Prïncia Car a tourné avec de jeunes non-professionnels qu’elle connaît depuis huit ans, rencontrés dans un atelier de théâtre à Marseille. Le film s’est construit à partir de longues séances d’improvisation, où les comédiens ont inventé les dialogues à partir de leurs vécus. Même après vingt prises, ils proposaient encore des répliques spontanées. Bien que les dialogues soient libres, Prïncia les dirigeait à l’émotion près, rendant chaque scène à la fois vivante et précise.
Tout a été filmé dans les lieux de vie des jeunes : un vrai centre aéré, un vrai appartement, un vrai snack. Prïncia Car a refusé les studios pour conserver l’authenticité du quartier. La caméra filmait à 360°, sans "quatrième mur", ce qui permettait aux comédiens d’évoluer naturellement dans l’espace. Les passants entraient parfois dans les plans, devenant malgré eux témoins ou participants d’un tournage en symbiose avec son environnement.
Avec un budget modeste et 25 jours de tournage, l’équipe a dû composer avec un rythme intense : début à la mi-journée, fin tard dans la nuit. La liberté laissée aux acteurs et les réécritures constantes faisaient systématiquement déborder le planning. Dès le deuxième jour, l’équipe était déjà en heures sup. Pourtant, cette pression a été vécue dans la joie, portée par la complicité entre les trois fondatrices du projet, qui ont partagé chaque doute et chaque victoire.
Le film n'est pas une fiction plaquée sur un décor : il naît du quartier, de ses jeunes, de leur énergie, de leur parole. Prïncia Car a formé une troupe à Marseille, à l’image de celle que ses parents animaient dans son enfance. L’humour, la vivacité, la tchatche des jeunes – parfois leur seule arme face aux difficultés – traversent le film. Leur façon de parler, d’aimer, de survivre infuse chaque scène. C’est un cinéma enraciné, porté par ceux qui y vivent.
Les Filles désir a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025.
Prïncia Car a voulu restituer la sensation d’un été à Marseille, cette lumière blanche qui inonde les cités, cette mer toujours audible, parfois proche, parfois lointaine. Le tournage en bord de mer a demandé une grande rigueur sonore pour entendre la mer sans qu’elle n’efface les voix. Visuellement, la ville est montrée éclatante, solaire, à rebours des clichés sombres souvent associés à ses quartiers. Avec ses couleurs vives, ses décors réels et ses corps en mouvement, Marseille devient un personnage du film.