Dans son enfance, Diego Cespedes avait l’habitude de fréquenter le salon de coiffure où travaillait sa mère en compagnie de trois hommes homosexuels. L’un d’eux, Alexo, vivait une histoire d’amour avec un autre. Ils ont tous les deux étés emportés par le VIH, ce qui avait traumatisé sa mère. Le cinéaste se rappelle : "J’ai grandi avec une mère hantée par le VIH. Elle regardait à la télévision un « soap opera » où était représenté le premier personnage séropositif."
"Elle en parlait d’une manière terrible si bien que j’avais très peur de le regarder. L’idée de la maladie m’effrayait. Par la suite, après avoir fait mon coming-out j’ai découvert les milieux LGBTQI+ c’était incroyable. Lidia est naturellement à l’aise au milieu de ces personnes queer et en même temps effrayée par la maladie. Elle représente ces deux temps de ma vie, soit une atmosphère tragique et angoissée et l’autre, plus joyeuse. On pourrait dire que les yeux du film sont ceux de Lidia."
Diego Cespedes explique pourquoi il a choisi de transposer l'intrigue de Le Mystérieux regard du flamant rose loin de Santiago, où il a grandi, dans le désert minier du nord du Chili : "Le début des année 1980 est aussi une période d’exploitation minière intensive au Chili, époque à laquelle je souhaitais situer le film. Je suis allé plusieurs fois dans cette région, et tout y est vide désormais. La plupart des mines sont abandonnées et forment comme des villes fantômes."
Si les extérieurs de Le Mystérieux regard du flamant rose ont été tournés dans le nord du Chili, les intérieurs, dont ceux du cabaret queer, ont été tournés aux alentours de Santiago. "Nous avons construit le décor principal à partir d’une ferme située à la périphérie de Santiago, que nous avons aménagée pour les besoins du film. Ce qui était pratique, tout en étant moins coûteux qu’en studio. Le film a été tourné en 30 jours", raconte Diego Cespedes.
Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025.
Le processus a été très long pour trouver l’interprète de Lidia, qui a 12 ans dans l’histoire. Diego Cespedes et son équipe ont réalisé un casting pendant un an et Tamara Cortes est apparue à la fin. Le metteur en scène se souvient : "C’était Lidia, un peu rude, un peu sauvage, très calme, joyeuse, avec une pointe d’humour noir. Elle avait toutes les caractéristiques du personnage. Elle n’était pas du tout effrayée de se retrouver au milieu de cette communauté, cela lui était naturel. Jamais elle ne m’a posé de question. Elle a accepté le monde dans lequel je l’ai plongée."
"Ce qui était important, car il fallait qu’on la sente à l’aise alors que c’était la première fois de sa vie qu’elle était avec des femmes trans. Lors de la préparation, j’avais dit aux comédien.nes interprétant les membres de la famille queer qu’il fallait être attentif et bienveillant, mais elle a trouvé ses marques toute seule. Elle a été forte physiquement aussi. Nous avons tourné les scènes au bord de l’étang près de Santiago en plein hiver, beaucoup de membres de l’équipe étaient tombés malades, mais pas elle. Elle n’était jamais fatiguée."
Le cabaret du film incarne un refuge "pour ceux qui n’ont pas d’autre famille que celle qu’ils se sont créée", une idée inspirée par les dissidences des années 80. Ce choix de source a permis à Diego Céspedes de peindre une fresque envoûtante, mettant en avant des personnages transgenres et drag performers dans un esprit d'inclusion et d'humanité. "En fait, l’acteur et moi avons imaginé que si Flamenco était né à notre époque, il aurait pu s’identifier à une expression de genre plus fluide", explique le réalisateur. Cette recontextualisation témoigne de la volonté de Céspedes de capturer l'essence d'une époque tout en ouvrant un dialogue sur l'évolution des identités.