‘Revenge’, le premier film de Coralie Fargeat m’avait moyennement satisfait : Rape&Revenge primaire, doté paradoxalement d’une réalisation hyper léchée et qui témoignait déjà du goût de la réalisatrice pour une certaine radicalité, il souffrait surtout de son impossibilité de s’écarter des balises d’un genre totalement figé depuis cinquante ans qu’il existe. ‘The Substance’ est beaucoup plus convaincant, parce qu’il témoigne toujours du fait que Fargeat est une brillante formaliste mais aussi parce qu’il ouvre largement le champ des possibles et joue sur plusieurs dimensions complémentaires. Sur le fond, on saluera la performance de Demi Moore qui joue un personnage qui, fondamentalement, lui ressemble beaucoup : une star vieillissante dont la carrière est au point mort, et qui se résout à s’injecter une mystérieuse substance qui lui permettra de créer une version rajeunie d’elle-même pour vivre le succès par procuration. Cette réflexion sur l’impossible rencontre de la célébrité et de l’âge chez les femmes, doublée d’une autre sur l’objectification du corps fémnin dans les scènes avec la “copie”, convergence des codes “girlie” et de ceux de la pornographie, n’est pourtant pas ce que je retiendrai en priorité de ‘The Substance’, qui est un film viscéral et “charnel” avant d’être cérébral. Dès le début, en accumulant un peu gratuitement les images en gros plan (crevette mastiquée goulûment par un producteur, aiguille qui s’enfonce sous la peau, etc), Fargeat maîtrise parfaitement la grammaire fétichiste du giallo et celle, plus perturbante, de la Body-horror. Les visions de cet acabit, qu’il s’agisse d’un arrachage d’ongle ou du malaxage d’un cloaque de dinde, conçues pour cibler le dégoût instinctif du spectateur, se multiplient à mesure que l’expérience dérape (et ça marche immanquablement, tôt ou tard : chacun trouvera sa limite dans un film qui expérimente à peu près tout ce qu’il peut) . On peut toutefois avoir l’impression, grandissante, que ‘The Substance’ est un peu longuet pour le peu qu’il a à exprimer, même si de petites ruptures de ton humoristiques sont à noter (ou alors, c’est que j’ai vraiment l’âme corrompue!)…mais c’est au moment où la lassitude se prépare à prendre le dessus que la réalisatrice envoie tout valdinguer, la décence, la tension, le suspense (ce que ne s’était pas résolu à faire, par exemple, Julia Ducournau avec ‘Titane’ qui m’avait dès lors laissé une impression plus mitigée) : ‘The Substance’ se vautre alors dans une déferlante de gore et de grotesque, sort des cadres d’analyse préformatés, qu’on sera libre de trouver hilarante car inattendue ou rédhibitoire selon les sensibilités…mais si vous avez regardé le film jusque là, il y a quand même peu de chances que vous soyez concerné par la seconde possibilité.