaucher et s’en sortir avec Adam. Mais jusqu’où ira-t-elle ? Glaçant, révoltant et hélas très édifiant du monde dans lequel on s’enfonce à grands pas. S’il est un genre dans lequel le cinéma français rayonne, c’est bien le film politico-social. En voilà un bel exemple avec ce qu’il faut de tension, de pédagogie et d’émotion pour tenir en haleine un public stupéfait devant tant de bassesses. Qu’est-ce que la loi anti-squat ? Un système légal qui permet aux propriétaires de confier leurs biens vacants à des organismes publics ou privés afin d’y loger des résidents temporaires. Le but de ce dispositif est de protéger les espaces vacants (bureaux, couvents, Ehpads...) d’une occupation illicite et de trouver des places d’hébergements pour les personnes en situation précaire. A lire comme ça, on se dit que ce dispositif – inspiré des Pays-Bas -, va apporter des solutions pour pas mal de sans-abris. Détrompez-vous ! Car, lesdits logements sont mis à disposition temporairement, pour une redevance moins importante que les loyers du marché. En contrepartie, ils sont encadrés par des règles locatives très flexibles pour les propriétaires, mais plus contraignantes pour les résidents : l’expulsion possible pendant la trêve hivernale, les enfants et les animaux interdits dans les locaux et pas plus de deux invités, l’interdiction de s’exprimer dans les médias et de s’absenter plus de deux jours sans autorisation. Cette loi Anti-Squat déposée le 18 octobre 2022 et promulguée le 14 juin 2023 par le Sénat et l’Assemblée Nationale, durcit les sanctions liées aux squats de locaux et pérennise cette expérimentation de système locatif. C’est donc ce qu’on appelle pudiquement la protection par l’occupation qui nous est décrit dans ce film pathétique jusqu’à la nausée. On comprend que, dans les faits, la mise en pratique de cette idée est plus guidée par le profit que par l’humain. Restriction des libertés, servitude volontaire et, face à ces dérives, la tentation de la révolte servent de toile de fond à l’histoire d’Inès qui voit un engrenage infernal se refermer sur elle. Ce monde de demain, c’est déjà aujourd’hui. Louise Bourgoin, sans nul doute dans son meilleur rôle à ce jour, nous gratifie d’une performance formidable. Elle ne quitte pas l’écran et en profite pour le crever. Elle est fort bien entourée par le jeune Samy Belkessa, une révélation, Sâm Mirhosseini, Kahina Laroucine, Antoine Gouy, Adèle Wismes, entre autres. Silhol film sans misérabilisme la pauvreté et la déshumanisation qui rongent notre société dans un thriller social très réussi. On ne sort pas de là en faisant des claquettes, c’est certain, mais plutôt avec un goût amer au bord des lèvres, mais aussi avec la sensation d’avoir appris quelque chose d’encore plus déprimant sur ce monde libéral qui nous écrase.
Très bon jeu d acteur, Louise Bourgoin convaincante dans le rôle d Ines tiraillée entre ses valeurs et la précarité dans laquelle elle se trouve. La froideur du décor n a d'égale que la rudesse d une époque, ou l exploitation de la misère est à tous les niveaux
Avec simplicité et dépouillement ce thriller social engendre des émotions fortes et un profond questionnement sur ce que serait notre comportement dans de tels situations. Et quoi de plus valorisant pour un film que de susciter la réflexion. Pendant et après. Quand
Très bon film. Cette réalité qu'on aimerait être une dystopie fait froid dans le dos. Un film à voir pour le thème traité et pour l'interprétation de Louise Bourgoin qui est une fois de plus excellente.
En temps normal je ne laisse jamais d'avis après le visionnage d'un film mais pour celui-là je me sens obligé. "Anti-Squat" est un très beau film qui montre que nous vivons dans une société où les personnes précaires sont parfois dans l'obligation de faire entorse à leurs valeurs pour survivre. Un film qui montre la réalité dans laquelle nous vivons, celle où les personnes n'ayant pas les moyens sont souvent réduites à rien et ne comptent pas aux yeux de certains. Le rôle du jeune adolescent et la personnalité qui lui a été attribué donne foi en l'humanité. Cette envie de changer les choses, de se battre pour ce qui ne nous semble pas normal et cette hargne contre l'injustice sont tout bonnement magnifique. Un film qui donne les frissons, qui révèle les vices que peuvent avoir l'être humain lorsque la notion d'argent est en jeu.
Je tiens à dire bravo à l'équipe qui a su tourner ce film car il est très beau.
Après "Corporate", Nicolas Silhol sort de l'entreprise pour s'attaquer à un nouveau sujet : le mal-logement. Peu de changement toutefois : de nouveau un huis-clos et une critique de l'oppression dans le monde du travail. Son regard critique est intéressant, la froideur de Louise Bourgoin colle parfaitement au personnage central, mais on pourra regretter quelques maladresses qui font perdre un peu de force au film. Nicolas Silhol n'a pas maitrisé sa narration : de la question du mal logement, on glisse vers celle de l'oppression dans le monde de l'entreprise (bis-repetita) puis à celle de la soumission au système (le fils versus la mère). Du coup, tout est effleuré mais rien n'est vraiment traité. Le film tombe dans le manichéisme en faisant du gosse de 14 ans un parangon de vertu. Pire, Nicolas Silhol fait un parallèle grossier avec la collaboration, au détour d'une scène. Point Godwin. Un film bien réalisé mais un scénario à retravailler.
Inès (Louise Bourgoin) élève seule son fils Adam, collégien de quatorze ans. En retard de loyers, menacée d’expulsion dès la fin de la trêve hivernale, elle recherche désespérément un emploi. Elle en trouve un chez Anti-squat, une société qui, sur la base d’un nouveau dispositif législatif, gère des locaux vacants pour du logement ou de l’insertion social, dans l’attente d’une réhabilitation ou d’une vente.
Nicolas Silhol répète dans "Anti-Squat" les mêmes recettes que celles utilisées dans son précédent film, "Corporate". Céline Salette y jouait, avec la même conviction que Louise Bourgoin ici, le rôle d’une salariée de la DRH d’une multinationale recrutée pour réduire à moindre coût sa masse salariale en poussant les salariés surnuméraires à la démission pour lui éviter le versement de lourdes primes de licenciements. Comme celle de "Corporate", l’héroïne de "Anti-Squat" est recrutée par des suppôts du libéralisme qui utilisent la loi à leur propre avantage : certes proposer à des mal-logis un logement temporaire dans des bureaux vides (ce qui n’est, tout bien considéré, ni idiot ni inhumain), mais les utiliser comme une main d’oeuvre servile pour réhabiliter à moindre frais ces locaux et les expulser sans respecter les délais légaux dès qu’un acheteur se sera annoncé. Comme celle de "Corporate", l’héroïne de "Anti-Squat", contrainte d’accepter un emploi qui l’oblige à des actes qu’elle récuse (fliquer ses locataires, mettre à la rue ceux qui ne respectent pas le logement, les tromper sciemment sur l’échéance de leur bail…), finira par se rebeller contre le système qui l’asservit.
Bien sûr, on ne pourra que sympathiser avec cette figure héroïque, confrontée à un si cruel dilemme, essayant tant bien que mal de conserver un peu d’humanité et de dignité. On le fera d’autant plus que son cœur penche à gauche – même si, chacun sait depuis 1974 que la gauche n’a pas le monopole du cœur. Pour autant, cinématographiquement parlant – puisque c’est au cinéma que ce blog est consacré et pas au capitalisme ou à ses dévoiements – "Anti-Squat" ne vaut pas tripette avec son manichéisme simpliste auquel n’échappe pas un épilogue improbable et racoleur. La figure du prolétaire moderne, privé de dignité par le système, est autrement convaincante quand c’est Stéphane Brizé qui la filme et Vincent Lindon qui l’interprète ("En guerre", "Un autre monde").
Enfin un rôle sur mesure pour Louise Bourgoin, son meilleur depuis La fille de Monaco. Elle incarne parfaitement cette mère de famille qui n’a qu’une règle : défendre les intérêts de son fils. Ce film rappelle le récent « Marchand de sable » avec une fin très réaliste et fortement probable dans ces temps difficiles. Le jeune comédien qui campe son fils est très prometteur et rappelle Vincent Rottiers à ses débuts. Nicolas Silhol après Corporate continue à nous donner à voir ce que la morale réprouve et qui est pourtant pour beaucoup le chemin emprunté. La principale et éternelle question que le spectateur se posera : que ferais je dans cette situation.?
Quand le problème du logement devient un enjeu pour un nouveau type de bailleurs. Profiter et exploiter des désespérés du système locatif pour en faires des occupants corvéables et délogeables. Mais logés et logeur-manager, sont finalement tous à la solde de ces nouveaux exploitants et peuvent devenir les mêmes exclus. Louise Bourgoin joue juste, partagée dans l'envie de bien faire son travail ou de désobéir car elle à charge d'âme. Le questionnement sur le traitement des humains se pose quand au 21ème siècle des travailleurs ne trouvent pas de toits. A voir !
Vraiment très bien. Univers un poil dysphorique sur fond de justice sociale. Une réflexion morale intéressante, et des acteurs très justes dans leur jeu. Vraiment pas déçu !
Connaissez vous l'article 29 de la LOI n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ? La loi ELAN si vous préférez. Cet article fait état d'un dispositif visant à assurer la protection et la préservation de locaux vacants par l'occupation de résidents temporaires. Les opérations d'occupation temporaire de locaux en vue d'en assurer la protection et la préservation font l'objet d'une convention entre le propriétaire et un organisme public, un organisme privé ou une association qui s'engage à protéger et à préserver les locaux qui sont mis à sa disposition et à les rendre au propriétaire libres de toute occupation à l'échéance de la convention ou lors de la survenance d'un événement défini par celle-ci. N'est-ce pas super de protéger les biens de propriétaires d'une occupation illicite tout en offrant un logement à des personnes nécessiteuses pour une redevance bien inférieure au prix d'un loyer ? Il y a 6 ans, le réalisateur Nicolas Silhol s'était déjà plongé dans le monde du travail avec un certain bonheur, avec le film "Corporate". Il revient à la charge avec "Anti-squat" dont le personnage principal est Inès, une femme d'une bonne trentaine d'années, mère célibataire d'Adam, 14 ans, et qui, alors qu'elle est menacée d'expulsion, voit la possibilité de trouver travail et logement en se faisant engager chez Anti-squat, un organisme privé qui "protège" des locaux inoccupés dans le cadre de la loi ELAN. Pour commencer, 2 mois à l'essai comme "resident manager" d'un ensemble de bureaux avec l'espoir, si elle donne satisfaction, de monter en grade en obtenant un CDI beaucoup mieux rétribué. Chargée de recruter des résidents et de faire respecter un règlement particulièrement strict, Inès va s'apercevoir que ce qui est proposé dans la loi ELAN n'est pas aussi super que cela, très flexible pour les propriétaires et particulièrement contraignant pour les résidents. Déjà, lors du recrutement, les critères pour devenir résident sont très restrictifs. Ensuite, les résidents recrutés ne doivent surtout pas se considérer comme étant des locataires, ils ne sont absolument pas chez eux, leurs droits sont très limités et le règlement qu'ils doivent respecter leur interdit d'avoir des enfants, d'avoir des animaux, de recevoir plus de 2 invités simultanément, de manger dans leur chambre, de s'absenter plus de 2 jours sans autorisation, etc. En cas de non respect du règlement, un avertissement leur est adressé et, au 3ème avertissement, ils n'ont plus qu'à faire leurs valises. Logée sur place, Inès a d'ailleurs les mêmes obligations ce qui, en principe, lui interdit de loger son fils. Partagée entre son empathie pour les résidents qu'elle a recrutés et son désir d'assurer une existence décente à son fils, Inès, très bien interprétée par Louise Bourgoin, va se confronter tout au long du film à Thomas, le patron de Anti-squat, et surtout à Judith, la sœur de ce dernier, à la tête de l'entreprise propriétaire des locaux "gardés" par Inès et dépourvue du moindre état d'âme. Elle va se confronter aussi à Adam qui ne va pas hésiter à chapitrer sa mère lorsqu'il va s'apercevoir de certaines dérives dans son comportement. Mais là est la grande force du film : montrer que la grande force du système dans lequel nous vivons est malheureusement d'arriver, sans se salir personnellement les mains, à faire exploiter des travailleurs par d'autres travailleurs !
Le titre et l'histoire du film de Nicolas Filhol font directement référence à la "loi anti-squat" dont le dernier volet, tout récent, remonte à sa promulgation le 14 juin 2023 qui durcit les sanctions liées aux squats de locaux et pérennise une expérimentation de système locatif. Cette expérimentation démarrée en France en 2009 poursuit un double objectif : protéger des espaces vacants (bureaux, couvents, Ehpads…) d’une occupation illicite et trouver des places d’hébergements pour les personnes en situation précaire. Le film montre les dérives de ce dispositif, sa logique de profit et d'exploitation des plus fragiles. Inès élève seule son fils de 14 ans. Elle doit impérativement trouver un emploi pour obtenir un logement. Elle accepte d'être responsable d'un vaste espace de bureaux vacants en lointaine banlieue pour recruter les résidents et faire respecter un règlement très strict. Elle va progressivement subir la pression qu'elle-même fait subir aux résidents... La mise en scène et les décors sont dépouillés et glacés, anxiogènes. Louise Bourgoin, tout en maîtrise et en retenue, laisse pourtant passer un grand nombre d'émotions, dans un contexte où la morale doit parfois s'accomoder à l'urgence de la vie quotidienne. Un film prenant et éloquent.