On va se faire conspuer, mais F1 ne nous a pas embarqué dans son monoplace, malgré une mise en scène ultra-immersive (point de vue du pilote fréquent), très dynamique lors des scènes de courses, une grande quantité de championnats (les amateurs apprécieront de retrouver leur course favorite à l'écran), une scène
d'accident
silencieuse qui a fait retenir son souffle à la salle entière. La faute de ce poli désintérêt revient à ce héros qu'on a eu envie de tarter pendant 2h35 (et c'en devient très, très long...). Alors donc, si vous aimez le beau jeu, le sport (le vrai), le fairplay, comment s'investir émotionnellement dans cette histoire de parfait malotrus (on l'a dit autrement à l'oral) qui n'écoute personne, sait tout mieux que tout le monde, tombe la fille (parce qu'il n'y a qu'une seule femme dans tout le casting... Alors elle n'est forcément là que pour être tombée par le héros, c'est sa seule fonction : c'est franchement moderne...) et surtout :
gagne à la déloyale
. Quand on a compris que le héros allait gagner toutes ses courses en abusant du règlement, on a soupiré de dépit.
Il sabote ses adversaires en cassant volontairement sa voiture pour déclencher les secours qui font ralentir le peloton de tête, il attend de redémarrer de son box devant un adversaire juste pour le gêner, il feint d'avoir des problèmes techniques pour pousser les autres à de mauvais choix...
En gros, il fait de l'anti-jeu, et pour qui aime le beau sport, magnifié dans des films comme le récent (viscéral) Le Mans 66, et avant ça, le nerveux Rush, et le très classe Jour de Tonnerre, et même le plus intime Audi vs Lancia sorti l'année dernière, voir un tricheur remporter la course, en se tenant le slibard pour montrer à tout le monde que c'est lui qui a la plus grosse (voiture ? Hum hum...), c'est loin d'être notre tasse de thé. Aussi, on espérait vainement que cela soit le gamin (le "rookie") qui [spoiler]remporte finalement le championnat final, mais méga star Brad Pitt oblige, on fait gagner l'ancien (dommage). /spoiler] Aussi, comment ne pas voir que le film dragueun public quinqua et sexa en balançant des tubes rétros totalement gratuits (on a beau adorer Queen au possible, son utilisation outrancière dans la scène où Pitt va juste à sa voiture... C'est non. On n'agite pas un bonbec sous le nez des gens en les forçant à vous aimer, c'est trop facile). Idem, comme Brad Pitt et Lewis Hamilton sont producteurs du films, difficile de rater la mise en scène cireuse de pompes qui assure constamment leur glorification, tandis qu'à l'inverse le scénario ne s'intéresse pas franchement à l'histoire de ses personnages (ils restent superficiels). On retiendra donc la scène de l'accident qui nous a soufflé (l'idée de la rendre silencieuse est excellente : on entend les aspirations choquées des autres spectateurs, cela donne encore plus d'effet !), l'immersion dans le point de vue du pilote qui est grisant dans quelques scènes de courses (même si l'on a trouvé qu'il y avait trop de courses, le film a du mal à créer l'événement autour d'un Prix, au bout d'un moment), et la BO d'Hans Zimmer, très "cliquetante" (pour reprendre le "tic tac" du chrono qui tourne) est vraiment géniale. Mais, en bon joueur, on lui préfère mille fois Le Mans 66, qui gagne avec les tripes, pas avec les failles d'un règlement.