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Pascal
253 abonnés
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4,5
Publiée le 30 juin 2021
" Les adolescentes " est considéré à juste titre comme un des meilleurs films de son réalisateur. Lattuada nous montre ici , l'éveil à la sexualité et à l'amour d'une jeune fille italienne, interprétée ici par Catherine Spaak. La réalisation et la photo sont superbes. C'est un des grands films de l'âge d'or du cinéma italien. On retrouve ici Christian Marquand disparu depuis peu qui fut le beau-frère de Jean louis trintignant. Apparaît aussi Jean Sorel qui fût un temps le concurrent d'Alain Delon, mais dont les problèmes personnels ne lui permirent pas de faire la carrière qui lui était promise. Un très très grand film.
Tout un pan de la filmographie de Lattuada est consacré à des jeunes femmes libres, à leurs désirs, à leurs amours, de manière plus ou moins érotique, de manière plus ou moins fine et subtile. Ce film s’inscrit dans ce registre d’intérêt avec un résultat tout à fait honorable. Les premières scènes sont joliment osées, donnant à voir le corps allongé et endormi d’une adolescente que l’on devine en plein rêve sensuel, corps frémissant, agité de désirs, tourmenté. La suite est le récit erratique, le temps d’une journée, d’une confrontation d’un éveil des sens à la réalité des amours humaines, captée dans une certaine variété. La jeune héroïne du film joue un petit jeu de séduction avec un homme de vingt ans son aîné, façon chat et souris ; elle découvre les désirs lesbiens d’une camarade de classe ; elle assiste au tumulte d’une relation entre une princesse et un gigolo… Lattuada observe avec justesse ses émois et atermoiements, ses illusions et désillusions. Bref : le va-et-vient émotionnel, le questionnement indécis, propres à cet âge. Le film cerne aussi une évolution rapide et mystérieuse, évolution d’une légèreté ardente et insouciante vers une forme de lucidité mélancolique. L’ambiance très “Nouvelle Vague” colle parfaitement au sujet : nonchalance narrative, liberté déambulatrice, noir et blanc lumineux, BO aux accents jazzy.
Alberto Lattuada ouvre le film par un long plan de Catherine Spaak dans son lit de jeune fille, cherchant le sommeil, sensuelle et ravissante. Elle est l'héroïne d'un film où le cinéaste évoque, précisément, la grâce et le mystère de l'adolescence -et peut-être est-ce ce mystère qui compose la grâce des jeunes filles. Le cinéaste contracte en une journée les dispositions affectives de Francesca, illustrées par ses conversations avec d'autres collégiennes ou par ses regards, évocateurs de rêveries romantiques ou d'émois sensuels. Au terme de cette journée de déambulations, faites de rencontres qui sont comme des expériences, Francesca sera peut-être devenue une femme. Les dernières scènes entre la jeune fille et Enrico, un architecte de 38 ans, lucide ami de la famille, me semblent les plus justes et les plus sensibles, où l'adolescente mesure la distance qui sépare l'amour physique de l'absolu amoureux diffus qu'elle imagine. La délicatesse et la connaissance de l'auteur lui permet, à travers Francesca, et en dépit d'un scénario un peu faible et de moeurs aujourd'hui obsolètes, de toucher à l'universalité de l'adolescence s'éveillant aux choses de l'amour. Mais son étude aurait pu paraitre un peu austère sans la remarquable composition de la rayonnante Catherine Spaak -fort bien dirigée au demeurant par le réalisateur- toute en expressions charmantes et sachant témoigner du trouble indicible de son personnage avec une étonnante précision.
Compte tenu du sujet (lire les autres critiques) , à nos jours ce film en noir et blanc aurait du mal à passer. Le séducteur en question, interprété par Christian Marquant, sera sans doute catalogué comme pédophile, et la jeune fille comme victime. I dolci inganni (très joli titre, en français Les douces tromperies) ) est un film délicat et subtile, sans être dépourvu de sensualité, remarquablement bien réalisé. Je dirais aussi moderne, qu'il soit pas le sujet ou l'esthétique, et soutenu par une innovatrice bande sonore du grand Piero Piccioni.