En 2009, Zuzana Kirchnerová-Spidlova a reçu le tout premier prix de la Ciné fondation pour son court-métrage Baba. Après l’obtention de ce prix à Cannes, la réalisatrice pensait pouvoir se lancer dans la réalisation de longs métrages : "Mais en 2010, je suis devenue mère d’un enfant qui s’appelle David, comme dans le film, et qui est aussi handicapé. Cela m’a occupée pendant de longues années. J’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux, dans des institutions."
"Quand David a eu deux ans, j’ai pu faire un peu de documentaire pour la télévision. C’était un grand bonheur de pouvoir me remettre à filmer et travailler avec des amis. Ensuite, mon deuxième fils est né en 2014. Ce n’est qu’en 2017 que j’ai commencé à envisager le projet de Caravane. En 2018, nous avons été sélectionnés au Torino Film Lab, où j’ai pu commencer à travailler avec Nadja Dumouchel, qui a été d’une aide précieuse", se rappelle-t-elle, en poursuivant :
"À ce moment-là, mes enfants étaient plus grands, j’avais davantage de temps, et pourtant les véritables obstacles ont commencé. En République tchèque, le fond national n’aimait pas le scénario et surtout, n’aimait pas l’idée qu’un film tchèque soit tourné en Italie. Finalement, l’aventure de Caravane a duré trois ans. On a été tellement bloqués que je me suis dit à un moment que j’allais émigrer en Slovaquie, puisque là-bas, au moins, ils aimaient le scénario !"
"Aujourd’hui, j’en ris, mais j’ai vraiment été désespérée de ne pouvoir y parvenir. Pendant toutes ces années, ce projet a vécu en moi, même quand il semblait impossible. Il a grandi lentement, au rythme de ma vie de mère. Caravane est devenu le film que je pouvais faire — et non pas celui qu’on attendait de moi."
Zuzana Kirchnerová-Spidlova a choisi l'Italie comme décor pour des raisons qui transcendent le simple attrait visuel : "Depuis le début, j’avais imaginé ce film comme un voyage sur les routes d’Italie, du nord au sud", confie-t-elle. La réalisatrice adore le paysage italien, unique de par sa lumière et ses couleurs qui offrent une cinématographie distincte.
Mais l'Italie, c'est aussi pour elle un reflet du voyage intérieur des personnages, permettant une transformation personnelle loin de chez soi, hors des repères habituels. Ce cadre géographique accompagne Ester et ses compagnons dans leur quête de liberté et de redécouverte de soi, rendant le choix des lieux de tournage essentiel au récit.
Le choix de tourner en Italie plutôt qu’en République tchèque n’a pas été sans obstacles. "En République tchèque, le fond national n’aimait pas le scénario et surtout, n’aimait pas l’idée qu’un film tchèque soit tourné en Italie", explique Zuzana Kirchnerová-Spidlova. En dépit de ces résistances, la réalisatrice n’a jamais envisagé de changer de décor car ce voyage à travers l’Italie est un élément central du film. Ce choix géographique joue un rôle symbolique, exprimant le passage d’un monde ordonné et contraignant vers une liberté plus organique et désordonnée, comme représentée par la transition du nord industrialisé vers la Calabre plus sauvage et chaleureuse.
Pour Zuzana Kirchnerová-Spidlova, choisir un acteur non-professionnel pour incarner David était une décision cruciale. "Nous voulions trouver un garçon qui soit mentalement handicapé", révèle-t-elle, insistant sur l'authenticité recherchée. Le processus de casting fut une véritable épopée émotionnelle, s'étendant sur plusieurs mois et impliquant environ 150 garçons de République Tchèque et de Slovaquie. Cette quête a permis d'entendre des histoires poignantes de familles, transformant le casting en une expérience de vie enrichissante autant pour l'équipe que pour les participants.