Body horror dramatique, écrit et réalisé par Coralie Fargeat, dont on ressent à l'écran ses nombreuses inspirations, The Substance est un bon film particulièrement marquant. L'histoire nous fait suivre Elisabeth Sparkle, la vedette d'une émission d'aérobic, qui est virée le jour de ses cinquante ans par son patron à cause de son âge jugé trop élevé pour la suite de sa carrière. C'est ainsi que, le moral au plus bas, elle reçoit une proposition inattendue de la part d'un mystérieux laboratoire lui proposant une substance miraculeuse. Si elle se l'injecte, elle deviendra la meilleur version d'elle-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite, grâce à une modification cellulaire de son ADN. Ce scénario s'avère globalement intéressant et prenant à visionner pendant sa durée de deux heures et vingt minutes, même s'il comporte des défauts, à commencer par sa durée. En effet, celle-ci se fait ressentir, notamment dans sa dernière partie, et le film aurait gagné à être raccourci d'une bonne demi-heure. D'autant plus que d'autres passages tirent en longueur, même si cela est volontaire afin de nous faire ressentir les choses de façon viscérale, en plus d'avoir des scènes très répétitives. Autre problème, si l'on comprend où l'intrigue veut en venir en traitant de la beauté qui s'efface avec le temps, cette dernière comporte beaucoup de manquements à ce niveau là. Elle aurait pu s'étoffer de plein de façons, en montrant d'avantage sa période de gloire avant sa chute pour qu'on ressente son déclin physique, en évoquant les autres personnes se piquant, et en donnant plus de consistance au laboratoire derrière ce bouleversement biologique. Car au final, quel est le bénéfice pour cette organisation secrète et pour celui qui s'injecte cette substance ? De surcroît, les règles de ce concept sont bancales et il vaut mieux suspendre son incrédulité et ne pas trop creuser le script en réalité pas très bien écrit dans le détail. En l'état, le fond est délaissé pour la forme et cela est dommageable tant il y avait matière à approfondir cet sujet. L'ambiance pour sa part se veut très violente, gore et emplie de nudité. L'ensemble est porté par deux personnages qui ne font qu'un, très bien interprétés par deux actrices se mettant à nue pour leurs rôles que sont Demi Moore et Margaret Qualley. L'autre rôle important est celui joué par un Dennis Quaid en producteur véreux. Hélas, cette distribution resserrée aux rôles caricaturaux se fait clairement ressentir. Si on fait tout pour être désirable, c'est en grande partie pour les autres. Or, ici, on ne voit presque jamais le public, la vedette n'a aucune famille ni amis. C'est clairement un gros manquement à ce niveau là. Il manque cruellement d'interactions sociales avec le monde censé l'entourer. Ces individus entretiennent des rapports dérangeants soutenus pas des dialogues assez neutres comportant quelques touches d'humour bienvenues. Sur la forme, la réalisation de la cinéaste française adopte un parti pris clipesque et ostentatoire, pour un résultat réussi. Sa mise en scène est en plans serrés afin d'être au plus près des corps pour être totalement raccord avec son sujet. De plus, elle est dynamique, et malgré des plans très courts, elle reste lisible notamment à la faveur d'un montage frénétique de qualité permettant un excellent enchaînement des séquences entre elles. Les environnements sont pour leur part très restreint puisque presque toute l'action ne se déroule que dans quelques lieux en intérieurs. Là aussi, à l'instar du manque de public, on ressent un certain manque de diversité dans les décors. Les effets spéciaux et les maquillages sont pour leur part de très bonne facture et permettent de nous gratifier de scènes tout bonnement horriblement monstrueuses et organiques dans lesquels les corps sont abimés et la chair mutilée. Ce visuel singulier est accompagné par une bonne b.o. signée Raffertie. Ses compositions électro tabassent complètement les tympans dans le dessein d'amplifier des séquences déjà esthétiquement dérangeantes. Il en va de même pour les effets sonores avec des bruitages volontairement forts. Reste une dernière partie assez grotesque et franchement pénible car s'étirant trop inutilement en longueur, venant accoucher d'une fin là aussi complètement saugrenue gâchant un peu le reste du récit, même si elle boucle bien la boucle. En conclusion, The Substance est un long-métrage formellement traumatisant qui marquera les esprits, mais qui dans le fond est assez pauvre malgré sa thématique intéressante.