Après vingt ans d’errance d’où surnagent quelques œuvres tout juste correctes (allez au hasard « Adèle Blanc-sec »), l’un de nos cinéastes les plus prometteurs dans les années 90 et aussi l’un des plus connus à l’international revient enfin avec un film réussi et qui lui ressemble. « Dogman » cristallise en effet ce que le cinéaste sait faire de mieux : le portrait d’une âme abîmée par la vie qui va se retrouver dans des circonstances extraordinaires comme il avait pu le faire avec les illustres et cultes « Nikita » et surtout « Léon ». Car, depuis le carton gigantesque critique et public de « Le Cinquième élément » il y a vingt-cinq ans, Besson s’est fourvoyé dans des blockbusters hollywoodiens sans saveur comme « Lucy » et le plébiscite public qu’on lui connaît ou des projets pharaonesques pas toujours recommandables tels que la saga pour enfants des Minimoys ou le crash « Valerian et la cité des 1000 planètes ». Mais il aussi beaucoup produit, des séries B d’action (les « Taken ») voire des séries Z ridicules (« La Malédiction d’Arthur »). Le cinéaste et producteur était donc plutôt devenu synonyme d’argent (en gain mais aussi en perte) que de projets qualitatifs. En revenant par la petite porte (15 M$ de budget quand même) avec « Dogman », il retourne donc à l’essentiel de son cinéma et de ce qu’il sait faire de mieux avec un film humble, rare et dont il a le secret.
Alors bien sûr on ne retrouve clairement pas la magnificence de ses deux œuvres phares citées plus haut, ni celle de « Le grand bleu », qui reste un indémodable pour beaucoup, mais ce « Dogman » a du cœur, de l’esprit et un petit quelque chose que beaucoup de productions actuelles et faites pour le grand public n’ont pas : un sujet original et un personnage principal avec une vraie histoire. Il faudra donc passer sur le côté improbable de certaines scènes (notamment toutes celles avec les chiens qui lui obéissent au doigt et à l’œil) et au côté misérabiliste un peu excessif de ce que vit le personnage principal qui semble devoir subir tous les maux du monde. C’en est même presque parfois un peu trop manichéen, jusque dans cette vision tranchée et binaire entre le Bien et le Mal ou les riches et les pauvres. Mais c’est un peu le côté naïf du cinéma de Besson qu’on aime qui revient ici et cela fait du bien. Alors on prend ce nouveau film comme un conte moderne et ça passe. Un conte bien réalisé, captivant et dont on ne sait jamais là où il va nous emmener. Et il y en a des moments sublimes et des fulgurances dans ce film...
À commencer par ces deux séquences emballées par les musiques d’Edith Piaf, à l’ampleur mélodramatique et visuelle incroyable. Le final d’abord, beau à se damner, presque onirique, et surtout cette incroyable interprétation en mode travesti dans un cabaret drag de l’illustre « La Foule » par le protagoniste principal. Des instants de grâce, hypnotiques, magnifiés par l’extraordinaire composition de Caleb Landry Jones, récipiendaire du prix d’interprétation masculine à Cannes l’an passé pour « Nitram ». Il n’y a pas à dire, sa composition de cet être détruit par tout ce que peut offrir la vie et qui trouve réconfort auprès des chiens est dantesque et se passe de mots. On suit donc, à travers une classique structure en flashbacks racontée à une psychiatre sociale empathique, son parcours constitué de drames familiaux, de déception amoureuse et de trafics pour survivre. « Dogman » ne souffre d’aucune baisse de rythme, peut compter sur le sens de la mise en scène toujours aiguisé de Besson avec ses forces et quelques faiblesses et un récit surprenant du début à la fin. Pas le film du siècle certes, pas plus que le meilleur de son auteur, mais un beau long-métrage à la fois divertissant, prenant, imprévisible et émouvant.
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