Bien que l’intrigue soit intéressante à suivre, certaines incohérences nuisent à sa crédibilité et à son impact.
- Touda est décrite comme quelqu’un qui a passé toute sa vie dans un village rural, sans accès à l’éducation. Cependant, l’actrice, ainsi que ses parents et son amie proche, parlent avec un accent qui reflète clairement un milieu urbain, notamment Casablanca ou Rabat. Cette incohérence est particulièrement frappante dans des scènes comme celle où elle prend un taxi et demande un hôtel – la manière dont elle prononce "hôtel" ne correspond pas à ses supposées origines rurales. Une autre incohérence apparaît dans la scène finale, où le personnage principal lui demande en français : « Quel est votre nom ? » Malgré le fait que son personnage soit censé être sans éducation et illettré, elle comprend et répond, ce qui ne cadre pas avec son histoire.
- Touda a un enfant sourd et communique avec lui en langue des signes. Cependant, le film ne donne aucune explication sur la façon dont elle, une femme non éduquée venant d’un village rural avec peu de ressources, a appris cette compétence.
- Le film introduit de nombreux personnages secondaires, mais la plupart manquent de profondeur ou d’importance. Ils apparaissent brièvement et contribuent peu à l’intrigue. Cela aurait été plus captivant si nous avions appris davantage sur leurs histoires ou leurs liens avec le parcours de Touda.
- Dans une scène où le groupe de Touda est arrêté par les autorités lors de leur voyage depuis le village, le film montre qu’ils sont arrêtés par la police. Cependant, dans les zones rurales marocaines, ces endroits relèvent de la gendarmerie, et non de la police. Ce détail, bien que mineur, nuit à l’authenticité du film.
- Lors de son arrivée à Casablanca, Touda est montrée errant dans le quartier de Maarif, coiffée avec les cheveux attachés et portant son foulard comme un bandana. Ce look ne correspond pas à ses origines rurales – elle aurait probablement porté une djellaba traditionnelle et un foulard noué modestement autour de la tête.
- Lorsque Touda essaie d’inscrire son enfant dans une école pour sourds à Casablanca, le directeur lui demande de ramener son enfant pour une évaluation, mais ajoute : « Votre enfant sera choqué. » Cette phrase est confuse et peu claire. L’enfant est-il censé être choqué par la modernité de la ville, par l’environnement de l’école ou par autre chose ?
- Touda affirme que son rêve ultime est de chanter de l’Aïta. Cependant, lorsqu’elle se produit à la fête des riches – un moment qui aurait pu mettre en valeur son rêve – elle chante du Chaâbi à la place, un style qu’elle chante tout au long du film, ce qui laisse le public perplexe.
Certaines scènes semblaient inutiles ou déplacées, comme la scène de sexe, par exemple, qui n’apportait rien à l’histoire. De même, la scène où Touda tente de synchroniser son chant avec l’Adhan semblait ajoutée uniquement pour choquer, plutôt que pour servir le récit. Un autre point est que, dans la culture marocaine rurale, il est très peu probable qu’un père soutienne sa fille à devenir cheikha. L’ouverture d’esprit de son père à l’égard de sa carrière semble complètement irréaliste et incohérente avec les normes culturelles. Malgré ces défauts, le film a plusieurs points forts : la cinématographie est magnifique et capture l’essence du Maroc rural et urbain de manière impressionnante. Les performances vocales étaient captivantes, mettant en valeur le talent et l’âme de la musique marocaine traditionnelle. La représentation de la vie nocturne à Casablanca était fidèle, illustrant la richesse et la complexité de la culture de la ville après la tombée de la nuit. En conclusion, je donnerais au film une note de 2.5/5. C’est un film visuellement impressionnant avec du potentiel, mais qui échoue à livrer un récit cohérent et crédible.