Dès ses premières minutes, le film affiche une volonté claire : distiller du mystère, faire naître une inquiétude sourde, dans une réalité brute. Sur le papier, le projet est séduisant : mêler l’ultra-réalisme du quotidien d’ouvriers travaillant de nuit sur un chantier à une dimension fantastique. Mais dans les faits, l’attente se révèle trop longue. Le film tarde à introduire son élément perturbateur, en ne le distillant que par petites touches, au point de laisser s’installer une frustration persistante.
Pourtant, tout n’est pas à jeter, loin de là. L’atmosphère rend avec justesse la pénibilité, l’isolement et la dureté de ces conditions de travail. Le travail sonore, très soigné, joue un rôle central : bruits métalliques, grondements sourds, nappes musicales sombres et hypnotiques participent à créer une tension croissante.
Mais cette promesse ne se concrétise jamais vraiment. La montée en puissance arrive tardivement et reste trop évasive pour marquer durablement. On a souvent l’impression que le film n’ose pas aller au bout de ses intuitions, par manque d’ambition ou de moyens.
Les scènes ancrées dans le réel restent les plus convaincantes : le réalisateur filme avec un vrai talent cette France laide, grise et triste, peuplée de femmes et d’hommes qui luttent chaque jour pour garder la tête hors de l’eau. Damien Bonnard, comme souvent, est irréprochable, tout en retenue.
Frustrant et imparfait, Grand ciel n’en demeure pas moins un premier film prometteur, dont l’ambition de mêler les genres et de porter un regard critique sur notre société mérite d’être saluée, même si le résultat reste en deçà de ses promesses.
Ce film devrait ravir ceux qui trouvent que le cinéma français est bourgeois/bobo/toujours pareil. Il crée immédiatement une ambiance très particulière en mélangeant social et fantastique, vie des ouvriers sur le chantier d'une tour dont ils n'auront jamais les moyens d'habiter les appartements et une maladie du béton retorse. L'interprétation est aux petits oignons, mené par un Damien Bonnard à l'oeil de requin (on en sait jamais ce qu'il pense ou ressent) et un Samir Guesmi grande gueule en contraste. Les passages au -6 sont bien claustrophobiques. Le film mélange tous ces malaises pour en faire quelque chose de rarement vu dans le cinéma français. Les 5 dernières minutes gâchent un peu l'enthousiasme même si elles sont dans la logique pure de ce qui nous est suggéré pendant tout le film. Disons qu'on est plus dans l'allégorie que dans le réalisme pur et dur (pour la fin seulement car le film rend parfaitement, je pense, les conditions de travail des équipes exploitées sur ces grands chantiers dont les objectifs sont de finir vite). Un réalisateur à l'univers et au ton singuliers à suivre.
C’est certain, « Grand ciel » n’est pas une œuvre que l’on voit tous les jours. De par son décor, son traitement ou encore son ambiance, ce premier long-métrage interpelle. Le film se déroule sur un énorme chantier de construction et prend pour personnages des ouvriers du BTP dont la plupart sont des immigrés ou des sans-papiers. Quand l’un d’eux va disparaître puis un autre, les autres vont commencer à se poser des questions. On va alors alterner l’œuvre à portée sociale sur le sort des étrangers exploités dans ce type de métier sans vergogne et un suspense pour comprendre ce qui se passe vraiment sur ce chantier. Il faut avouer que le mélange des deux ne prend pas toujours. Les deux versants du film nous happent mais très sporadiquement. Si le côté mystère parvient à nous captiver par intermittences et que l’on veut savoir ce qui se trame, le côté thriller peine à se mettre véritablement en route. Pour ce qui est de l’immersion dans le monde des immenses chantiers, elle est très réaliste et bien mise en scène mais demeure bien trop en surface pour être vraiment passionnante. Et jamais ces deux aspects se marient totalement entre eux, rendant « Grand ciel » un tantinet bicéphale bien que l’intrigue fût prometteuse et que l’ensemble s’avère être audacieux. Il y a donc ici un long-métrage étonnant mais inabouti qui laisse un goût amer et frustrant.
On sent sur bien des aspects les origines japonaises du réalisateur installé en France depuis vingt ans quand il infuse une pointe de surnaturel dans le traitement de son sujet. Néanmoins, ces petites touches d’inspiration nippones ne fonctionnent pas vraiment et rajoute un ingrédient de plus dans une sauce qui ne prend pas. On pense surtout à cette fin abrupte qui n’est vraiment pas convaincante. L’ambiance anxiogène lorsque les ouvriers descendent dans les abysses du chantier est très réussie que ce soit formellement ou grâce à la bande sonore. Encore un peu et on penserait à ces films sur les mineurs comme « Germinal » où la métaphore de la bête est incarnée par la mine, tandis qu’ici ce serait les sous-sols de Grand Ciel. C’est très réussi et les petites marques ancrées dans cette atmosphère étrange qui épousent le surnaturel passent bien. C’est claustrophobique et angoissant mais l’épilogue fonce trop dedans et va droit dans le mur nous laissant un goût mitigé. En outre, « Grand ciel » adopte un rythme très monotone et un schéma narratif redondant alternant de manière trop mécanique, les scènes de la vie privée du personnage de Damien Bonnard (dans un jeu toute en intériorité) et celles sur le chantier. On notera que les atermoiements du personnage principal entre son humanité et sa solidarité s’opposant à son envie de grimper dans la hiérarchie sont bien retranscrites. Il n’en demeure pas moins que c’est une œuvre peu commune et courageuse mais pas totalement réussie et pertinente dans l’ensemble.
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Un premier long-métrage à l'ambiance et à l'esthétique travaillées.
Mais un mélange des genres (qui ressemble plus à une constante hésitation entre film social et fantastique) trop confus pour vraiment rester en tête et devenant redondant au fil de son histoire, qui se termine sur une vraie-fausse conclusion. Dommage. 5,5/10.
C'est un film de Science fiction qui se passe dans le BTP, dans des conditions particulières : le travail de Nuit. Les conditions de travail sur le chantier, sont pas trop mal filmés ( Contrairement à la scène de "Flashdance" ( 1983) avec Jennifer Beals qui soude à l'arc, comme on fait du tricot..) Les conditions de vie, des ouvriers du BTP sont bien rendues. Avec les tensions dues au travail, à la hiérarchie et aux exigences de Maitre d'oeuvre. Par contre la fin du film interroge..
Film original et réussi. La dimension fantastique qui s'installe progressivement profite à la critique sociale et à la tension dramatique. spoiler: cette dimension fantastique a de multiples effets de sens : - la dissolution des ouvriers par la construction de la tour peut représenter le pouvoir destructeur du capitalisme dans l'immobilier ; -- sinon la sanction d'une force souterraine ou céleste frappant une tour de Babel démesurée. -- Enfin les disparitions rapides et spectaculaires des hommes peuvent signifier celles de leurs rêves : arriver à bien gagner sa vie pour acheter un bel appartement alors que les emplois se précarisent ( Damien espère comme les autres dont sa compagne un CDI ), vivre dans un quartier idéal et autonome comme les communiquants vantent ce projet spoiler:
Dans grand ciel in suit le quotidien et le travail de nuits de travailleurs du btp. La tension monte avec la disparition d'un ouvrier puis d'un second. Les scènes du quotidien s enchaînent sans grand intérêt et on reste malheureusement sur sa fin
Sur le registre du thriller avec comme le veut la loi du genre une intrigue mystérieuse à résoudre, à charge pour le spectateur de retenir ses hypothèses et de les assembler au fur et à mesure façon puzzle. La mise en scène vaut surtout par l’ambiance, l’oppression des sous-sols en béton de cette tour en construction dans laquelle s’affairent des ouvriers – chefs, subalternes, immigrés, avec ou sans papiers, syndicalistes ou salariés résignés -. Avec en arrière-plan la main invisible du marché, enfin du capital et les pressions économiques en cascade. Dans les dialogues : « Si ce n’est pas nous, c’est une autre entreprise qui finira la construction », ou d’autres intérimaires. Cela dit, je crois avoir raté la conclusion. Quelque chose aura dû m’échapper. Irrattrapable sauf à être plus vigilant et attentif en revoyant le film une deuxième fois. Ça arrive pour les thrillers. Le spectateur, s’il n’est pas déjà rompu au sujet, découvrira la « maladie du béton » (c’est celle du matériau et de la technique de construction, mais il n’est pas dit que spoiler: ça n’ait pas aussi des incidences sur la santé au travail des ouvriers, émanations toxiques obligent – oups, il ne faut pas le dire sinon vous ne passerez plus aussi tranquille aux abords d’un chantier de construction !).
J'ai trouvé ce film très original et très juste. Ce n'est pas un film fantastique à proprement-dit et c'est ça qui m'a beaucoup plu. En tant qu'une amatrice de film japonais, je ressens la culture d'origine du réalisateur.
J'ai vu ce film et je le regrette bien. Pas de scénario, 2 de tension, durée 1h30 ressenti 3h. Je le déconseille fortement. J'ai mis la note de 0,5 pour la musique.
Intense. Intense le chantier, le personnage de Bonnard, le rythme. Intenses les rapports de classe, la violence sourde, ce qui se passe au sous-sol. Intense aussi le mélange des genres. Dommage que ça n'aille pas assez loin, manque 15 minutes au film. Mais vraiment bien, à fortiori pour un 1er film.
Ai vu « Grand ciel » du réalisateur japonais Akihiro Hata. A Valenciennes, Vincent (Damien Bonnard), Mihai (Tudor Aaron Istodor), Ahmed (Ahmed Abdel Laoui) et Ousmane (Issaka Sawadogo) travaillent sur un chantier en équipe de nuit sous la vigilance de leur chef d’équipe Saïd (Samir Guesmi). Ils sont ouvriers et construisent un complexe immobilier technologique nommé « Grand Ciel » destiné à des cadres et plus. Ils sont ignorés, certains sans papiers, ils ne comptent pas leur peine… jusqu’au jour où l’un d’eux disparait mystérieusement sur son lieu de travail. Toute l’équipe est déstabilisée et soupçonne la direction de dissimuler le fait divers. Le réalisateur utilise au mieux son décor oppressant et réussi avec talent et cinégénie à en faire un labyrinthe sur-naturel où tout est possible. Le parallèle entre « Grand ciel » et le monde souterrain du chantier est interessant mais pas très innovant. Plusieurs genres sont mêlés, film social, thriller, on frôle le fantastique mais hélas la recette ne prend jamais car les ingrédients sont trop disparates et le scénario bien trop facilement mystérieux et répétitif. Les personnages sont relativement mutiques et on ne comprend jamais vraiment les motivations de Vincent. Les mêmes faits se répètent sans avoir jamais vraiment d’explication. Akihiro Hata sait parfaitement installer une atmosphère claustrophobe mais la première demie heure passée tout devient languissant. Damien Bonnard et Samir Guesmi apportent un peu de tension par leur présence et leurs confrontations mais le soufflet retombe vite. Le film est frustrant car il promet beaucoup et ne tient pas suffisamment ses promesses. En ce qui concerne les scènes sociales nous sommes très loin de la véracité d’un Laurent Cantet où des Frères Dardenne. Est-ce qu’une ambiance anxiogène suffit à elle seule à faire un film et à tenir en haleine pendant 90 minutes ? Pas dans ce cas présent.
Ceux qui chercheront de la vraisemblance dans ce polar-fable y seront pour leurs frais. De mon côté j'ai aimé l'apreté des cadrages au plus près de la souffrance des ouvriers, j'ai aimé le jeu concerné de Damien Bonnard, la lumière de Mouna Soualem, la justesse du jeu de Samir Guesmi ainsi que la présence "vraie" de l'enfant. J'ai aimé la dénonciation de "faire de l'argent vite et au mépris de la vie humaine". C'est un premier long-métrage très encourageant. Akihiro Hata a visiblement les moyens d'être soutenu pour des projets plus ambitieux encore.