Présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2022, "Alma Viva" décrit l'incompréhension d'une jeune fille, face à la mort de sa grand-mère adorée. Tandis que la famille se déchire au sujet des obsèques, la petite Salomé est hantée par sa grand-mère qu'elle prenait pour une sorcière. La jeune actrice porte le film avec naturel et instaure au recit une admirable sensibilité.
Certains passages tranchent avec l'esprit du film. La fin est très belle par exemple. Toute la partie du départ du cercueil. Le début est un peu confus et seule la petite reste stoïque et dans le même registre. C'est émouvant parfois et bien filmé.
Le récit sensible et mystique mais trop décousu d’une petite fille confrontée à la mort de sa grand-mère dans un petit village portugais où se confondent sorcellerie et ressentiments. 2,75
Je n'avais pas encore pris le temps de chroniquer ce film, vu il y a deux semaines environ, car j'attendais de rattraper The Quiet Girl, les deux films ayant le point commun d'avoir une jeune enfant comme personnage principal.
Les similitudes s'arrêtent là. Ici, nous sommes aux antipodes des sentiments pudiques et des non dits du film Irlandais. Dans cette famille et ce village portugais, on parle, on crie, on se dispute, on exprime ses sentiments haut et fort.
C'est en grande partie pour cette peinture pittoresque de la vie rurale portugaise et de ses personnages hauts en couleur que j'ai apprécié le film, mais également car, au travers d'incursions dans le fantastique, dans une culture où la sorcellerie a encore toute sa place, la réalisatrice développe en creux un propos féministe intéressant."Tôt ou tard toute femme indépendante se fait traiter de sorcière" résume parfaitement l'un des personnages. Le ton devient alors politique. La sorcellerie comme une accusation sexiste visant à décrédibiliser la parole des femmes ou comme un moyen de leur conférer des pouvoirs et une force que les hommes n'ont pas ?
Le film alterne les moments burlesques et les séquences plus sombres et inquiétantes. Ce mélange des genres peut se révéler déstabilisant et m'ont parfois empêché d'adhérer complètement. Il faut toutefois reconnaître son audace et sa maîtrise pour parvenir à dérouler conjointement cette chronique rurale et ce conte fantastique. De plus, les images sont très belles et la jeune actrice est formidable.
En résumé, tout n'est pas parfait, mais le film, suffisamment court pour que l'on ne s'ennuie jamais, est prometteur et recèle quelques moments de grâce, magnifiquement mis en scène, comme les très belles scènes d'ouverture et de clôture du film, ainsi que les moments partagés entre la grande mère et sa petite fille, filmés avec une tendresse infinie (inoubliable scène de twerk).
Semaine de la Critique, séance de 22h45 après une rude journée, on choisissait justement ce film "fantastique mêlant possession et vengeance" dans l'optique de ne pas fermer les mirettes... Raté. Alma Viva manque terriblement de poigne, tant dans son côté dramatique (ce n'est pas du tout un film fantastique) que dans les thématiques qu'il aborde : deuil impossible, continuité de la vie des défunts au travers des vivants (ici au sens littéral : la petite fille se sent poussée à commettre des crimes selon la rancœur de sa mamie envers ses anciens voisins... Mais peut-on parler de "possession" ? Pas vraiment, tant le propos est flou et finalement jamais étayé, cela ressemble plus à une intro de dissertation qu'à un véritable approfondissement). Il n'en reste pas moins que Lua Michel, la jeune vedette du film, donne de sa personne (qui d'autre a eu une goutte de sueur lors de la scène de "la tête de poule" ? Cette petite a du cran !) et nous a souvent bluffé. Alma Viva lui doit clairement tout, car ce n'est pas l'intrigue survolée qui nous a tapé dans l’œil, dont les idées de départ sont bonnes mais restent assujetties à un rythme planplan et à une tiédeur malvenue dans le traitement de la possession (déni de la perte, réelle possession fantastique, illusion auto-persuasive... le fond tragique de la possession par amour est si profond qu'on ne comprend pas comment Alma Viva a pu passer à côté). Une humble production portugaise qui aura surtout manqué d'audace, mais n'est pas pour autant désagréable au visionnage, tirée à bout de bras par la jeune Lua Michel, époustouflante.
A la fois fantastique et quotidien un film du réel. Certaines familles vont s'y reconnaitre...Ce village, ses habitants, ses haines cuites et recuites. On aime.
Salomé retrouve chaque été son village familial et sa grand mère portugaise. Mais en pleines vacances, cette dernière meurt et laisse une famille dévastée et divisée. C’est touchant.
Un très beau film que j'ai eu la chance de voir en avant-première. On est la lisière entre le drame familial et le film de genre. Magique, envoutant, mystérieux, à hauteur d'enfant.
Étrange film vu par les yeux d'une petite fille dans un village du Portugal où la religiosité confine à la magie comme dans cette scène où la petite fille décore un grand nounours en Saint Georges pour le prier comme sa grand mère. Au milieu des adultères jalousies, haines des adulte et de la mort d'une grand mère bien aimée ! Film touchant, profond, marquant !
La cinéaste franco-portugaise Cristèle Alves Meira présente son premier long-métrage, tourné dans le village où habitait sa mère au Portugal. Inspirée par ses souvenirs d’enfance dans la région, en particulier par les obsèques de sa propre grand-mère, la réalisatrice mêle au casting des acteurs/trices professionnel(le)s et des membres de la communauté locale qui l’ont vue grandir. Une affaire de famille jusqu’au bout puisqu’après avoir auditionné des petites filles pendant un an et demi pour trouver sa Salomé, elle finit par confier le rôle à sa propre fille, Lua Michel (découverte dans le court Palma d’Alexe Poukine).
Film estival écrasé par la canicule avec des plans en extérieur surexposé et marqué par l’ambiance festive des ruelles où se produit régulièrement un groupe de musique, Alma Viva joue sur le contraste avec des intérieurs très obscurs où la mort rôde partout. Dès la scène d’ouverture, une veillée funéraire, Salomé semble fascinée par le défunt. La réalisatrice met en scène un ensemble de rituels et de croyances autour de la vie après la mort. Ainsi l’enfant est-elle considérée comme un « corps ouvert » qui peut accueillir une âme perdue. Après la mort de son aïeule, le film fait basculer la fillette dans un univers semi-fantastique, une forme de réalisme magique discret qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de Clara Sola.
Cependant en dépit du côté film de possession assez sombre, l’ensemble n’est pas dénué d’une forme de burlesque ou de grotesque qui apparaît dans les relations entre les adultes, marqué par des rancunes tenaces qui s’exprime dans les moments les plus inconvenants. l’ensemble exerce un sortilège où le peu de moyens a été utilisé avec intelligence pour brouiller la frontière du réel et de la fiction et nous pousser à croire aux éléments les plus tortueux et invraisemblables de l’histoire.
Je ne suis pas parvenu à entrer dans ce film que j'ai perçu beaucoup plus comme une sorte de docu anthropologique sur le Portugal profond et "arriéré" que comme une histoire filtrée au travers d'un regard personnel. C'est très littéral et aucun personnage ne possède "quelque chose"... Dans ces conditions, il m’a été impossible de m'intéresser, encore moins de m'identifier, à ces villageois coupés du monde moderne et pétris de superstitions. Par contre, un vrai documentaire m'aurait sans aucun doute intéressé.
La prestance de cette petite est splendide. Elle porte le film. J'ai été très touchée par son lien avec sa grand-mère, Avó (mimiii les scènes où elles dansent), tendre et complice. Beaucoup de très belles images, notamment les toutes premières (regard au travers de la porte). Le sujet est tout de même sombre, avec des musiques inquiétantes. Les déchirements dans cette famille sont très réalistes. Mais j'ai été un peu déroutée par l'avancée du film.
J'ai adoré ce film.Il est très " chamanique " pour moi car il nous renvoie à ce lien que l'homme avait avec l'invisible. La comédienne du rôle principal est très prometteuse. Les scènes de ce film m'ont plongée dans mon enfance en Russie auprès de ma chère grande mère qui préparait tout le temps les teintures-mères, séchait les herbes et invoquait les saints chaque matin dans son coin sacré avec une icône russe de XVIII sciécle. Dans ce film c'est très bien montré comment nous pouvons empoisonner l'un - l'autre en vivant dans la jalousie, méchanceté , rancoeur, haine. Rien qu'en donnant le produit frai à manger , mais hyper chargée de nos mauvaises émotions. Un autre sujet qui est très bien montré dans ce film -est le processus du deuil et de l'enterrement qui restent les questions rarement abordés dans la culture occidentale. Dans les villages lointaines de montagne les gens savent encore comment accompagner l'autrui dans l'au-delà. Le film à voir pour se reconnecter aux choses oublies et effacées de notre memoir.
Alma Viva, est un récit familial au cœur de l’été. La matriarche du clan passe de vie à trépas. Elle est aimée et respectée par les siens. Certains voisins la craignent. Le deuil s’avère cruel et impossible. Le titre du film « Alma Viva » renvoie à l’intrigue centrale, l’esprit de la fillette existe. Deux personnages féminins en symbiose, habitent littéralement l’écran. Salomé, la fillette revenue au village le temps de l'été, et sa grand-mère. Elles semblent vivre collées l’une à l’autre, complémentaires. Leurs corps y sont filmés tout au long du film de manière frontale, en positif du négatif. Par l’image le film nous interroge sur le passage du temps, par le vieillissement de la peau, l’élan de la jeunesse, la vie et la mort. L’histoire du film est habitée par la transmission générationnelle au sein d’une famille. La frontière est ténue entre spiritualisme et sorcellerie. Tous les proches se retrouvent pour les funérailles. Ceux qui se sont expatriés en France, et les autres restés au pays. Le temps des retrouvailles cèdent rapidement la place aux clivages sociaux, au sein même de l’intimité familiale. Par petites touches délicates, la réalisatrice décale son propos sur un terrain socio-économique, plus universel, qui pourrait être celui d’une réalité que vivent beaucoup de familles rurales portugaises. Je n’ai pu m’empêcher de penser à « Viendra le feu », tourné dans les forêts galiciennes. Les deux films ont en commun un dépouillement quasi documentaire d’un monde rural traditionnel, dans l’intimité de gens modestes. Ce dépouillement de leurs réalisations respectives sans effets surnaturels, détonne avec la singularité du message porté aux confins de la réalité, sans toutefois jamais ne s’en détacher. Dans les deux films, il y a quelque chose de poignant à dimension sociale anthropologique et éminemment poétique. Quelle belle surprise que ce film venu du Portugal, modeste dans ses choix de réalisation très naturalistes, et ambitieux dans les sensations qu’il parvient à nous procurer.