Je ne cache pas que j’aime beaucoup Martin Scorsese mais j’ai rarement apprécié ses « intrusions » dans le domaine de la religion ("La Dernière tentation du Christ" et "Kundun"). C’est donc un peu avec une certaine méfiance que je suis allé voir "Silence"…et finalement, je n’avais pas tort d’avoir des doutes : même si je ne peux nier qu’encore une fois la réalisation de Scorsese est impeccable (à 74 ans il fait toujours preuve d’une maîtrise bluffante !), je dois bien avouer que "Silence" me laisse perplexe…D’un côté, le sujet même du film nous donne droit à une intelligente et subtil réflexion sur la foi : tout fraîchement débarqué de l’occident, le père Rodrigues se prend dans les dents de la part du pouvoir japonais ce que l’Eglise Catholique a fait subir à travers toute l’Europe pendant sa grande période de colonialisme inquisitoire. Et, aussi incroyable (hypocrite ?) que cela puisse paraître, cela remet en cause sa foi…Le plus remarquable dans tout ça c’est que Scorsese ne fait le procès de personne : le péché des chrétiens partis convertir à tout prix une autre culture n’est pas montré du doigt ; et les japonais ne sont jamais diabolisés, ils sont même plutôt « justifiés » au fil des différents dialogues entre Rodrigues et ces geôliers. Ce face à face brutal entre le européen colonialisme et l'inquisition japonaise amène dans un sens comme dans l'autre au même constat, énoncé directement dans le métrage par un vieux proverbe local (« Les montagnes et les rivières peuvent être bougées mais pas la nature de l'Homme ») : on peut tenter de convertir un peuple tout comme on peut tenter de pousser un croyant à renier sa foi, mais, au final, cela est forcément voué à l'échec. Malheureusement, d’un autre côté, Scorsese abuse peut-être un peu trop de la qualité visuelle de son bébé : même s’il est intéressant, le film aurait pu facilement durer 20 à 30 minutes de moins sans pour autant affaiblir son propos…au lieu de cela, il traîne en longueur et finit par ennuyer car, soyons franc, "Silence" c'est 2h40 de Jésuites emprisonnés qui ne font rien à part se demander comment réagir et à tenter vainement de communiquer avec un Dieu qui ne répond pas…pas réellement attrayant n’est-ce pas ? Autre petit point noir du métrage, le casting : si on peut fermer les yeux sur l’inexpérience d’Adam Driver en tant que tête d’affiche (et puis, il s’en sort pas si mal que ça finalement) et sur la sous-exploitation de Liam Neeson (malgré sa rareté à l’écran, quand il est là, il en impose réellement !), on ne peut que soupirer grandement sur le choix d’Andrew Garfield qui n’a absolument pas évolué depuis ses piètres prestations de mollusque inexpressif dans les "Amazing Spiderman". Il n’est pas très crédible et les grimaces qu’il essaye de faire passer pour des émotions ont plus tendances à agacer qu’autre chose…Scorsese aurait pu trouver mieux quand même (ça sent le caprice de producteur ça !!), comme Aaron Taylor-Johnson ou même Taron Egerton par exemple. Finalement, c’est le casting japonais qui est le plus méritant (Tadanobu Asano, Yôsuke Kubozuka, Yoshi Oida, Shinya Tsukamoto). Visuellement et techniquement magnifique, "Silence" pêche notamment par une durée inappropriée et un rythme trop contemplatif ainsi qu’un protagoniste principal hors sujet. Cependant, Scorsese a le mérite (le courage plutôt) de se permettre d’exprimer son point de vue sur la religion, remettant en cause cette dernière sans jamais être moralisateur : la foi ne se limite pas aux normes imposées par le Vatican, elle se vit en silence, en accord avec soi-même et sans aucun prosélytisme. Les convictions de chacun sont ainsi préservées et cela est assez rare au milieu des productions US habituelles du genre bourrées de bons sentiments chrétiens pour des raisons purement commerciales : si ça c’est pas un miracle !....sinon, c’est quand même un peu trop long pour accrocher un large public (surtout si vous êtes pas croyant !).