Plus touffu, tu meurs !
On ne compte pas moins de 7 noms qui ont collaboré au scénario du drame de Joachim Lafosse, que j’avais découvert en 2012 avec A perdre la raison, suivi d’autres bons films, tous dramatiques, comme Les Chevaliers blancs, Continuer, Les Intranquilles. Le pitch est on ne peut plus concis : Silencieuse depuis 25 ans, Astrid la femme d’un célèbre avocat voit son équilibre familial s’effondrer lorsque ses enfants se mettent en quête de justice. Il est effectivement difficile d’en dire beaucoup plus dans dévoiler les arcanes de ces 100 minutes pesantes et sombres… à tout point de vue.
Comme je ne peux pas parler du fond, attachons-nous à la forme. D’abord le scénario est d’une complexité à nulle autre pareille. Il faut attendre – j’allais dire atteindre, pour ceux qui se sont accrochés -, le dernier tiers pour commencer à y comprendre quelque chose. Les 7 scénaristes ont tout fait pour brouiller les pistes et noyer le poisson en même temps que le spectateur. Le tout est d’une lenteur certes calculée mais qui nuit à la tension recherchée par le cinéaste. Et quand on sait que le tout baigne dans la quasi obscurité et donc dans des teintes uniformément marron foncé et vert glauque, on comprend qu’on n’est pas là pour une partie de plaisir. D’autant que le thème central – non, non, que je ne vous dévoilerai pas – est pour le moins sordide. Bref un film fuligineux sauvé par une formidable interprétation. Est-ce suffisant ? A vous de le dire.
Bien sûr, quand on confie les rôles du duo central à Daniel Auteuil et Emmanuelle Devos, on joue gagnant à tous les coups. Ils sont au sommet dans des personnages plus que complexes. Mais les prestations du jeune Matthieu Galoux, dans son 1er rôle, Jeanne Cherhal et Louise Chevillotte, sont également pour beaucoup dans l’intérêt que l’on a à suivre – malgré ses défauts – ce drame mâtiné de polar jusqu’au bout. Un film sur la honte, le poids du déni et enfin le sentiment de culpabilité, inspiré par l’affaire Hissel, - lui-même avocat des victimes de Marc Dutroux -, qui tente de poser une question cruciale : « comment peut-on en arriver là ? » Fascinant pour les uns, ennuyeux pour d’autres, le débat est ouvert mais les avis seront contrastés.