Pour Klára est né d’une question simple, mais dérangeante, que s'est posée Olmo Omerzu : jusqu’où des parents sont-ils prêts à aller pour sauver leur enfant ? Le metteur en scène développe : "Les gens cherchent souvent à esquiver leurs problèmes plutôt que de les affronter, quitte à recourir au mensonge. C’est cette escalade qui forme la colonne vertébrale de mon film : de pieux mensonges au départ se transforment en manipulations dangereuses."
"À cette idée s’est ajoutée la conviction que les enfants et les parents ne se connaissent jamais vraiment. Une relation totalement honnête entre eux se révèle presque impossible. Les raisons sont multiples : la différence d'âge, les dynamiques de pouvoir et le rôle que chacun est amené à jouer dans la vie de l'autre. Ce constat a inspiré certaines des scènes les plus intimes du film, comme les échanges de textos entre Klára et ses parents qui usurpent l’identité de son petit ami."
"Dans ces moments, les parents sont plus proches que jamais de leur fille. Ils doivent faire face à ses peurs et à sa sexualité naissante, tout en affrontant des vérités sur eux qu’ils occultaient."
Olmo Omerzu a voulu que la structure du film suive un arc émotionnel. La Croatie représente une réalité en suspens, un amour d'été, un espace où tout semble plus léger et plus ouvert. Cependant, le ton s'assombrit peu à peu, et cette métamorphose s'intensifie dès le retour en République Tchèque : "Il était essentiel pour moi de trouver des éléments capables de connecter ces deux mondes aux atmosphères si distinctes."
"Les textos sont devenus cet élément clé. Les messages ne sont pas seulement un outil scénaristique. Ils agissent comme un journal intime, un accès direct au monde intérieur de Klára. Lorsque les parents commencent à écrire en se faisant passer pour son petit ami, ces mêmes messages deviennent le reflet déformé de leur propre relation."
Olmo Omerzu a commencé par chercher l'interprète de Klára. Il était important pour le cinéaste de choisir quelqu'un qui ne souffrait pas de trouble alimentaire. Il se rappelle : "Nous recherchions une actrice dont l'apparence naturelle pouvait suggérer la fragilité, mais sans aucun lien avec des désordres alimentaires, car cela aurait pu être psychologiquement compliqué et même traumatisant. Sa santé ne devait jamais être en danger. J’ai choisi de confier ce rôle à Dexter Franc, un acteur tchèque transsexuel."
Le spectateur ne sait jamais si le petit ami est réellement coupable du meurtre de son père. Olmo Omerzu explique pourquoi il a choisi de laisser planer cette ambiguïté sur le récit : "Le soupçon que Denis puisse être dangereux, qu'il soit peut-être même lié à un meurtre, est délibérément laissé en suspens. Ce qui m'importe, ce n'est pas la réponse, mais le doute lui-même. Le père est pris entre deux postures intenables : protéger sa fille en écartant Denis de sa vie, ou ignorer les signaux d'alerte parce que Klára semble se stabiliser à ses côtés et commence à aller mieux."
"À sa manière, peut-être problématique, Denis est en train de l'aider. Cette tension est essentielle pour moi, car elle nous oblige à nous confronter à la question inconfortable des limites morales que franchissent les parents qui mentent et manipulent."
Dans Pour Klára, le poisson apparaît comme une métaphore discrète de l'attention que l’on porte à l’autre, de la vulnérabilité et des relations nourricières au sein de la famille. Ces relations sont à la fois fracturées et maintenues ensemble par le trouble alimentaire de Klára : "C'est également un moment clé de conflit entre Denis et son père, lorsque le jeune homme lui apporte le poisson avarié et qu’il le frappe à la tête. Le poisson n'est pas seulement de la nourriture, il devient le symbole de quelque chose qui doit être soigné, préparé, partagé et même sacrifié."
"Dans la scène où Denis est en train d'enlever les arêtes du poisson, il remarque le père qui l'observe, comme si ce dernier imaginait qu'ils pourraient être les prochains à être dépouillés de leurs os, et à qui on arracherait la chair. Un poisson est visuellement beau, insaisissable, délicat mais visqueux, quelque chose que nous hésitons à toucher ou à tenir entre nos mains. Il porte en lui toutes les contradictions qui sont présentes dans le film", confie Olmo Omerzu.