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3,5
Publiée le 24 décembre 2024
Révélée dans l'excellent Adam, Nisrin Erradi irradie le film de sa présence et de son talent. Totalement imprégnée par son personnage (pour lequel elle s'est préparé pendant plus d'un an), elle incarne avec une énergie époustouflante une héroïne qui impressionne par sa résilience et sa détermination. Humiliée, maltraitée, jugée, elle ne plie et ne se détourne jamais de son objectif et de ses rêves.
Côté mise en scène, on retiendra surtout un plan séquence incroyable de huit minutes dans lequel l'héroïne parcourt un hôtel à Casablanca, notamment par le biais d'un ascenseur, jolie métaphore des émotions qu'elle traverse. Les paysages marocains sont également filmés de manière sublime.
Les séquences musicales sont nombreuses et alternent avec des scènes qui s'appuient sur un scénario très didactique et parfois un peu trop prévisible.
Malgré l'énergie que dégage son personnage principal et celle qui émane de la danse et du chant, le film reste âpre et sombre. Il cultive une ambivalence intéressante entre l'espoir de l'héroïne qui se refuse à tout déterminisme et le réalisme assez peu optimiste que lui renvoie la société qui l'entoure. Il défendra les couleurs du Maroc pour le prochain Oscar du meilleur film étranger.
Je ressors déçue de la salle obscure. Ce film avait tout pour me plaire : une héroïne féministe, des paysages marocains, de l'espace pour la musique traditionnelle. Et pourtant, je n'ai pas du tout été touchée par l'histoire de cette femme pourtant combative et rêveuse, elle vit sa vie sans moi. La première scène m'a aussi un peu empêché d'apprecier le film malheureusement.
Immersion dans une société marocaine entre tradition et modernité où Touda, jeune femme et déjà mère d'un petit garçon cherche à s'extraire de sa condition sociale et rêve de devenir chanteuse et danseuse à Casablanca. Elle se heurte aux préjugés et à la prédation des hommes. Pourtant elle ne désarme pas, elle veut aider son fils malentendant à avoir un meilleur avenir grâce à une scolarité adaptée. Nisrin Erradi incarne le personnage avec brio et illumine ce film attachant.
Touda (Nisrin Erradi) élève seule un enfant sourd-muet. Elle est chanteuse de profession et se produit dans des cabarets ou pour des concerts privés. Elle a un rêve : se consacrer à l’aïta, ce chant qui plonge ses racines dans l’histoire profonde du Maroc et qui promeut les valeurs de liberté et d’émancipation, et devenir une cheikha. Mais les hommes qui l’emploient et qui l’écoutent, loin de la reconnaître pour ses qualités artistiques, la ramènent constamment à son sexe.
La première scène du film est glaçante. On y voit Touda se produire pour un cénacle d’hommes, la soirée devenir de plus en plus bruyante et arrosée, et finalement, après une course-poursuite dans les champs, la chanteuse être victime d’un viol collectif. Le problème de cette scène coup de poing est qu’elle épuise le sujet du film, qu’il ne reste ensuite pas grand chose à ajouter.
"Everybody Loves Touda" tient tout entier dans le résumé que j’en ai fait : une chanteuse qui, dans un monde d’hommes libidineux, souffre de ne pas être respectée pour son art. Pour se reconstruire après le viol qu’elle a subi, pour donner à son fils, malmené par ses camarades de classe et menacé d’exclusion par la directrice de l’école, une éducation adaptée, Touda envisage de quitter sa province pour Casablanca. On se demande comment le film va s’organiser : racontera-t-il ce départ continuellement repoussé pour se terminer sur un plan qui la montrera enfin monter avec son fils à bord du car qui l’emmènera vers une autre vie ? ou au contraire sur celui, alors que son départ imminent est empêché par un événement de dernière minute, qui la laissera défaite avec ses illusions perdues ? ou bien comptera-t-il deux parties, la première dans son village d’origine, et la seconde à Casablanca ? Là encore avec deux options : un déménagement réussi ou raté ?
En écrivant ce qui précède, je suis en train de me contredire. Je suis en train de suggérer que "Everybody Loves Touda" pourrait ne pas tenir dans son pitch mais, au contraire, ouvrirait à bien des possibilités. Le paradoxe pourtant est que, malgré ses bifurcations, le film n’avance pas. Où qu’elle soit, Touda est encore et toujours confrontée au même plafond de verre, au même sexisme.
J’avais trouvé les précédents films de Nabil Ayouch ("Razzia", "Much Loved") autrement plus convaincants.
Touda danse et chante au rythme de ses envies, dans les bars, les fêtes de village, les mariages à en faire perdre la raison aux hommes...au risque d’en finir dans une cruelle chasse à la femme au fond des bois... fille de paysans, elle vit dans une petite bourgade de l’Atlas, avec son petit garçon sourd et muet, qu'elle élève seule...Elle veut relever fièrement la tradition des Cheikhates, ces femmes qui osent chanter l’amour, le désir, la transe dans des mélopées nées du cri de textes subversifs, d’amour et de résistance, face à des hommes qu’elles fascinent et qui les menacent... qui sont souvent considérées comme des prostituées par leurs patrons adipeux et par des spectateurs voyeuristes. . En tandem avec son épouse, la réalisatrice Maryam Touzani, qui cosigne le scénario, Nabil Ayouch poursuit son travail de peinture de la société marocaine contemporaine, à travers ce film manifeste à la gloire d’une artiste sublimant son âpre quotidien par sa foi dans l’art de la ghaïta, ce chant pur de révolte de l’âme quand ses employeurs lui demande de chanter de la variété...le film est inscrit son héroïne au cœur d’une nature magnifiée, et dans une contexte social précis, moins marqué que son « Muche Loved » interdit au Maroc pour avoir montré sans fard la conditions des prostituées de Marrakech, et que personnellement je n’avais pas aimé...Nabil Ayouch réalise là, un film fort et beau, il filme les corps au plus près, les souffrances et les exultations, la sensualité, la vie, la liberté. Il déploie cette histoire forte dans une mise en scène tendue, portée par la voix de Touda, dans une cadence proche de la transe...Isrin Erradi, irradie dans le rôle-titre... A la fois fragile et sans concession, refusant d'être une proie, elle reste maîtresse de son corps, de ses désirs, et tente de le rester aussi de son destin, la fin de cette bouleversante histoire restant ouverte ...
Beau portrait de femme qui veut être libre de d'exprimer sur scène les chants traditionnels marocains. Nisrin Erradi joue très bien, ambiance et bande son mettent bien dans l'ambiance.
Ce qui frappe et choque dans ce coin du monde c'est à quel point chanteuse est synonyme de prostituée pour un homme. La nuance ne semble jamais effleurer les hommes qui renvoient alors à tant d'horreurs misogynes. Le film s'ouvre d'ailleurs avec un prologue qui montre bien cette double facette, passant ainsi de la joie, de la musique, du chant et de la danse à un drame violent des plus effroyables. La première partie se focalise sur le quotidien de Touda dans sa province, passant de ses spectacles à l'intimité avec son fils. Cette partie est nécessaire pour comprendre sa vie, mais c'est trop long, redondant alors qu'on attend justement son évolution et comment elle va s'en sortir à Casablanca. Quand arrive Casablanca, c'est à la fois long et trop court, trop de passages tirés en longueur, et en même temps il y a 2-3 passages trop incohérents et/ou incompréhensibles... SPOILERS voir site !... Mais on souffre pour Touda, on perçoit bien sa douleur de ne jamais pouvoir être prise au sérieux comme artiste à part entière, et même quand elle y croit enfin, en faisant confiance au seul homme qui semble désintéressé, elle doit affronter la croisée des chemins dans une scène finale d'un magnifique plan-séquence de huit minutes. On sent que le réalisateur a voulu esquisser un espoir mais il reste formel et donc illusoire, sur le fond on sait que l'avenir de Touda n'est qu'espérance. Site : Selenie.fr
Très intéressant film de Nabil Ayouch qui m'aura appris ce qu'était une Cheikha qui chante l'Aïta qui est une couleur musicale basée sur des poèmes qui portent des significations codées ! En prime Nisrin Erradi , qui est au coeur de chaque scène incarne , Touda avec une énergie époustouflante !
Ayouch et sa conjointe Touzani continuent de nous offrir de beaux portraits principalement féminins, dévoilant la possibilité d'une évolution des mœurs au Maroc. Si Much loved fut interdit de projection dans ce pays, ce dernier film est présenté aux oscars sous sa bannière! On va ici découvrir ce qu'est la tradition ancienne des cheikhates, chanteuses émancipées, tradition séculaire d'animation des fêtes familiales ou rurales, en voie de disparation et d'absorption par l'omniprésence des rapports tarifés. spoiler: Le personnage principale Touda n'évolue pas, fille forte et convaincue, elle est et tente de refuser les compromissions, tout en cherchant à élever un fils sourd-muet. De ce côté, le scénario n'est pas le point fort du film. En revanche, l'interprétation de Nisrin Erradi est sans faille, et se termine par un final éblouissant, tourné d'une traite, en un long plan séquence diabolique. Le mélange explosif des émotions contradictoires qui bouillonnent chez Touda ne peut pas laisser le spectateur indifférent. Dès qu'elle chante, sa puissance et son énergie nous sautent à la figure.
Touda est une chanteuse une Cheikha qui chante des chansons d’amour, et de reves d émancipation. Pour tenter de faire carrière d'être reconnue et respectee en tant que femme, elle décide de s'installer à Casablanca.. Le chemin à parcourir est encore long. .. très bonne interprétation. On se sent bien dans l ambiance du Maroc avec les danses et chants
Au Maroc, les Cheikha sont des artistes traditionnelles qui chantent des chansons d’amour, de résistance et d’émancipation. Touda cherche à vivre de cette passion, dans l’espoir d’offrir un avenir brillant à son fils handicapé. Par moment, le film offre de jolies scènes, très bien réalisées, pleines de vies et de joies. Mais le plus souvent, le film laisse le spectateur sur la touche et ne parvient pas à susciter d’émotions, en dépit d’une belle mise en scène (notamment le très fort plan final).
Un film plein de charme emmené tambour battant par une artiste au charisme incroyable. Ca suinte la liberté de tout ses pores et en plus la fin est intelligente. Les musiques sont très inspirantes et permettent de toucher au plus près la phénomène culturel marocain que sont les Chekhas, sorte de chanteuses de blues ou de fado façon maroc.
Héroïne solaire et pathétique dans une société archaïque, Touda émeut par sa force de caractère et son charisme. Triste et beau à la fois mais sans grand espoir.
Vu au festival de Cannes, le fim a bénéficié d'un bon bouche oreille. Une belle réalisation entre le fiction et documentaire, ce film est incroyablement interprété. Un film engagé qui vous prend par la main et qui vous surprendra ... A voir !