Le scénario de Laila Stieler et l'histoire de Hilde ont profondément ému Andreas Dresen. Ce dernier souhaitait avant tout centrer ce récit de son film sur un groupe de jeunes, mais d'une manière contemporaine et poétique. Le réalisateur précise : "La résonance du film aujourd’hui réside dans nos idéaux : défendre nos idées et résister. Il ne faut pas se laisser influencer, mais suivre sa boussole intérieure et ses idéaux. Hilde Coppi n'est pas une activiste politique. Je la décrirais plutôt comme une personne tout à fait normale qui défend ses valeurs."
Andreas Dresen a abordé Berlin, été 42 en évitant tous les stéréotypes et symboles associés à l'époque. Par exemple, il n'y a pas un seul drapeau avec une croix gammée dans le film. Il précise : "On voulait montrer ce qui se cache derrière la façade, tant pour les résistants que pour l'appareil national-socialiste. J'ai grandi en Allemagne de l'Est, où l'on glorifiait les résistants. Ils étaient comme des divinités qui vous donnaient inévitablement l'impression d'être petit, pathétique et lâche."
"Vous vous disiez : 'Je ne pourrai jamais être aussi héroïque', et cela contribuait bien sûr à maintenir le système en place. Le gouvernement voulait ce genre de glorification pour décourager les gens de s'enfuir - ce qu'ils finissaient bien sûr par faire. Donc, oui, nous avons essayé d'éviter ces clichés de combattants de la résistance. Je voulais plutôt mettre l'accent sur les moments d'intimité des personnages."
Andreas Dresen a choisi Liv Lisa Fries pour interpréter Hilde Coppi. Le metteur en scène se rappelle : "Liv a dépassé mes attentes de la manière la plus merveilleuse qui soit. La façon dont Liv fonctionne est tout simplement géniale. Elle me surprenait souvent par son approche non conventionnelle des processus émotionnels. Par exemple, lorsqu'elle pleure, elle ne s'abandonne jamais complètement à ce sentiment, mais le combat. L'humour de Liv, sa force et sa fragilité simultanées offrent au personnage d’Hilde de multiples facettes."
"En deux heures, le personnage d’Hilde traverse une métamorphose profonde. Se glisser dans la peau d'un tel personnage, un personnage qui vit des choses inimaginables, est un véritable exploit pour une actrice. Je précise également que toute l’équipe du film a été fragilisée sur le plateau. A plusieurs reprises pendant le tournage, certains d'entre nous n'ont pas pu retenir leurs larmes. Ce film nous a tous poussés dans nos retranchements et parfois au-delà."
Si le nom de Coppi était familier au réalisateur Andreas Dresen, étant donné que des rues et des écoles de la RDA portaient le nom de Hilde et Hans, il ne connaissait pas les détails de leur vie. Il confie : "Certains voyaient les Coppi et l'Orchestre rouge' comme des résistants communistes, d'autres comme des traîtres méprisables, mais rien de tout cela n'était vrai. L'Orchestre rouge' n'était pas un groupe de résistance bourgeois et bien organisé, mais un groupe hétéroclite de personnes issues de différents milieux sociaux, et c’est que qui m’a intéressé tout autant que les points de vue divergents entre l'Est et l'Ouest à leur sujet."
Avec Berlin, été 42, Andreas Dresen travaille pour la première fois avec la directrice de la photographie Judith Kaufmann. Le cinéaste voulait trouver une vision particulière, plus austère, de l'histoire de Hilde Coppi, tout en laissant une large place à la poésie. Il explique : "Nous ne voulions pas un aspect patiné, mais plutôt rugueux, granuleux et légèrement délavé. Judith a un sens aigu des acteurs et des situations, elle crée des éclairages merveilleux et discrets qui raconte cette histoire avec une intensité que j'ai rarement vue."
"Nous avons tourné de manière très classique avec une seule caméra, c'était très agréable. C'est peut-être aussi pour cette raison qu’il y a pas mal de plans séquences, sans contrechamp. Il va sans dire que le point de vue d'une femme était également très agréable et utile pour cette histoire."
Le seul lieu historiquement authentique que l'on voit dans Berlin, été 42 est l'ancien bureau d'assurance du Reich, le Reichsversicherungsanstalt, que Andreas Dresen a utilisé pour une scène : "Il était important que Hilde ait réellement franchi ces portes, car c'est là qu'elle travaillait. Les baraquements d'exécution de Plötzensee existent toujours, mais j'aurais trouvé très étrange d'y tourner. Nous avons recréé ce lieu et je pense que nous nous sommes beaucoup rapprochés de l'original. La précision était essentielle."
"Les scènes d’exécution représentaient un enjeu énorme pour toutes les personnes impliquées. Ce qui s'est passé le jour de la mort de Hilde est insupportable. Exécuter 13 femmes en 35 minutes... L’exécution elle-même ne dure que sept à quinze secondes, mais avant cela, il y a l'attente… Pendant le tournage, j'avais parfois l'impression que le temps s'arrêtait. En tant que réalisateur, ce genre de choses vous amène aux limites de votre propre imagination, voire au-delà", se souvient le metteur en scène allemand.