La Beauté du geste
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Jrancourt
Jrancourt

1 critique Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 septembre 2023
Souvent présenté comme un film sur l'apprentissage de la boxe, avec une jeune fille pleine de courage (ce qui n'est pas faux), "La beauté du geste" est pour moi davantage une fable sur le Japon lui-même. Une forme d'éthique sociale et culturelle, de "bienséance" collective, y interdit strictement l'expression des sentiments personnels. Cela donne lieu à beaucoup de retenue, à une éthique stricte dont l'observance est la seule façon de se valoriser.
Affectée de surdité, et en fait aussi de mutisme (à peine quelques "oui" prononcés dans la douleur), la jeune Keiko est le parfait exemple de ce mal-être atavique, ne disposant d'aucun autre pouvoir de communication que celui de frapper (je suis prête à tuer, dit-elle, plutôt que de me laisser atteindre). L'une des représentations les plus significatives de cette difficulté est la scène où Keiko et son mentor, le patron du club, boxent ensemble devant un miroir : il y a là la "beauté du geste", un plaisir de partager une condition commune, mais en contraste avec le reflet devant eux d'une impuissance fondamentale, où boxer dans le vide tient lieu d'unique moyen de "communication". Triste et sublime à la fois ! – Cela vaut sans doute 4 étoiles pour le film lui-même, d'une grande élégance mais pas sans longueurs, mais j'en mettrais presque 5 pour sa puissance à transposer un inconscient collectif à saveur dramatique.
Eric Tesch
Eric Tesch

8 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 septembre 2023
Sans doute pensera-t-on à « Million Dollar Baby » en suivant l’apprentissage parfois douloureux de Keiko. Mais le film de Sho Muyake est d’avantage un récit initiatique et personnel qu’une intrigue sportive et une bataille absolue. Résolue mais habitée par une forme de colère qui s’exprime sur le ring, l’héroïne confie rarement ses sentiments. Une forme de carapace que ni son frère ni ses entraineurs semblent pouvoir fissurer. Tandis les ballets magnifiquement mis en scène pendant les entrainements nous rappellent l’art de ce sport, Keiko baisse peu à peu sa garde émotionnelle et découvre, l’étendue de la vie et des sentiments qui vont avec. La fermeture annoncée de son club et les problèmes de santé de son directeur conduisent la jeune femme à s’interroger sur ses envies et à découvrir les richesses d’une vie sociale. Le réalisateur nous offre un récit étrangement apaisé, loin de la violence supposée d’un sport de combat. Une sorte de nostalgie infuse le scénario et nous offre à voir un Tokyo populaire qui disparaît peu à peu, caché par les grandes tours de la mégapole. Le fleuve qui traverse la ville reste alors comme la salle de sport, un point de rencontre et de convergence. Le titre « La beauté du geste » résume assez bien l’esprit qui habite le film où finalement la boxe devient une sorte de tango et où les enchainements de pas élaborés libèrent plus que le talent, le lien avec les autres. Un joli métrage qui sait sans être corrosif, éveiller nos sens.
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