Le réalisateur, Luciano Ercoli, m'avait déjà beaucoup surpris avec son premier film, "Photo interdite d'une bourgeoise", qui s'éloignait déjà des codes du giallo, on va dire, plus racoleurs, pour se diriger vers un aspect thriller beaucoup plus appuyé. Et comme dans son premier film, nous avons une nouvelle fois ici une jeune femme au centre de l'intrigue à qui il arrive certaines choses mais que personne ne veut croire.
En effet, pendant un trip sous une drogue expérimentale, elle voit une jeune femme se faire assassiner dans l'immeuble d'en face. Relatant ces évènements à son (ses) petit ami et à la police, tout le monde se moque plus ou moins d'elle.
On a donc les codes habituels du giallo : un personnage victime qui mène l'enquête et que personne ne veut croire, des meurtres originaux, du sang mais cette fois-ci, pas de sexe, pas de nu, pas de plans en POV du tueur, pas de lame qui brille. Une nouvelle fois, le réalisateur use de certains codes du giallo mais pour en faire un peu sa propre sauce. Et pour le coup, je trouve l'ensemble ici très réussi ! Alors certes, les amateurs du genre pourraient être un peu déçus car il n'y a finalement pas tant de meurtres que ça, encore une fois, l'intrigue est beaucoup plus portée sur l'aspect thriller ; les éléments du giallo n'étant d'ailleurs sûrement là que pour attirer du monde en salle.
Nous avons, je le redis, une femme en personnage principal. C'est un élément très important car nous sommes dans les années 70 et qui plus est en Italie donc la représentation des femmes, on s'en cogne un peu normalement. Mais ici, c'est tout l'inverse, l'héroïne est belle et indépendante, carriériste, victime mais pas soumise ; elle est également caractérielle et passe d'un état émotionnel à l'autre en l'espace de deux secondes. Ajoutons à cela que tous les hommes qui tournent autour d'elle sont soit étranges, soit dangereux ou tout simplement débiles (l'inspecteur est particulièrement exaspérant). Et par-dessus le marché, elle sauve même son mec à un moment, situation très rare pour l'époque où c'est normalement à l'homme de venir au secours de la jeune femme en détresse.
Comme dans tout giallo, on a également un dénouement à dormir debout et que très peu crédible (même super théâtral lorsque les personnages sont dans la maison et que l'antagoniste allume la lumière) mais je dois bien avouer que ça ne m'a pas plus dérangé que ça et que ça participe même au charme du film !
Alors j'avoue, on pourra cependant reprocher au film une mise en scène, certes formellement réussie mais peut-être un peu trop sage pour le genre. Encore une fois, pas de POV, pas de gros plans sur des lames ou des gants en cuir, pas de couleurs vives non plus ; le réalisateur s'en cogne un peu et veut un thriller avant un giallo.
Malgré tout, "La Mort caresse à minuit" fait partie, pour moi, paradoxalement des meilleurs films du genre car si la forme est un peu trop timide, le fond est particulièrement réussi !