Le « pourquoi » et le « comment »
Depuis 2014, en France, la Justice Restaurative propose à des personnes victimes et auteurs d’infraction de dialoguer dans des dispositifs sécurisés, encadrés par des professionnels et des bénévoles. Jeanne Herry nous propose un film document d’une force inouïe avec ses 120 minutes bouleversantes qu’on ne voit pas passer. Nassim, Issa, et Thomas, condamnés pour vols avec violence, Grégoire, Nawelle et Sabine, victimes de homejacking, de braquages et de vol à l'arraché, mais aussi Chloé, victime de viols incestueux, s’engagent tous dans des mesures de Justice Restaurative. Sur leur parcours, il y a de la colère et de l’espoir, des silences et des mots, des alliances et des déchirements, des prises de conscience et de la confiance retrouvée… Et au bout du chemin, parfois, la réparation... Qui que vous soyez, vous sortirez de la salle plus grand, en ayant peut-être appris à pardonner. Incontestablement le meilleur film français de ce 1er trimestre.
Pour Jeanne Herry, fille de Miou-Miou et de Julien Clerc, on peut le dire, bon sang ne saurait mentir. Dès 2014, elle s’était fait remarquer avec un film original, Elle l‘adore. Elle confirme en 2018, avec déjà un drame sur les problématiques famille / justice, Pupille. Cette fois, elle met la lumière sur un endroit du réel peu connu qui propose des outils porteurs d’espoir. Mais, e, aucun cas, il ne s’agit d’un documentaire, car l’émotion est là, de bout en bout, palpable et prégnante. On nous dit : l’objectif de la justice restaurative, c’est la libération des émotions par la parole. C’est bien cette libération qui est ici mise en scène. Bien sûr la cinéaste n'a pas pu assister à des rencontres entre victimes et agresseurs, ce qui aurait été contraire au principe de base de cette pratique, mais elle a pu observer des formations d’animateurs. Ella a même vraiment éprouvé de l’intérieur la première scène du film en jouant tour à tour des auteurs et des victimes face à des apprentis animateurs. Autre point fort de ce film, c’est le choix de ne pas mettre en scène les agressions évoquées dans le film. On se crée nous-mêmes nos propres images, en faisant confiance aux mots et au jeu des acteurs, tous très investis dans une sorte de mission, celle de nous faire pénétrer, partager et comprendre les mécanismes de cette « justice restaurative » qui, pour moi, comme sans doute pour beaucoup d’autres, a été une découverte bouleversante. Le feu c’est allumé a déclaré la réalisatrice son existence. Je suis certain qu’il ne s’est pas allumé que pour elle. Incontournable.
Et alors, ôur couronner le tout : quel casting ! Je cite dans le désordre,- car ils et elles ont tous et toutes la même importance dans ce film inoubliable -, Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leila Bekhti, Elodie Bouchez, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Fred Testot, Suliane Brahim, Birane Ba, Anne Benoit… façonnent tous à leur manière ce véritable bijou de film choral. Aucune baisse régime, aucune fausse note, pas de pathos facile ni de digression superflu, dans ce très grand film bourré d’humanité, de sensibilité et de pudeur, qui met en avant l'importance du dialogue et la puissance des mots. D’ores et déjà un des grands films français de l’année qu’il faut courir voir.