Depuis une semaine dans les salles de plusieurs pays européens, Alex Garland nous offre le film le plus brillant, intense et dérangeant de l'année 2024. Que ce soit au niveau des acteurs, des personnages, des effets spéciaux, de la photographie, du son et du rythme, ce mélange nous captive pendant deux heures.
L'histoire est simple mais profonde : les États-Unis sont en proie à une guerre civile opposant principalement les États sécessionnistes de l'ouest, réunis autour du Texas et de la Californie, au gouvernement fédéral devenu autoritaire, dans un contexte de multiples fractions politiques et territoriales.
La présentation du conflit est claire et évite les clichés politiques d'une opposition démocrate-républicaine dans un contexte américain tendu. Cette simplicité permet paradoxale de contourner un portrait manichéen. À l'écran, chaque faction suivie dans cette guerre civile est coupable de crimes de guerre, dessinant un tableau complexe et moralement ambigu.
Le film nous entraîne dans un road-trip haletant à travers une Amérique dévastée en compagnie de Lee (Kirsten Dunst), reporter de guerre chevronnée, son collègue Joël (Wagner Moura), le vétéran du photo-reportage de guerre Sammy (Stephen McKinley), et la jeune et ambitieuse reporter inexpérimentée Jessie (Cailee Spaeny). La chimie entre ces différents personnages offre un récit humain et poignant, explorant la psychologie et les enjeux du reportage en zone de guerre.
Ces personnages complexes sont animés par un large spectre de motivations. Lee ressent un impératif moral de documenter la guerre pour sensibiliser le public américain aux dangers qu'elle représente, tandis que son collègue Joël et la jeune Sammy sont attirés par l'adrénaline du danger. En plus de ces motivations personnelles, ils sont également confrontés aux contraintes morales de leur profession : "Nous ne posons pas de questions. Nous documentons la guerre pour que d'autres posent des questions". Le choix de cette profession et vocation s'accompagne de conséquences psychologiques retranscrites à l'écran et magnifiquement interprétées. Il est question d'une forte consommation d'alcool et de stupéfiants, mais également de cauchemars et d'une paralysie dans l'action, ajoutant de l’épaisseur aux personnages.
Le choix scénaristique de présenter le conflit du point de vue d'un reporter de guerre, plutôt que d'un civil réfugié, offre une plongée directe dans l'action, exposant délibérément les personnages au danger et créant une tension constante. En évitant la perspective du combattant, le film permet de naviguer entre les différentes factions sans prendre parti. Ce portrait moral confus, alimenté par l'utilisation d'uniformes, d'armements et de véhicules similaires entre l'US Army et les États sécessionnistes Chaque camp commet des crimes de guerre, aussi bien entre combattants qu'à l'encontre des civils, dont la violence devient désinhibée dans la défense de leur propriété.
Dans ce film, le frisson du danger atteint son paroxysme lors de la rencontre avec un milicien, joué par Jesse Plemons, tel que présenté dans la bande-annonce "Quel genre d'Américains êtes-vous?". La performance de l'acteur texan est remarquable, offrant une scène d'une quinzaine de minutes d'une tension insoutenable.
Bien que « Civil War » ne soit pas strictement un film militaire, les scènes de combat sont fréquentes, culminant dans les dernières 30 minutes du film. Visuellement, une attention particulière est portée à une représentation soignée du combat et des tactiques militaires, malgré quelques petites incohérences que seul un public spécialisé pourrait remarquer. Ces scènes époustouflantes sont soutenues par des effets spéciaux, mais surtout par un sound design de qualité, retranscrivant à merveille l'intensité sonore des armes à feu.