Ce film doit être vu, je pense, comme un conte pour adultes. Ceux qui y cherchent du réalisme seront forcément frustrés et abusés.
Ici, tout est stylisé, condensé, ritualisé comme dans les contes, et ceci dès les prémisses de l’histoire, car cette substance
véritablement magique aux effets plus que radicaux, qui peut changer la vie pour le meilleur et pour le pire, cette substance est gratuite, et Elisabeth la reçoit sans contrepartie, comme un don d’un génie ou d’une sorcière ou du diable lui-même, comme Faust.
Sans contrepartie financière mais, comme dans les contes, il y a des règles précises à respecter.
Cendrillon devait impérativement rentrer avant minuit, Elisabeth doit « rentrer » dans son propre corps au bout de sept jours. 7, chiffre magique des contes, encore.
Chez Andersen, la petite sirène devait y laisser sa langue et lorsqu’elle marchait, c’était comme marcher sur des aiguilles ( oubliez Disney). La cruauté est omniprésente dans les contes, les transformations de corps passent par le sang et la douleur, et il n’y a pas de redemption si on désobéit à la règle.
Dès l’acceptation de ce genre, on peut se laisser aller dans ce film aussi éprouvant et jubilatoire que le plus vertigineux des rollercoasters, avec la certitude de hurler (intérieurement) de peur et de rire nerveux, de joie aussi, oui, de joie du voyage où l’on est bringuebalés la tête à l’envers et d’où l’on sort moulu, courbatus, les jambes flageolantes et l’envie de vomir, mais heureux de l’avoir fait.